Banque Khalifa: Les clients montent au créneau

Affaire de la banque Khalifa

Les clients montent au créneau

Par :Hafida Ameyar, Liberté, 26 janvier 2009

L’association des victimes de l’établissement Khalifa a du mal à comprendre le “silence assourdissant” du chef de l’État, devant “les appels angoissés des victimes de l’escroc institutionnel”, allusion faite à l’homme d’affaires Abdelmoumen Khalifa.

Le collectif des clients spoliés de la banque Khalifa interpelle de nouveau le président de la République sur la suite à donner à la “spoliation massive” dont ont fait l’objet les milliers de déposants de cette banque. Dans une lettre ouverte, rendue publique hier, l’association des victimes de l’établissement Khalifa a du mal à comprendre le “silence assourdissant” du chef de l’État, devant “les appels angoissés des victimes de l’escroc institutionnel”, allusion faite à l’homme d’affaires Abdelmoumen Khalifa, toujours poursuivi par la justice algérienne.
Elle a tenu à rappeler au président Bouteflika les engagements qu’il avait pris, à Batna, à la fin 2003, pour la défense du droit des clients à recouvrer leurs biens et les propos qu’il avait aussi prononcés, lors de la campagne pour la présidentielle de 2004, à savoir que “les déposants seront remboursés, mais qu’ils ne percevront pas les intérêts de leurs dépôts”.
Le collectif des clients spoliés de la banque Khalifa a, en outre, signalé qu’au cours de la même campagne électorale, d’autres représentants de l’État étaient allés dans le même sens, confirmant que “le président de la République a décidé de les rembourser” et que “l’opération de remboursement interviendrait dans les semaines suivant immédiatement votre réélection”. Aujourd’hui, a-t-il indiqué à l’attention du premier magistrat du pays, “un bilan de votre action à la tête de l’État sera fait et sera inscrit dans l’histoire”, en faisant référence à la prochaine élection présidentielle et à l’“éventuel troisième mandat”. Les représentants des déposants de la banque Khalifa vont même jusqu’à observer que ce “manque d’empressement à tenir un engagement (…) exprimé publiquement, il y a cinq ans”, fera tache d’huile “dans (le) bilan” du chef de l’État.
La colère des clients de la banque Khalifa s’explique en partie par le non-respect des engagements pris par les dirigeants, d’autant qu’il avait été question, si l’on en croit les premiers concernés, d’un remboursement global des dépôts. Les déposants ont plus tard été confortés par le procès de Blida, dont les conclusions allaient dans le même sens. Mais, la décision prise par le procureur général de faire appel du jugement de Blida aurait “remis tout en question”, suscitant la réticence des clients. Dans la précédente lettre ouverte au président de la République, datée du 17 janvier 2009, le collectif des clients spoliés de Khalifa avait alors expliqué qu’il “appartient aux déposants de refuser toute démarche qui mettrait en danger une issue garantissant le recouvrement intégral de leurs avoirs”. Ce collectif avait, par ailleurs, attiré l’attention sur la proposition faite par le liquidateur de la banque, qui consiste à verser 500 000 dinars à chaque déposant, une somme décidée unilatéralement et qualifiée de “miettes”, notamment pour ceux dont les avoirs sont nettement supérieurs.
Il faut également savoir que dans l’esprit des membres du collectif et des clients de la banque Khalifa, “la responsabilité de l’État est totale” dans l’affaire impliquant Abdelmoumen Khalifa. Cela, même s’ils relèvent que le chef de l’État a été “leurré (…) par des collaborateurs malintentionnés, qui (lui) ont fait remettre la distinction de meilleur manager de l’année à un banquier escroc, trop bien introduit dans les rouages du pouvoir”.
De plus, en l’absence d’instrument de dialogue et de concertation, ils estiment que le remboursement total des dépôts reste l’unique solution, pour peu que les “conditions techniques nécessaires” soient réunies. Dans leur appel daté d’hier, ils révèlent que des milliers de familles sont “brisées par cette déplorable affaire”, alors qu’elles “croyaient que l’État jouait son rôle”.
Selon le porte-parole du collectif des déposants de la banque Khalifa, Omar Abed, que nous avons joint hier au téléphone, “une série d’actions” sera lancée dans les prochains jours par les victimes, où figureront, entre autres, des rassemblements à travers le pays et à l’étranger et des grèves de la faim.

H. AMEYAR