Khalifa «risque de tout déballer»

Le responsable de la Confédération des cadres de la finance et de la comptabilité

Khalifa «risque de tout déballer»

Le Quotidien d’Oran, 31 mars 2003

Même s’il prétend n’agir qu’au nom du bien public, le responsable de la CCFC agit en quasi porte-parole de Khalifa en agitant aux responsables la perspective d’un scandale fracassant.

«C’est parce que Khalifa Abdelmoumen ne s’est pas déterminé par rapport à la présidentielle de 2004 que son groupe connaît aujourd’hui autant de problèmes», a déclaré, hier, Karim Mahmoudi, responsable de la Confédération des cadres de la finance et de la comptabilité (CCFC) et également président du comité national de soutien au groupe Khalifa, lors d’une conférence de presse animée à Alger.

Très virulent par rapport «au pouvoir qui n’arrive pas à comprendre que le pays s’ouvre et que, par conséquent, il ne peut plus continuer à s’immiscer dans la sphère économique comme il avait l’habitude de le faire par le passé», Karim Mahmoudi s’est montré persuadé que les luttes entre les clans au pouvoir s’exacerberont «à mesure que se rapprochera l’échéance présidentielle». «Pour le moment vous n’avez encore rien vu, le gros des batailles est à venir surtout qu’encore une fois la politique se mêle au régionalisme», a-t-il soutenu.

Affirmant que son organisation n’est mue que par le seul souci de «préserver des emplois» et «d’éviter la disparition d’une entreprise, Khalifa Airways, qui a une mission d’intérêt public», Karim Mahmoudi a déclaré que la gestion actuelle des pouvoirs publics de l’affaire «débouchera directement sur le plus grand scandale politico-financier de l’histoire de l’Algérie indépendante qui dépassera largement les frontières du pays». Elle va mettre à nu, selon lui, «les pratiques mafieuses et surannées d’un pouvoir plus que pourri et salir beaucoup de responsables». A l’occasion, il appellera aussi Abdelmoumen Khalifa «à faire confiance à la justice et à rentrer au pays pour défendre les intérêts de son groupe».

Pour Karim Mahmoudi, la désignation d’un administrateur à la tête de Khalifa banque «ne vise pas à clarifier la situation mais plutôt à précipiter la chute du groupe de Abdelmoumen Khalifa». Pour lui, il y aura scandale car l’affaire montrera comment «de hauts responsables du pouvoir, attirés par l’appât du gain, ont profité de leur position pour se servir eux et leurs familles…» et il faudra, ajoute-t-il, «une division de brigades financières pour remonter la filière».

Il a fait état d’une liste comprenant des «noms de nombreux responsables et des membres de leurs familles qui ont bénéficié de cartes de crédit leur donnant la possibilité de procéder, en un clin d’oeil, à des retraits à vue de plusieurs millions de dollars». Et selon toujours ses sources, «les documents trouvés prouvent que plusieurs hauts responsables du pouvoir mais aussi des directeurs de journaux se sont tout simplement sucrés et ont abusé des facilités offertes par la banque du groupe».

Et bien que se définissant comme un farouche opposant «au pouvoir corrompu» désireux «de chasser la racaille», Karim Mahmoudi s’est montré, néanmoins, contre l’idée de pousser au pourrissement auquel veulent parvenir certains et se montrera plutôt favorable à «un règlement intelligent du problème Khalifa». Il admet cependant la responsabilité du «jeune Khalifa Abdelmoumen» dans la débâcle de son groupe qui a été caractérisé, admet-il, par «une gestion anarchique, catastrophique, un train de vie intolérable et une conduite à la limite de la moralité». Par delà, Karim Mahmoudi révélera que «le groupe a été trahi de l’intérieur par des cadres et techniciens indélicats et incompétents». Les propos de Mahmoudi ont été appuyés par des témoignages de responsables de Khalifa Airways présents à cette conférence de presse.

Mais si, pour lui, la situation actuelle du groupe est dangereuse, celle-ci n’est pas désespérée. Selon le responsable de la CCFC, «la barre peut être redressée s’il est désigné des commissaires aux comptes et des commissaires-priseurs pour analyser le problème du groupe et s’il est donné la possibilité à Abdelmoumen Khalifa de trouver l’argent nécessaire pour recapitaliser son groupe et le faire redémarrer sur de nouvelles bases».

Les propositions énumérées par Mahmoudi constituent, par ailleurs, l’essentiel d’un «plan de sortie de crise» que le comité de soutien au groupe Khalifa compte transmettre à Ali Benflis, au terme d’un nouveau sit-in qu’il compte tenir, mardi, devant le siège de la chefferie du gouvernement. Les supporters des clubs de football sponsorisés par le groupe ont été appelés à y prendre part en masse.

Selon Karim Mahmoudi, le groupe Khalifa accuse un trou financier de l’ordre de 1,2 milliard de dollars dont 50% ont été alloués à la maintenance et à la location des avions. Pour le reste, 30% sont allés à l’Etat sous forme d’aides directes alors que 20% sont retenus sur le compte de la gestion indélicate des cadres du groupe.

Zine Cherfaoui