Les caisses de sécurité sociale ont confié à Khelifa 2 332 milliards !

En contrepartie d’avantages pour leurs dirigeants :

Les caisses de sécurité sociale ont confié à Khelifa 2 332 milliards !

par Sihem H. et Nassima O., Le Jeune Indépendant, 12 février 2007

Le tribunal n’a eu aucun mal, hier, à démontrer la culpabilité et la responsabilité des anciens responsables de caisses d’assurance qui sont à l’origine de la perte de milliards de la CNAC et du Fonds de garantie des micro-crédits.

Les 400 élèves-pilotes recrutés par Khalifa Airways étaient tous des enfants de hauts cadres de l’Etat ou de patrons d’institutions, déclara d’emblée la présidente pour expliquer, quelque part, le lien entre cette «largesse» et les dépôts effectués par les parents des futurs pilotes.

La remarque de la présidente s’adressa particulièrement à l’inculpé Aït Belkacem Mahrez, l’ex-directeur général de la Caisse nationale d’assurance chômage (CNAC) qui, à la barre, a soutenu que son fils a pu décrocher la formation avec ses propos compétences et contacts.

«J’ai sous les yeux la liste des 400 élèves-pilotes pris en charge par la banque et, comme par enchantement, ce sont tous des enfants de bons clients de la banque ou encore de personnalités qui ont rendu service à Khelifa Abdelmoumène», précisa-t-elle.

M. Aït Mahrez, accusé de corruption et d’abus de pouvoir, n’apporta aucune autre précision sur les conditions ayant permis à son fils de décrocher cette formation dont les stages ont été effectués en Angleterre et en Espagne. Une partie de ces élèves a ensuite été récupérée par Air Algérie, après la faillite du groupe et a pu achever sa formation en Jordanie.

«Mon fils est majeur et il peut décider seul de son avenir», lança-t-il, comme pour clore le chapitre. En écoutant le reste des responsables des caisses, la présidente relève encore une fois que chacun de ces inculpés a un fils bénéficiaire d’une formation de pilote.

«C’est à peine croyable ! On dirait que les caisses d’assurances sociales avaient des projets pour travailler dans les cieux», ironisa-t-elle. Aït Belcacem, qui était également à la tête du Fonds de garantie des micro-crédits, s’est expliqué sur les dépôts des deux institutions qui ont perdu 318 milliards de centimes.

Pour la CNAC, le ministre du Travail et de la Sécurité sociale était au courant des dépôts effectués en septembre 2001, affirma l’accusé. – La présidente : lorsque le conseil d’administration habilité à prendre des décisions de ce genre a pris une résolution de placement des fonds dans une banque privée, aviez-vous précisé de quelle banque il s’agissait ? – Aït Belcacem : non, il n’avait pas donné de précision.

Nous avions seulement évoqué des banques privées qui offrent le plus d’avantages. – Et vous avez ainsi transmis les informations au ministère du Travail de cette manière ? – Oui, nous sommes restés dans les généralités. – Quelle a été la réponse du ministre ? – Aucun des différents ministres auxquels j’avais adressé des correspondances dans ce sens ne m’a répondu, encore moins attirer mon intention sur l’irrégularité de ce que j’ai entrepris.

L’accusé, qui semble à l’aise à travers ses réponses, a reconnu que le premier contact pris avec les responsables de Khalifa Bank s’était effectué à travers Krim Smaïl, directeur adjoint de la banque, avec qui il avait des relations professionnelles par le passé.

Il se fait néanmoins catégorique quant à l’absence de toute forme de pression pour déposer l’argent de la CNAC et ceux du Fonds de garantie. – Comment aviez-vous choisi Khalifa Bank ? – Je tiens à dire que je n’ai subi aucune pression.

C’était une initiative personnelle. – Est-ce que vous vous êtes informés autour de vous sur cette banque ? – Non. Je n’avais pas jugé utile de le faire dans la mesure où, pour moi, j’avais affaire à une banque agréée par l’Etat. Aït Belcacem tient à apporter d’autres précisions au tribunal.

– Nous avons toujours respecté les procédures réglementaires et nous avons toujours été en contact avec le ministère, même pour le dépôt du Fonds de garantie. Après plusieurs questions de la présidente et du procureur général, l’accusé finit par déclarer que : tout le monde s’est fait avoir par cette banque.

Pour l’accusé, «la mise en scène était tellement magnifique que nous n’avons jamais soupçonné l’escroquerie. Je suis victime, et si j’avais soupçonné que Khelifa avait d’autres intentions je n’aurais jamais mis l’argent de la caisse dans sa banque».

La direction de la CNAC avait l’intention de déposer ses fonds en août 2001, selon M. Aichar Rachid, ex-directeur des opérations financières de la caisse, accusé également dans cette affaire. Les 192 millions de dinars ont été retirés, pour la première opération, en septembre 2001, et déposés à Khalifa Bank pour 10 % d’intérêt.

L’accusé confirme également que le ministre était bien au courant de ce premier dépôt. Le procureur intervient pour élucider certaines zones d’ombre. – La décision a été prise le 6 septembre 2001 alors que le placement effectif de la CNAC est daté de trois jours plus tard ! Vous n’avez pas respecté le délai réglementaire fixé à un mois ? – Le règlement intérieur ne stipule pas ce détail.

Le délai d’un mois est fixé lorsque les opérations sont d’ordre budgétaire. L’accusé ajoute ensuite que la CNAC a continué à placer ses fonds jusqu’à la fin de janvier 2003, soit 14 mois après que la Banque d’Algérie eut transmis son rapport accablant au ministère des Finances ! Après la faillite de la banque, la CNAC a perdu 187 milliards de centimes.

Quant au Fonds de garantie des micro-crédits, un membre de son conseil d’administration venu témoigner a révélé que le conseil ne s’est pas réuni. Il laisse même entendre que le directeur général gérait tout et seul ! Il y avait une gestion centralisée, ajouta-t-il.

S. H. et N. O.