La justice britannique n’aurait pas reçu la demande algérienne d’extradition de Khalifa

La justice britannique n’aurait pas reçu la demande algérienne d’extradition de l’ex-magnat

Les avocats de Khelifa contredisent Belaïz

par Halim Mouhou, Le Jeune Indépendant, 5 août 2007

L’Algérie cherche, d’après les déclarations de nos officiels, à obtenir des autorités judiciaires britanniques l’extradition du magnat refugié à Londres depuis 2003. Mais, voilà que les propos des avocats d’Abdelmoumène Khelifa, cités par l’AFP, viennent semer le doute sur le processus «réel» d’extradition vers l’Algérie de l’ex-golden boy.

Selon les propos de ces derniers, rapportés par l’AFP, «la Justice britannique n’a pas reçu de demande d’extradition (de Khelifa, NDLR)». Pourtant, plusieurs hauts responsables algériens, et à leur tête le ministre de la Justice, Tayeb Belaïz, ont affirmé à maintes reprises que l’Algérie a formulé auprès de la justice britannique une demande d’extradition de Khelifa.

Le Gardien des sceaux a même expliqué, en marge d’un séminaire le mois dernier à Alger, les détails de la démarche algérienne. «Il y a deux demandes d’extradition formulées auprès des autorités britanniques, l’une algérienne et l’autre française.

Il y a, en la matière, des procédures à suivre. Mais, en définitive, la justice britannique reste souveraine», avait-il dit ajoutant qu’»en ce qui nous concerne, nous avons fourni un dossier assez consistant». Sur ce point, le ministre a assuré que la demande algérienne a été consolidée par tous les documents la justifiant, comme il avait affirmé la disponibilité des autorités algériennes à fournir d’autres documents si la justice britannique les demandait.

«A notre demande d’extradition, nous avons joint pas moins de 57 documents la justifiant», avait révélé M. Belaïz expliquant que «la convention européenne conditionne l’extradition à l’émission préalable d’un mandat d’arrêt international».

Ce qui a été fait par les autorités judiciaires algériennes qui avaient émis un tel mandat il y a de cela quelques années déjà. Qui des avocats d’Abdelmoumène Khelifa ou du ministre de la Justice devrait-on croire ? Les relations et le droit internationaux étant ce qu’ils sont, il se pourrait que les deux parties disent la vérité.

Les avocats du «malfrat» condamné par contumace en mars dernier à perpétuité par le tribunal criminel de Blida dans le cadre du procès de la caisse principale d’El-Khalifa Bank, ont, faut-il le relever, bien pesé leurs mots. Ils précisent bien que la justice britannique «n’a pas reçu» de demande algérienne d’extradition, sans pour autant nier le fait que l’Algérie ait formulé une telle demande.

Le problème se poserait-il donc en termes de «recevabilité» de la demande faite par les autorités judiciaires algériennes à leurs homologues britanniques ? Entre-temps, la justice française, également aux trousses de l’ex-pharmacien devenu milliardaire, a «doublé» son homologue algérienne.

La justice britannique statuera en effet sur la demande d’extradition de la France le 29 août en cours pour décider du sort de l’ex-magnat algérien. Sachant qu’il n’existe pas d’accord d’extradition entre notre pays et la France, Abdelmoumène Khelifa sera «à l’abri» de la justice algérienne, ou du moins cela sera le cas pour plusieurs années, si la justice britannique répond favorablement à la requête française.

Hier, il nous a été «impossible» d’avoir une quelconque réponse ou information supplémentaire sur toutes ces questions. Au ministère des Affaires étrangères, l’intérimaire chargé de la communication nous a orientés vers le ministère de la Justice.

Au niveau de ce dernier il nous a été également impossible d’avoir un responsable susceptible de nous éclaircir cette situation. Le téléphone de la cellule de communication de ce département sonnait aux abonnés absents tout au long de l’après-midi d’hier.

Le chef de cabinet du ministre est «submergé» par le travail, puis «pris» dans la réunion des cadres du ministère avec le ministre, nous dit-on au niveau de son secrétariat, alors que le secrétaire général du même département est en congé, nous a-ton également indiqué.

Une chose est toutefois sûre, l’information n’est pas le point fort de nos institutions publiques. H. M.