L’avocate de Khelifa confiante

La Haute Cour britannique poursuit l’examen du dossier d’extradition

L’avocate de Khelifa confiante

Par : Samia Lokmane-Khelil, Liberté, 5 septembre 2010

Anita Vasisht se dit satisfaite de la gestion de l’affaire par les magistrats de la Haute Cour.

Trois mois après avoir réceptionné et accepté d’examiner l’appel interjetant la décision d’extradition d’Abdelmoumen Rafik Khelifa vers l’Algérie, la Haute Cour britannique n’a toujours pas fixé de date pour une audition. “Nous n’avons reçu aucune notification”, révèle Anita Vasisht, avocate de l’ex-milliardaire algérien. Selon elle, l’examen du dossier par les magistrats risque de prendre du temps. Ce qui ne l’ennuie pas outre mesure, tant que l’affaire est bien prise en charge. Sur ce plan, Anita Vasisht se dit satisfaite du déroulement de la procédure.
Très méticuleux, les juges auraient en effet décidé de revoir de fond en comble le dossier d’extradition dans sa forme et son contenu. Leur jugement pourrait-il contrarier le verdict du tribunal de première instance ? Sans vouloir préfigurer l’issue de l’appel, la défenderesse de Khelifa se montre optimiste. Dans sa demande de recours, elle a surtout mis en évidence les dangers qui pèsent sur la sécurité de son client, s’il est renvoyé en Algérie.
En avril dernier, quelques jours avant l’annonce de la décision du Home Office — ministère de l’Intérieur — en faveur du transfert de l’ex-golden boy dans son pays, Mme Vasisht avait confié à un journaliste du Guardian la hantise qu’éprouve Khelifa à l’idée de retourner en Algérie où il s’imagine en homme mort. Le quotidien anglais avait obtenu des documents révélant la visite de deux agents des services des renseignements britanniques à l’ancien milliardaire dans son lieu de détention, à la prison de Wandsworth, pour l’avertir des menaces de mort qu’il encourt s’il est transféré en Algérie. La visite aurait eu lieu en août 2008, soit un peu moins de six mois après le début de l’examen du dossier d’extradition par le tribunal de Westminster à Londres.
Si de tels propos ont été tenus à Khelifa, il est à se demander alors pourquoi l’ex-ministre de l’Intérieur, Alan Johnson, a avalisé deux ans plus tard, la demande algérienne d’extradition, en faisant valoir notamment la suppression dans le pays, de la peine de mort en ce qui concerne les crimes économiques. Comme le Home Office, le juge Tymothy Workman du tribunal de Westminster a fondé en partie sa décision sur la base des assurances diplomatiques du gouvernement algérien. Lors du prononcé du verdict en juin 2009, il avait précisé que le transfert de Khelifa comporte des garanties conformes aux préceptes de la convention internationale des droits de l’Homme. En outre, l’État algérien a promis d’organiser un nouveau procès.
En 2007, Khelifa avait été condamné par contumace à la réclusion à perpétuité, pour une variété de crimes (association de malfaiteurs, vol qualifié, détournements de fonds, faux et usage de faux…) dans l’affaire liée à la gestion de sa banque. Pendant plus d’un an d’auditions, sa défense londonienne s’est employée à discréditer le contenu des charges retenues contre lui.
Lavant Khelifa de tout soupçon de crime économique, ses avocats l’ont présenté comme la victime d’un règlement politique. Aujourd’hui, Anita Vasisht pense que son client est l’objet d’une vente concomitante. Londres ayant accepté de le renvoyer, à condition qu’Alger consente à réceptionner ses ressortissants impliqués dans des affaires de terrorisme et dont le Royaume-Uni veut se débarrasser.