La France compte demander l’extradition d’Abdelmoumène Khelifa

Affaire Khalifa

La France compte demander l’extradition d’Abdelmoumène Khelifa

par Sihem H., Le Jeune Indépendant, 19 mai 2005

La justice française aurait récemment fait part aux autorités algériennes qu’elle n’écartait pas une action de demande d’extradition contre Abdelmoumène Khelifa, actuellement en fuite à Londres. Selon une source proche du dossier, cette éventualité aurait été longuement évoquée lors de la récente visite en Algérie du ministre français de la Justice, M. Dominique Perben, qui s’était déplacé à la cour de Blida, point névralgique du traitement de ce sensible dossier.

L’action française, si elle venait à être concrétisée, précise notre source, servira en grande partie l’instruction en Algérie. D’autant plus qu’il s’est avéré que la demande algérienne d’extradition de l’intéressé, transmise il y a plusieurs mois par le canal diplomatique auprès des autorités britanniques s’était heurtée à une tiédeur londonienne.

Une tiédeur qui, commente-t-on, laisse «peut-être» entrevoir en filigrane un refus de livrer l’ex-patron du groupe Khalifa. «L’absence d’accord juridiciaire avec la Grande-Bretagne entrave le bon aboutissement de notre demande», explique notre source en précisant au passage que «ce n’est pas le cas pour la France».

Un pays qui a ratifié avec l’Algérie plusieurs accords dans le domaine de la coopération judiciaire. La justice française s’était, rappelons-le, penchée sur le dossier Khalifa près de sept mois après le lancement par Interpol d’un mandat d’arrêt international durant l’année 2003.

Les tribunaux de Nanterre, Paris et Bobigny ont été saisis pour des enquêtes visant notamment l’ex-compagnie Khalifa Airways, la société de location de voitures du groupe et l’ancienne chaîne de télévision Khalifa TV. Plusieurs infractions sont retenues en France contre lui, en plus des impayés se chiffrant à plusieurs millions d’euros.

Ainsi, l’ouverture de cette enquête en France a permis notamment d’apporter la lumière sur un transfert de Khalifa Bank de 1,26 million d’euros, en juin 2002, via la Sao Paulo. L’ex-patron du groupe est également soupçonné de détournement d’actifs de plusieurs filiales du groupe en France.

Pour les enquêteurs français, il est fort possible que les épargnants aient continué à alimenter un système qui courait à perte. Ces mêmes enquêteurs s’étaient également penchés sur les raisons qui ont poussé Abdelmoumène Khelifa à vendre à perte l’ensemble de son immobilier de Cannes.

Bien que poursuivi par la justice pour quatorze affaires commerciales et quatre criminelles, Abdelmoumène Khelifa n’a depuis la chute de son empire jamais comparu devant un juge. Jusqu’ici, la justice algérienne a auditionné dans le cadre de l’affaire Khalifa plus de 3 000 personnes, dont de hauts cadres, alors que les services en charge de la liquidation s’affairent à passer au peigne fin les quelque 20 millions de transactions financières réalisées par Khalifa Bank depuis sa création en 1998.

S. H.