Khalifa Bank perd son agrément

Les petits épargnants seront remboursés

Khalifa Bank perd son agrément

Le Quotidien d’Oran, 31 mai 2003

«L’empire» qui a impressionné certains et intrigué d’autres pendant trois ans s’effondre. Non pas sous le coup d’un séisme dévastateur, mais de celui «des fuites de capitaux, de l’accumulation des non-valeurs représentées par des créances irrécouvrables sur des entreprises affiliées et d’une dilapidation des ressources». Les seuls «rescapés» sont les petits épargnants. Quant aux organismes et entreprises publics et celles privées, ils ont perdu à tout jamais leurs épargnes.

C’est la fin de la banque privée El-Khalifa Bank ainsi que toutes les filiales du groupe du richissime (l’est-il toujours ?) Khalifa Abdelmoumène.

La décision de la commission bancaire est tombée jeudi: «La commission bancaire, (…) conformément à la loi, a rendu le jeudi 29 mai 2003 la décision suivante: la retrait d’agrément de la banque El-Khalifa Bank SPA, en application de l’article 156 de la loi n°90/10 du 14 avril 1990 relative à la monnaie et au crédit, modifiée et complétée», indique cette institution dans un communiqué de presse. C’est ainsi qu’un «liquidateur a été nommé en application de l’article 157″ de la LMC.

Le verdict de la commission est pris, explique-t-on, après une réunion en audience disciplinaire tenue le 26 mai «pour statuer sur la base de l’acte de grief» dressé deux jours auparavant à la banque. Mais cette ultime rencontre a été un échec et les deux administrateurs d’El-Khalifa Bank «n’ont pu fournir aucune réponse valable à l’acte de grief».

De son côté, l’administrateur provisoire qui a été désigné en mars dernier a informé la commission bancaire des derniers résultats sur l’état de la comptabilité de la banque privée.

Le constat indique, on ne peut plus clair, que «la situation patrimoniale d’El-Khalifa Bank SPA se caractérise par un important déficit en ressources, maquillé par des fausses déclarations au titre des reportings réglementaires». Une situation qui a été engendrée par «des fuites de capitaux, l’accumulation des non-valeurs représentées par des créances irrécouvrables sur des entreprises affiliées et une dilapidation des ressources», explique le communiqué en question.

Cette non-gestion, ajoute-t-on, «a entraîné une illiquidité grandissante qui s’est inéluctablement transformée en une cessation des paiements, du fait que des engagements financiers arrivant à échéance ne peuvent être honorés». C’est ainsi que la commission bancaire «a établi la cessation des paiements d’El-Khalifa Bank SPA et déclare l’indisponibilité des dépôts».

Toutefois, les petits épargnants seront en mesure de récupérer leur argent, précise-t-on, à travers la Société de garantie des dépôts bancaires (SGDB).

Ce dispositif, et bien que la loi l’ait prévu depuis 1990 via la LMC dans son article 70, n’a été créé concrètement que mercredi passé, soit la veille des délibérations sur le dossier du groupe Khalifa. En effet, la Banque d’Algérie a annoncé le 28 mai la création de la SGDB. Elle est dotée d’un statut juridique de société par action (SPA) et d’un capital de 220 millions de dinars où interviennent d’une manière légale les 22 banques algériennes agréées, ainsi que le Trésor public.

L’affaire de Khalifa fera, par ailleurs, des malheureux. Il s’agit des entreprises et organismes publics ainsi que des sociétés privées.

Pour le moment, les sources au fait de ce dossier n’ont pas donné officiellement l’identité des grands dépositaires. Mais l’on parle des caisses de la sécurité sociale telle que la CNAS, de Naftal, des ports, dont ceux d’Alger et de Béjaïa…

Toutefois, il n’est pas à exclure de découvrir, dans un avenir proche, la liste des autres entreprises «victimes». Selon nos informations, elles sont nombreuses à avoir été attirées par les taux d’intérêts d’El-Khalifa, qui dépassaient de loin ceux des banques étatiques. Elles risquent, en fait, de se manifester pour éventuellement réclamer une indemnisation-ne serait-ce que partielle – de la part de l’Etat et donc de la Banque d’Algérie, au même titre que les petits déposants.

Reste à savoir comment réagiront les pouvoirs publics. En tout cas, la Société de garantie des dépôts bancaires ne permet nullement de rembourser tous les clients de la banque privée, n’étant dotée que de 220 millions de dinars. Il est utile de rappeler, à ce sujet, que le montant des dépôts au niveau de cet établissement financier dépasse, selon certaines sources, 1,3 milliard de dollars.

L’autre problème auquel devra faire face l’Etat est celui des centaines de travailleurs du groupe qui se retrouvent maintenant au chômage. Ceux-là avaient déjà organisé des sit-in et ne manqueront forcément pas de réclamer des prises en charge.

L’avenir apportera probablement d’autres révélations sur cette histoire qui n’a rien en fin de compte d’un conte de fées. D’ailleurs, certaines sources nous ont révélé hier que, jusqu’à il y a quelques jours, il y avait une volonté politique pour sauver le groupe. Certains s’attendaient même à un retour fulgurant. Mais ce ne fut pas le cas.

L’on apprend que le politique avait tablé sur une reprise du groupe Khalifa par d’autres opérateurs, notamment étrangers. Ces derniers ne se sont pas manifestés, d’où la décision de retrait d’agrément, en application de la loi, faut-il encore le préciser.

Ghania Amriout