Un expert britannique au secours de Khelifa

Il s’exprime contre l’extradition de l’ex-milliardaire

Un expert britannique au secours de Khelifa

Par :Samia Lokmane-Khelil, Liberté, 3 mars 2009

Sa connaissance du pays vaut au Dr Hugues Roberts d’être sollicité régulièrement par le Foreign Office et le département d’État américain pour briefer leurs nouveaux ambassadeurs à Alger. C’est à ce titre aussi que les défenseurs de Khelifa ont fait appel à lui pour éclairer le tribunal de Westminster sur les raisons qui empêchent l’extradition de leur client.
À son passage à la barre des témoins hier, l’académicien devait au préalable réfuter les allégations de parti pris formulées à son encontre par la partie civile. Niant être le porte-parole des ONG ou de l’opposition en Algérie, le
Dr Roberts affirme entretenir des liens avec les responsables des institutions d’État, des ministres à la Présidence en passant par l’armée. Pour montrer qu’il maîtrise bien son sujet, il révèle étudier l’Algérie depuis environ 37 ans, s’être rendu dans le pays 18 fois et d’y avoir enseigné l’anglais pendant une certaine période. En lui demandant de restituer le climat politique et la pratique du pouvoir en Algérie, Me Branden, avocat de l’ancien milliardaire, voulait démontrer par la voix d’un expert que l’affaire Khalifa s’inscrit dans la logique d’un jeu de clans. Pour le Dr Roberts, l’ascension du groupe Khalifa, elle-même, recèle les ingrédients d’une recette politique. Selon lui, quant bien même l’ex-golden boy serait un as en affaires, sans l’accès aux hautes sphères du pouvoir, il n’aurait jamais pu ouvrir sa banque. “Il apparaît clairement que le régime à cette époque menait une campagne de promotion du groupe visant à changer l’image de l’Algérie à l’extérieur et à attirer les investissements étrangers”, ajoute l’universitaire.
La preuve suprême du patronage politique, dont Khelifa faisait l’objet, réside, aux yeux de l’académicien, dans les transferts de fonds colossaux des établissements publics à Khalifa Bank. Pour lui, évidemment, la décision est loin d’être celle de simples responsables directs de caisses ou de mutuelles. “C’est quand même étrange que ces transferts aient eu lieu, alors que la Banque d’Algérie venait d’adresser au ministère des Finances un rapport accablant sur la gestion de Khalifa Bank”, observe le Dr Roberts. Rejoignant les assertions de l’ex-milliardaire, il pense que deux éléments ont précipité la chute du groupe. “Les relations de Khelifa avec l’armée laissaient peut-être le Président penser qu’il était instrumentalisé par un clan défavorable à sa réélection”, commente-t-il. L’expert évoque l’hostilité que le chef de l’État aurait manifesté à la création de K-TV. “Cette chaîne pouvait casser le monopole de l’ENTV, un outil important dans la campagne du Président en faveur de sa réélection en 2004”, note le Dr Roberts. Celui-ci n’exclut pas le fait qu’un groupe au sein de l’institution militaire ait suggéré la candidature de Khelifa à la présidence.
Il assure aussi que l’effondrement du groupe est le fruit d’une décision politique. Dans cette affaire, le rôle de la justice lui inspire des réserves. “Je ne dis pas que le procès de Blida (concernant Khalifa Bank, tenu en 2007) est une farce. Il a eu certains résultats. Mais il a fait l’objet d’interférences politiques”, estime l’académicien. Celui-ci rappelle que des restrictions ont été imposées aux avocats qui n’avaient pas l’autorisation d’appeler les témoins de leur choix à la barre. “Le procès a servi à limiter les dégâts en épargnant les personnes influentes”, précise le Dr Roberts.
S’exprimant sur le compte rendu positif que l’ambassade britannique à Alger a fait sur cet événement, l’universitaire prend à témoin les comptes rendus d’audiences critiques de la presse algérienne. Sa réaction est tout aussi mitigée concernant les garanties du Foreign Office et du ministère algérien de la Justice sur la réservation d’un procès équitable à Khelifa. Il est à noter que les auditions seront suspendues jusqu’au 7 avril prochain.

S. L.-K.