Abdelmoumène Khelifa a ciblé l’argent des entreprises publiques avant la création de la banque !

Un des «rabatteurs» de la banque l’a révélé hier :

Abdelmoumène Khelifa a ciblé l’argent des entreprises publiques avant la création de la banque !

par Sihem H. et Nassima O., Le Jeune Indépendant, 6 février 2007

La création de la banque était au stade de la gestation alors qu’Abdelmoumène Khelifa avait déjà son plan pour faire tourner la machine, à savoir avec l’argent des entreprises publiques, confia-t-il à des proches collaborateurs ! Lors des réunions qui ont précédé la création de la banque, Abdelmoumène Khelifa insistait sur la nécessité «d’attirer le plus grand nombre possible d’entreprises publiques afin qu’elles déposent leur argent», confiait hier à la barre Kechad Belaïd.

L’accusé, après plusieurs hésitations, avoua qu’un plan était déjà concocté par son ex-P-DG tout comme les étapes de création de la banque, en sa qualité de chef de projet pour l’ouverture de l’agence de Béjaia dont il est devenu par la suite le premier responsable.

«Avant et durant les premiers mois de la création de la banque, nous tenions des réunions périodiques avec Khelifa qui nous pressait pour effectuer un travail de sensibilisation auprès de toutes les entreprises publiques qui, elles, peuvent faire des placements à terme, alors que les petits déposants ne cherchaient que les intérêt», affirma l’accusé.

Kechad, qui a occupé ensuite le poste de chef de l’agence du Saint-Georges (Alger) puis de celle de Staouéli, a dévoilé les pratiques utilisées pour attirer les gros clients. Le procédé est simple : offrir des cartes de voyage gratuit, des voitures ou carrément de l’argent en contrepartie de dépôts importants.

L’accusé citera, à titre d’exemple, l’ancien directeur général de l’OPGI de Constantine, actuellement DG de l’AADL, Khir Eddine El-Walid, auquel il a remis une carte de gratuité de voyage. Le DG par intérim de l’OPGI de Staouéli a, quant à lui, bénéficié de 500 millions de centimes «déguisés» en crédit.

L’accusé était chargé, en plus de sa fonction de chef d’agence, de chercher les gros déposants, les entreprises ou les institutions publiques. Il sillonnait le territoire national d’est en ouest à la recherche de ses proies. – La présidente : quels sont les DG des entreprises publiques que vous avez rencontrés pour les convaincre de déposer leur argent à Khalifa Bank ? – M. Kechad : il y en avait plusieurs et c’est la direction de la banque qui m’avait chargé de cette mission.

– Pourquoi spécialement les entreprises publiques ? – Parce que déjà, avant l’ouverture de la banque, M. Khelifa axait sa stratégie sur leur dépôt en disant qu’elles sont les seules à pouvoir effecteur des dépôts à terme. – Que proposiez-vous aux dirigeants de ces entreprises en contrepartie de leur dépôt ? – Je leur présentais des dépliants qui mettaient en évidence la qualité de nos services.

– Rien que cela ? – Oui ! La présidente relève que les réponses de l’accusé ne correspondent, en aucun cas, à ce qu’il a déjà déclaré devant le juge d’instruction. Les deux assesseurs et les membres du jury lui susurrent pour qu’elle insiste davantage sur ce point.

Elle ne se fait nullement prier puisqu’elle avait visiblement l’intention de le faire. – Ce n’est pas ce que vous avez déclaré devant le juge d’instruction ! – Ah bon, rappelez-moi ce que j’ai dit ! – Je ne vous permets pas de me parler sur ce ton ! J’ai du mal à croire que vous êtes un universitaire.

J’ai ici votre PV d’audition chez le juge d’instruction, alors, s’il vous plaît, essayez au moins d’être fidèle à vos propos, je n’en demande pas plus. Je vous repose la question : quelles étaient les avantages que vous proposiez ? – J’ai effectivement dit au juge d’instruction que j’offrais, sur ordre de la direction, des cartes de voyage gratuit.

Et j’ai dit aussi que j’avais entendu dire que des voitures et des sommes conséquentes d’argent ont été offertes aux DG d’entreprises publiques qui acceptaient de placer leur argent chez Khalifa Bank. Mais je n’ai pas dit que je le faisais… – Qui vous accompagnait dans vos déplacements à l’intérieur du pays pour faire les démarches avec ces sociétés ? – J’ai été accompagné par Rabah Madjer plusieurs fois et par Ighil Meziane à deux ou trois reprises.

– Dites-moi, Ighil Meziane vous accompagnait en quelle qualité ? – Je ne sais pas, mais je crois qu’à la fin de l’année 1998, il n’avait pas encore commencé à travailler officiellement à la banque. Je le connaissais en tant que joueur seulement.

