Les bagatelles coûteuses de Rafik Khalifa

 

Les bagatelles coûteuses de Rafik Khalifa

95.000 euros pour quelques sourires de Catherine Deneuve

 Le Quotidien d’Oran, 8 décembre 2004

Les coûteux et chers «invités» et «amis» de Rafik Khalifa pourraient être convoqués par la justice française.

Dans le panier, des stars de cinéma, des hommes politiques…

Du beau monde pourrait être entendu par la juge d’instruction française Isabelle Prévost-Desprez qui s’occupe du volet français de l’affaire Khalifa, rapporte le journal Le Parisien, qui indique que la justice française pourrait prochainement avoir accès aux éléments du dossier instruit à Alger. Un juge d’instruction français devrait venir à cet effet à Alger. Jusqu’à présent, l’instruction ouverte par la juge Prévost-Desprez a abouti à la mise en examen de cinq personnes pour «abus de biens sociaux, banqueroute frauduleuse ou blanchiment en bande organisée». Il s’agit, indique le journal, de l’ex-homme de confiance de Rafik Khalifa, l’épouse du milliardaire algérien, un notaire parisien et un fondé de pouvoir du groupe. La juge Prévost-Desprez a également mis en examen, pour «complicité de banqueroute frauduleuse», la gérante d’une société civile immobilière, soupçonnée d’avoir racheté dans des conditions suspectes la villa «Bagatelle» à Cannes.

Achetée à 35 millions d’euros, la villa «Bagatelle» a été équipée pour plus de 2 millions d’euros, avant d’être bradée pour 16 millions d’euros. Une partie de cet argent, au moins 3,3 millions d’euros, délivrée par chèque à Moumen Khalifa au niveau de l’aéroport d’Heathrow, lui permet de financer sa sinécure en Grande-Bretagne.

On commence à avoir des détails sur les largesses de Moumen Khalifa à l’égard des stars. Les frais d’apparition ou des parties organisées par Khalifa en vue de lui donner une stature et une image varient, selon l’échelle de célébrité, entre 300 et 40.000 euros. La fameuse partie de «Bagatelle» du 3 septembre avait attiré une foule d’artistes et de personnalités. Elle aurait coûté une autre «bagatelle» de 20 millions d’euros. L’argent des épargnants algériens et celui des entreprises publiques aura donc financé un plateau hollywoodien où l’on retrouvait notamment le chanteur Sting et sa femme, Patrick Bruel, Andrea Bocelli, Bono, Ricky Martin, Jack Lang, homme politique socialiste et «ami des arts», Hervé Bourges, éternel «ami de l’Algérie». Sans oublier Mélanie Griffith, Pamela Anderson, Luc Besson, Gérard Depardieu, Catherine Deneuve… Ces noms célèbres devraient s’expliquer devant le juge d’instruction sur les largesses de ce grand bienfaiteur des arts que fut Moumen Khalifa. A commencer par la belle Catherine Deneuve qui se serait offert, pour pratiquement rien, de quoi financer un lifting royal. L’homme de confiance de Khalifa, Mohamed C., dont la déclaration a été consignée sur PV, a raconté que Khalifa lui avait demandé d’aller chercher une enveloppe dans sa chambre pour la remettre à l’actrice française. «Je savais que cette enveloppe était destinée à Catherine Deneuve pour sa présence à la fête. Des espèces étaient remises par Rafik Khalifa aux célébrités qui se déplaçaient (…). Le montant pouvait varier en fonction de la réputation de la personne, de 300 euros à 40.000 euros. Catherine Deneuve a perçu environ 45.000 euros pour aller au match OM-Algérie et 40.000 euros pour assister à la soirée. Gérard Depardieu n’a pas perçu d’espèces, mais a bénéficié du jet privé de Khalifa». Bref, en faisant le compte, quelques heures et quelques sourires crispés – difficile de les oublier, on les a vus sur notre télévision – auront coûté 95.000 euros. Pour l’acteur Gérard Depardieu, qui jure n’avoir pas touché un kopeck de son ami Rafik, l’usage du jet privé à Marseille et à New York constitue déjà une substantielle compensation.

Certes, le liquidateur algérien a porté plainte, mais les avocats des personnes mises en examen en France pourraient tenter de contester la compétence de la justice française en arguant que les sociétés mises en cause sont de droit algérien. 95.000 euros pour quelques mauvais sourires et la suite risque d’être du même acabit. Pas de quoi faire sourire des épargnants algériens ruinés.

Le comble est que certains des Algériens déjà ruinés continuent d’essuyer les retombées. Ainsi, un épargnant qui a placé une grande somme en dépôt est sommé de rembourser un crédit inférieur de moitié à son argent qu’il ne peut récupérer.

M. Saâdoune