Procès Khalifa Bis: Un colis encombrant

Procès Khalifa Bis

Un colis encombrant

El Watan, 19 décembre 2013

La nouvelle de l’extradition prochaine de Moumen Khalifa en a surpris plus d’un Algérie tant du côté des autorités qu’au niveau de l’opinion nationale.

La tournure prise par le procès Khalifa I prononçant des condamnations à l’encontre de certains prévenus et maintenant un voile pudique sur des personnalités citées à comparaître mais jamais inquiétées a conforté les plus crédules dans la conviction que le pouvoir ne voudrait pour rien au monde ouvrir de nouveau le dossier Khalifa en présence du principal inculpé, Moumen Khalifa. Lequel a certainement plus d’une carte entre les mains pour mettre à mal ses détracteurs en passant de la posture d’accusé à celle d’accusateur d’un système sans l’aide duquel il n’aurait jamais été ce golden boy qui a défié les lois de la République par ses ombrageux effets de manches.

Quoi que l’on dise, le fait que la procédure d’extradition de Grande-Bretagne de l’ancien patron de Khalifa ait été enclenchée par l’Algérie n’est pas en soi un gage de la volonté et de l’empressement des autorités algériennes de se faire livrer par la justice britannique ce cadeau (empoisonné). C’est la moindre des choses que la partie algérienne devait faire pour ne pas être suspectée de vouloir étouffer l’affaire. Alger a certainement misé sur le facteur temps qu’implique la lenteur et la complexité de la procédure judiciaire d’extradition, mais surtout sur la rigueur des lois britanniques et européennes qui sont connues pour leur inflexibilité en matière de respect des droits de l’homme et des libertés consacré par un pouvoir judiciaire indépendant pour les demandes d’extradition soumises par des Etats tiers.

Ce qui est important de savoir aujourd’hui, ce n’est pas tant les motivations de cette décision inattendue et soudaine de la justice britannique de mettre Moumen Khalifa dans un avion en partance pour l’Algérie alors que les garanties d’un procès équitable sont toujours ce qu’elles furent lorsque l’affaire avait été jugée la première fois, voilà dix ans, devant le tribunal de Blida. Les autorités britanniques ont certainement leurs raisons (d’Etat) de sacrifier les principes de liberté et d’indépendance de la justice qui fondent la couronne britannique en se montrant peu regardant sur le respect scrupuleux de ces valeurs. Le marché algérien, courtisé par les économies européennes en crise, est le meilleur avocat du pouvoir algérien et son label de substitution en matière de respect des droits de l’homme.

Se pose alors la question lancinance de savoir ce que la justice (le pouvoir) algérien compte faire de Moumen Khalifa, que l’on n’attendait pas de sitôt. Surtout pas dans cette conjoncture préélectorale où cet invité-surprise pourrait contrarier les plans de la succession sur lesquels travaille laborieusement le clan présidentiel par ses révélations qu’il a gardées jusque-là soigneusement dans son fourreau. Ce scénario laisse suggérer au moins trois hypothèses toutes aussi plausibles les unes que les autres. Primo : on peut imaginer, mais sans grande conviction, que Bouteflika, dans un tardif sursaut démocratique, se résolve à laisser libre cours à la justice pour rattraper les errements du premier procès Khalifa. L’arme est à double tranchant. Car en se bonifiant politiquement, le chef de l’Etat court le risque certain d’être éclaboussé par l’implication de personnalités qui lui sont proches et dont la qualité de témoins au premier procès pourrait basculer à celle d’accusés.

Deuxio : le procès Khalifa bis pourrait bien ne pas s’ouvrir avant la présidentielle, même si Moumen Khalifa est extradé vers l’Algérie.
On peut faire confiance à notre justice pour trouver les artifices judiciaires afin de renvoyer sine die le procès ! Tertio : l’idée d’un deal entre le pouvoir et Moumen Khalifa à travers un procès rigoureusement contrôlé est également envisagée en tant qu’hypothèse haute par de nombreux observateurs, qui estiment que c’est là un compromis incontournable pour solder cette affaire qui pend au nez du pouvoir. Tous les ingrédients sont là pour que le procès Khalifa II ressemble à Khalifa I.

Omar Berbiche