J’ai appris par la suite qu’il a fini par être nommé officiellement à la direction du sponsoring du groupe. Il avait également obtenu un crédit de 15 millions de dinars auprès de mon agence. – Parlez-moi de votre déplacement à l’OPGI d’Oran.

– Je m’y suis rendu pour proposer les services de la banque à Kheireddine El Walid qui était alors le DG de l’OPGI. – Et qu’est-ce que vous lui avez proposé ? – Je vous l’ai dit : je louais la qualité des services de la banque ! – N’esquivez pas la question ! Dans tous les cas, il est lui aussi inculpé et il sera appelé à répondre à cette même question.

Parlez-moi de ces cartes de voyage gratuité… – Je n’ai rien à vous dire à ce sujet. – Lui, il dit que vous lui avez offert une carte de voyage gratuit pour voyager à bord de Khalifa Airways lorsqu’il a décidé de placer son argent chez vous.

– Peut-être, du moins je ne m’en souviens pas. – Et avec le DG par intérim de l’OPGI de Constantine ? – Il a placé l’argent de son organisme chez nous. Par la suite, je l’ai rencontré et il m’a demandé de lui faciliter les choses pour obtenir un crédit de 500 millions de centimes et je l’ai aidé.

– A-t-il présenté un dossier de crédit en bonne et due forme ? – Oui, il m’a remis une demande et une fiche. – C’est tout ! Et vous lui avez accordé le crédit ? – Oui ! – Lui , il dit que c’est un don que la banque lui a remis après avoir déposé une somme conséquente ? – Il dit ce qu’il veut ! Moi je persiste à dire que c’était un crédit.

Le procureur général intervient en priant l’inculpé de s’expliquer sur les 13 comptes découverts au sein de l’agence de Blida et qui sont passés de l’état de débiteur à celui de créditeur. Les propriétaires de ces comptes étaient, pour la plupart, soit des membres de la famille ou encore des amis proches de Kechad.

Celui-ci affirme toutefois n’avoir pris connaissance de cette situation qu’au moment de l’arrivée de l’administrateur provisoire. Me Boulefrad, avocat d’Ighil Meziane, a tenté, à travers une question posée à l’inculpé, de confirmer la prise en charge des salaires du staff technique de l’équipe nationale de football par Khalifa Bank.

C’est ce qui explique, à son sens, la présence de Rabah Madjer lors des déplacements de Kechad. La présidente rejette la question et estime qu’il faudra plutôt la poser à Raouraoua qui était à cette époque président de la FAF. Une quarantaine de voitures appartenant à Khalifa Rent Car (location de voitures) n’ont toujours pas été retrouvées, a affirmé, hier, le procureur général en interrogeant Amghar Mohand Arezki.

Ce dernier a occupé plusieurs postes de responsabilité au sein de Khalifa Bank avant d’être nommé à la tête de la direction générale de KRC, une filiale dans laquelle la banque et Khalifa Airways étaient actionnaires avec 50 % chacune.

Le procureur a justement axé ses questions sur le sort de ces voitures bien présentes dans l’actif de KRC et qui ont disparu. L’accusé dit ignorer leur sort. «Il y a peut-être des voitures qui ont été achetées au nom de KRC par le groupe et que je n’ai jamais vues», a-t-il déclaré.

Le procureur lui a rappelé que cette filiale a été déclarée déficitaire en 2001, ce qui n’a pas empêché son conseil d’administration d’augmenter le capital pour l’exercice 2002. Une situation qu’Amghar justifie par «la multitude de charges qu’elle supportait».

Il reconnaît tout de même que KRC avait mis à la disposition de certaines personnalités des voitures dont la location a été prise en charge par le groupe. Il cita, parmi eux, le président de la Confédération des cadres et des financiers, M. Mahmoudi, à qui KRC a mis à sa disposition deux voitures.

Mme Hamiani ou encore des membres de la commission de l’organisation de l’Année de l’Algérie en France sont réputés avoir bénéficié de ces services gratuitement. L’accusé, qui avait été en 1999 chargé du projet de la création de la représentation de Khalifa Bank à Paris, a affirmé que ce projet n’a jamais pu être concrétisé en raison de l’absence de l’autorisation de la Banque d’Algérie.

«La banque avait, comme toutes les autres institutions financière,s un compte au niveau de la banque San Paolo à Paris mais n’avait aucunement le droit d’y placer l’argent des déposants et encore moins de leur accorder des crédits», expliqua-t-il.

Rappelons qu’en passant à la barre, Foudad Adda avait déclaré avoir déposer 600 000 euros en contrepartie d’une promesse d’intérêt de 14 %. En fin de journée, la présidente a appelé à la barre Zerrouki Fayçal pour avoir une explication sur le trou de 120 millions dedinars découvert au niveau de l’agence Khalifa Bank de Blida qu’il dirigeait.

S. H. et N. O.