37 millions de dinars pris dans un cartable

37 millions de dinars pris dans un cartable

El Watan, 4 février 2007

Karim Boukadoum, ami d’enfance de Abdelmoumen Khalifa, et directeur général de Khalifa Airways pour une période de 20 jours (mai 2003), n’arrive pas à expliquer les montants successifs qu’il a pris de l’agence des Abattoirs sans aucun dossier.

Architecte, ancien membre du cabinet de la wilaya d’Alger, il décide de créer en 1999, une société privée d’internet. Pour cela, il se rapproche de son ami d’enfance pour solliciter un premier prêt de 12 millions de dinars pour l’achat de matériel, 3 millions de dinars comme fonds de roulement et 4,4 millions de dinars pour le paiement de l’installation. Le montant global qu’il a empoché est de 22,4 millions de dinars. « Le premier crédit, je l’ai eu avec des intérêts de 8,5% que j’ai négocié avec le PDG. Après, je lui ai parlé de la nécessité d’acquérir un terrain pour l’installation d’une nouvelle station. Il m’a accordé un autre prêt de 15 millions de dinars en quatre tranches, récupérés des Abattoirs », explique l’accusé. Il affirme que le terrain n’a pas été acheté et que la somme est restée dans son bureau. « Pourquoi ne pas l’avoir restituée », lui demande la juge. « J’ai commencé à rembourser les premiers prêts. J’avais avancé 600 000 DA », déclare l’accusé. Il est formel quant à l’absence de documents et note même avoir fait la remarque à Moumen à propos de l’absence de compte aux Abattoirs et surtout de conventions de remboursement du crédit. « Il me disait après on va débiter de ton compte à Chéraga ; on était domiciliés à la société Provider », dit-il. Entre temps, sa société a fait faillite du fait du retrait de son principal associé. Moumen lui propose de prendre la direction générale de Khalifa Airways. Il refuse au début mais finit par accepter, mais pour une période de 20 jours seulement, eu égard à la gravité de la situation de l’époque. Tayebi Sakina ne voulait pas faire de passation de consignes avec moi sous prétexte qu’elle ne l’a pas fait avec son prédécesseur. La présidente : « Et Nanouche ? » L’accusé : « Il avait un beau bureau. » A titre de membre représentant du wali dans les conseils d’administration des OPGI d’Alger, au nombre de 6 puis de 3, l’accusé nie avoir fait pression sur Lezhar Bounafaâ, patron de l’OPGI de Bir Mourad Raïs, pour placer les fonds de la société, ni sur celui de Dar El Beïda. La présidente le confronte avec Soualmi, qui persiste à révéler que les fonds pris par l’accusé entrent dans le cadre du transfert de fonds. « Comment pourrais-je rembourser un transfert de fonds ? » Soualmi : « Et moi, je ne suis pas fou pour lui remettre de l’argent sans rien. » Chaâchouâ aussi est appelé pour confirmer si oui ou non Boukadoum était un convoyeur de fonds. « Il ne l’a jamais été », déclare Chaâchouâ. Abdelwahab Réda, le garde du corps de Moumen, déclare quant à lui, que Boukadoum était très proche du PDG. La présidente auditionne le secrétaire général de la Bourse d’Alger, Sadmi Ali, en tant que témoin qui affirme que le placement de 167 millions de dinars a été effectué en deux tranches, en 2000 et en 2002. Le montant a été récupéré en février 2003, après avoir eu écho de la situation de la banque Khalifa. Le responsable avoue avoir remis une photo et recevoir par la suite une carte de thalassothérapie qu’il a utilisée plusieurs fois sans savoir qu’il y avait un lien avec le placement. Le second témoin est Zerggiati Mourad, ancien PDG de GCP, une filiale de Sonatrach. Il affirme n’avoir pas déplacé les avoirs de la société de la BEA, du fait des bonnes relations avec la direction de la banque. Le procureur général lui fait remarquer que c’est le financier de Sonatrach qui a dissuadé ses filiales à déposer leur argent. L’ancien PDG reconnaît avoir bénéficié d’une carte de thalassothérapie qu’il n’a jamais utilisée. Les audiences reprennent aujourd’hui.

Salima Tlemçani