Les avoirs de Khalifa Abdelmoumène bloqués

GRANDE-BRETAGNE

Les avoirs de Khalifa Abdelmoumène bloqués

El Watan, 8 juin 2003

Tous les avoirs de Abdelmoumène Khalifa en Grande-Bretagne ont été bloqués ces derniers jours par les autorités britanniques, apprend-on de source sûre.

Selon cette dernière, les services du fisc anglais ont exigé du patron du groupe Khalifa «de justifier l’origine de ses biens et de répondre aux accusations portées par le gouvernement algérien à son encontre». Ce qui explique, a révélé notre interlocuteur, l’arrêt des émissions de la chaîne londonienne Khalifa News ces derniers temps. La réaction des autorités britanniques est intervenue après l’annonce de la mise en liquidation de la banque Khalifa, mais surtout à la suite des graves révélations du chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, devant les députés, la semaine écoulée. Le chef de l’Exécutif avait affirmé que El Khalifa Bank a causé au Trésor public un préjudice de 1,5 milliard de dollars. Sans compter tous les partenaires étrangers du groupe, notamment ceux de Khalifa Airways qui réclament le paiement des factures non honorées depuis septembre 2002, et dont le montant s’élève à plus de 80 millions de dollars. Certaines sources ont affirmé que la décision de geler les avoirs de Abdelmoumène en Grande-Bretagne a été prise à la suite d’une plainte déposée à Londres par certains de ses anciens créanciers. Les services du fisc anglais semblent décidés à aller jusqu’au bout avec le milliardaire algérien, qui s’est réfugié dans leur capitale pour éviter d’être inquiété par une éventuelle demande d’extradition des autorités algériennes du fait de l’absence de convention judiciaire entre le royaume et l’Algérie. Il y a deux mois, Abdelmoumène avait déclaré dans les colonnes du magazine français Paris-Match que toutes ses affaires sont situées en Grande-Bretagne et qu’il n’avait rien en Algérie. En cette période, deux mandats d’arrêt internationaux ont été lancés contre lui par la justice algérienne. L’un dans le cadre de l’affaire de ses trois plus proches collaborateurs arrêtés le 26 février dernier à l’aéroport Houari Boumediène, à Alger, au moment où ils s’apprêtaient à quitter le territoire national avec 2,8 millions d’euros. Le second mandat a été lancé par le magistrat instructeur près le tribunal de Chéraga dans le cadre de l’affaire de la Banque El Khalifa liée au détournement de biens sociaux. Pour l’instant, seule la télévision de droit français, KTV, continue à émettre à partir de Paris où une quarantaine de journalistes avaient saisi le tribunal des Prudhommes pour réclamer leurs salaires non perçus pendant des mois. L’administrateur qui a géré pendant deux mois la banque El Khalifa s’est déplacé en France à plusieurs reprises pour recenser les biens du groupe pour les saisir, avec l’aide des autorités judiciaires françaises. L’objectif était de pouvoir collecter le maximum de biens du groupe, et rembourser ne serait-ce qu’une partie de l’argent transféré par Abdelmoumène vers des comptes domiciliés ailleurs.

Par Salima Tlemçani