L’ex-milliardaire a fait appel à une avocate réputée

L’ex-milliardaire a fait appel à une avocate réputée

La femme qui veut sauver Khelifa

Par :Samia Lokmane-Khelil, Liberté, 13 mars 2008

Anna Rotwell, chargée de la défense de Abdelmoumen Rafik Khelifa, est réputée pour être une professionnelle impénitente et coriace. Elle exerce ses talents dans un célèbre cabinet londonien, Wilson & Co.

Tout au long de l’audience tenue avant-hier au tribunal de Westminster, Anna Rothwell ne cessait pas de prendre des notes, attentive à la lecture du contenu de la demande d’extradition par son adversaire Hugo Keith et aux répliques du juge Timothy Workman.
Assise au dernier rang, en retrait des autres avocats, elle levait quelquefois la tête pour esquisser un sourire rassurant en direction de son client, installé dans le box des accusés. L’avocate de Abdelmoumen Rafik Khelifa a tout d’une main de fer dans un gant de velours. La jeune femme au visage angélique et très effarouchée par la presse est réputée pour être une avocate impénitente et coriace. Elle exerce ses talents dans un célèbre cabinet d’avocats londonien, Wilson & Co. Depuis 2005, Anna Rothwell fait partie d’une équipe très select, chargée du traitement des affaires criminelles. Auparavant, elle travaillait au sein du département de l’immigration du groupe. Détentrice d’un master des droits de l’Homme à l’université d’Essex, l’avocate est toute désignée pour empêcher l’extradition de Khelifa vers l’Algérie. L’absence de garanties quant au sort de l’ancien milliardaire après sa livraison aux autorités de son pays est un argument crucial sur lequel elle a bâti sa stratégie de défense. Le contenu de sa plaidoirie a été lu devant la cour par un de ses confrères, Ben Brandan. À l’issue de l’audience, celui-ci s’est dit très confiant sur l’issue des auditions. Selon lui, l’ex-golden boy ne sera jamais extradé en Algérie. Le flou qui entoure l’affaire Khalifa, ses ramifications politiques et ses non-dits, sont les autres éléments que l’avocate de Wilson&Co entend exploiter pour persuader le juge de surseoir l’ordre de livraison. Timothy Workman est à l’évidence un magistrat intraitable. Son corps massif trahit une forte personnalité. Promu juge principal du tribunal criminel, il a été choisi pour examiner la demande d’extradition de Khelifa, en vertu de sa longue et profonde expérience dans le domaine.
À la cour de Westminster où il officie, il a eu à traiter la plupart des affaires d’extradition et de terrorisme. Un de ses verdicts a failli d’ailleurs lui coûter la vie en 2005. Après avoir refusé de livrer le chef tchétchène Ahmed Zakayev au Kremlin, M. Workman a échappé à une tentative de meurtre. L’attentat attribué aux services secrets russes a ciblé un homonyme.
Le magistrat avait refusé la demande d’extradition de Zakayev pour les risques de torture et d’assassinat que l’opposant encourait une fois dans son pays. M. Workman avait aussi rejeté une requête similaire formulée par Moscou à l’encontre du dissident Boris Berezovsky, réfugié au Royaume-Uni depuis de longues années. En revanche, il s’est distingué en obtenant la livraison d’un officier israélien, accusé par un groupe de Palestiniens à Londres d’avoir ordonné le bombardement injustifié d’une soixantaine de maisons dans la bande de Gaza. En confiant au juge Workman l’affaire Khalifa, les autorités judiciaires britanniques savent qu’il ne laissera rien au hasard. En feuilletant les 350 pages de la demande d’extradition, il a reconnu d’emblée que le dossier est complexe et requiert un examen approfondi. À travers cette révélation, le magistrat suggère qu’il prendra le temps qu’il faut pour se prononcer.
À charge pour les avocats des deux parties de le convaincre lors des prochaines audiences. L’année dernière, il n’a pas fallu plus de 5 séances pour déterminer le choix de son collègue, Anthony Evans qui, en août 2007, avait décidé de livrer Moumen Khelifa à la France. Cette fois-là, Anna Rothwell avait échoué à plaider la cause de son client, car dans le cas de l’Hexagone, ni la thèse du procès politique ni les soupçons sur la violation des droits de l’Homme ne pouvaient tenir la route.

S. L.-K.