Affaire Khalifa: Deux ex-ministres «coopèrent» et enfoncent Benflis

Affaire Khalifa

Deux ex-ministres «coopèrent» et enfoncent Benflis

par Sihem H. , Le Jeune Indépendant, 2 octobre 2004

Deux anciens ministres qui seraient sur le point d’être inculpés ont versé à la justice des documents qui compromettent l’ancien chef de gouvernement, M. Ali Benflis. Au cours de leur audition par le juge d’instruction de Chéraga, deux anciens ministres qui ont affiché leur volonté de «coopérer» ont versé des documents jugés très importants pour la suite de l’instruction, a confié une source judiciaire au Jeune Indépendant.

L’enquête en cours amènera probablement la justice à inculper, dans les prochains jours, les deux ex-ministres qui, à travers les documents versés, ont admis avoir eu connaissance des faits qui leur sont reprochés. Estimant n’être qu’une simple courroie de transmission, ils ont rejeté, devant le juge d’instruction, la responsabilité sur l’ancien chef de gouvernement, M. Benflis, qui n’a pas donné de suite à leurs «rapports».

La même source souligne que l’instruction a démontré que M. Benflis n’a pas demandé un audit lorsque Khalifa Bank avait été dans un premier temps interdite de transfert de devises vers l’étranger. Si l’ancien chef de gouvernement, insiste-t-on, avait déclenché une enquête, cela aurait «sans aucun doute limité le préjudice subi par les déposants».

Plus grave encore, et pour se disculper, de hauts responsables ont affirmé devant le juge avoir adressé maints avertissements à Moumène Khalifa, lui enjoignant de régulariser la situation de son groupe. «Comme par hasard, ces avertissements étaient tous …verbaux, donc sans aucune trace !».

Lors des auditions, certains prévenus ont même avoué avoir «bénéficié» de cartes de crédit bancaire de la part de la Khalifa Bank sans disposer d’un compte bancaire en devises. Ce qui prouve, poursuit notre source, que d’importants crédits ont été accordés abusivement.

Au total, ce sont près de 700 millions d’euros qui auraient été transférés de manière irrégulière entre 1998 et 2002 vers l’étranger par le biais de la banque. Ce qui a amené le liquidateur, M. Moncef Badsi, à se constituer partie civile à la fin du mois de juillet auprès du tribunal de grande instance de Nanterre en France.

Aucune information n’a filtré sur les suites données à cette demande. Autres irrégularités retenues contre des responsables de la Banque d’Algérie ; la création tardive de la Société de garantie des dépôts bancaires (SGDB) au moment précis du retrait de l’agrément à la Khalifa Bank, alors que la loi sur la monnaie et le crédit l’avait prévue depuis 1990.

«Les autorités ont failli à leur mission de prévoyance», explique-t-il. Parlant de l’enquête, notre source précise que la justice est sur le point de finaliser le dossier. Toutefois, les magistrats auraient gagné du temps si le liquidateur avait fait son travail.

Cela n’a pas été le cas. Se voulant plus précis, notre interlocuteur explique que depuis la décision de liquidation de la banque Khalifa, en mai 2003, aucun dépôt de plainte n’a été effectué par le liquidateur, auquel il est également reproché le fait de «ne pas avoir décelé les infractions».

«La liquidation de la banque ne se limite nullement au seul inventaire des biens avant leur vente», tient-on à préciser. S. H.