Après El Khalifa Bank, l’agréement retiré à la BCIA

APRES EL KHALIFA BANK, L’AGREMENT RETIRE A LA BCIA

Scandales et banqueroute

El Watan, 23 août 2003

Ce qui était un simple litige commercial, selon les déclarations même de Ahmed Kharroubi, président du groupe BCIA, entre la Banque commerciale et industrielle d’Algérie (BCIA) et la BEA, a viré à une véritable banqueroute. En effet, suite à ce qui est communément appelé, notamment à Oran, l’affaire des traites avalisées qui, dès le début, avait pris les relents d’un véritable scandale financier, vient de connaître son épilogue, à l’instar d’El Khalifa Bank dissoute le 29 mai dernier.

La commission bancaire se basant sur l’article 156 de la loi 90-10 du 14 avril 1994 relatif à la monnaie et au crédit a décidé, jeudi dernier, de retirer son agrément à la BCIA et de procéder à la nomination d’un liquidateur suite à la «situation d’illiquidité et d’insolvabilité financière l’empêchant de remplir ses obligations envers ses clients». La commission bancaire, dans son audience disciplinaire de mardi dernier concernant les griefs portés à l’encontre de la BCIA, a constaté, selon un communiqué rendu public, «l’incapacité des actionnaires, notamment la famille Kharroubi, de répondre aux préoccupations de la loi en vigueur». Selon le même communiqué, la commission bancaire n’a pas été non seulement convaincue par les arguments des dirigeants de la BCIA, mais a dénoncé le manque de sincérité des comptes de cette dernière établis par ses différents commissaires aux comptes. Pour rappel, le scandale financier des traites avalisées par la BCIA et escomptées par la BEA aurait causé un préjudice financier de l’ordre de 11,6 milliards de dinars et qui a valu, comme première mesure, le gel des avoirs de la BCIA. En tout état de cause, dans cette affaire, la BEA avait rendu public, il y a quelques semaines, un avis d’opposition à toute transaction commerciale à l’encontre de 68 personnes morales et physiques impliquées dans ce qui est communément appelé «le scandale des traites avalisées» et auprès desquelles la BEA détiendrait des créances impayées qui se chiffrent à plusieurs milliards de dinars, avis sans aucun doute motivé par la banqueroute de Khalifa Bank, pour se prémunir de toute mauvaise surprise. Cela prouve que l’enjeu financier est colossal. On retrouve sur cette liste, la BCIA y figure en pole position, les noms de nombreux opérateurs économiques très connus sur la place d’Oran, tels que l’entreprise Sotrapla dont le patron, a, pour rappel, bénéficié du plus grand montant de traites avalisées par la BCIA, la SNC Fouatih et Nébia, les supermarchés Açyl et sept membres de la famille proche de Kharroubi. Depuis le début, cette affaire, qui secoue les milieux financiers oranais et que les responsables de la BCIA ont toujours présentée comme un simple litige commercial tout en affirmant disposer de garanties suffisantes, en attendant le recours introduit près la Cour suprême pour la levée du gel de ses avoirs, la décision de la commission bancaire prouve que ce n’est pas un simple litige commercial. Entre-temps, la famille Kharroubi s’est cloîtrée dans un mutisme total. Cependant, une source proche de la BCIA nous confiera que le groupe BCIA dispose du droit de recours devant le Conseil d’Etat, mais ne sait pas si Ahmed Kharroubi usera de ce dernier. Selon la décision de la commission bancaire, si les petits déposants seront indemnisés à travers les mécanismes mis en place par la Société de garantie des dépôts bancaires (SGDB), rien n’a été dit concernant les gros déposants qui, vraisemblablement, tel que déclaré par le chef du gouvernement Ahmed Ouyahia devant les élus APN au sujet de l’affaire El Khalifa Bank, «assumeront seuls les conséquences de leurs actes».

Par Aït Saïdi Ahcène
Oran : De notre bureau