Affaire Khalifa: La Cour suprême temporise

AFFAIRE KHALIFA

La Cour suprême temporise

Le Soir d’Algérie, 26 septembre 2011

La Cour suprême a finalement décidé de renvoyer au 15 décembre l’examen du dossier relatif au procès de Abdelmoumène Raffik Khalifa.
Il faudra donc encore attendre pour savoir de quelle manière les autorités politiques et judiciaires comptent faire avancer un dossier qui n’en finit pas de traîner. En juin dernier, la Cour suprême avait déjà renvoyé au 22 septembre le prononcé de sa décision qui devait faire suite aux pourvois en cassation introduits. Ces mêmes pourvois qui sont consécutifs au verdict du tribunal criminel près la cour de Blida dont le prononcé a eu lieu le 26 mars 2007. Alors que les mémoires des avocats ont étés déposés depuis plus de quatre ans, la Cour suprême semble jouer la montre en l’absence de visibilité sur ce dossier. Bien qu’il concerne 94 accusés, le dossier judiciaire de l’affaire Khalifa se prolonge aussi bien sur le plan politique intérieure que sur les rapports algéro-britanniques et algéro-français. Toute décision que prendra la Cour suprême aura des conséquences immédiates sur l’attitude des accusés qui se sont pourvus en cassation en Algérie, mais surtout sur toutes les personnes condamnées par contumace avec à leur tête Abdelmoumène Raffik Khalifa. Sous le coup d’un jugement portant sur son extradition, Khalifa a introduit un pourvoi auprès de la Haute Cour qui n’a pas encore fixé de date pour son audition. Fait peu ordinaire, le retard mis par la Haute Cour britannique peut s’expliquer par le souci de cette dernière de voir comment allait réagir la Cour suprême en Algérie pour bénéficier d’un indicateur sur l’attitude des autorités algériennes. D’autant que des déclarations récentes sont venues éclairer d’un jour nouveau certains faits. Les interventions de deux anciens ministres, Abdelatif Benachenhou, qui fut en charge du portefeuille des finances au moment de l’éclatement de l’affaire Khalifa, et Ali Benouari, ancien délégué au Trésor, ont, en effet, permis d’accréditer la thèse que le démantèlement du groupe avait été décidé en haut lieu puis mise à exécution. Ali Benouari est encore plus explicite dans la mesure où accuse directement le pouvoir politique français d’avoir fait pression sur les Algériens pour mettre en œuvre la mise à mort du groupe Khalifa. Benouari explique cette attitude par le refus catégorique de la France d’imaginer que Raffik Khalifa puisse un jour entrer dans le capital de la banque française Société Générale. La thèse de Ali Benouari pourrait a posteriori expliquer que les premiers coups de semonce contre Khalifa aient été tirés par la presse française sur instigation de l’Elysée. Abdelatif Benachenhou évoque, quant à lui, le veto catégorique mis par certains contre la nationalisation du groupe et la récupération de ses actifs. La pression était trop forte et l’objectif était de parvenir à une liquidation pure et simple des entreprises du milliardaire. «Certaines voix demandaient de radier le nom de Khalifa des registres de l’Histoire», ajoute Benachenhou pour enfoncer le clou.

Mystère et réaction

Cependant, et même si elles apportent des éléments supplémentaires, les déclarations de Benachenhou et Benouari sur le dossier Khalifa ne manquent pas d’intriguer. Les observateurs s’interrogent d’abord sur le moment choisi et sur la qualité des personnes à l’origine de ces déclarations. L’affaire date de plus de 7 ans durant lesquels ces éléments n’ont été portés ni à la connaissance de l’opinion publique ni à celle de la justice. Par ailleurs, aussi bien Benachenhou que Benouari ne sont pas connus pour être des «opposants», le premier nommé étant encore conseiller économique du président Bouteflika. Alors y a-t-il une volonté des autorités politiques de se débarrasser du dossier en mettant tout sur le dos de «certaines voix» qu’il restera à déterminer ou sur celui de la France de Chirac ? En attendant d’y voir plus clair, les avocats de Abdelmoumène Khalifa auraient, selon des sources fiables, demandé que la justice britannique entende les deux ex-ministres. Ils auraient, d’autre part, demandé des explications aux autorités françaises sur les déclarations de Ali Benouari.
Hani M.