Les auditions se poursuivent dans l’affaire Khalifa

Les auditions se poursuivent dans l’affaire Khalifa

par Sihem H. , Le jeune Indépendant, 9 octobre 2004

Au moment où Moumène Khelifa, sous le coup d’un mandat d’arrêt international, continue à se réfugier en Grande-Bretagne, les auditions des personnes susceptibles d’éclairer la justice dans son travail d’investigation, se poursuivent au pas de charge devant le juge d’instruction du tribunal de Chéraga.

Déjà, huit ministres de l’ancien gouvernement ont été auditionnés. L’un d’entre eux a été inculpé, et le même sort risque d’être réservé à d’autres de ses pairs. Le dernier en date a avoir été entendu, M. Medelci, ancien ministre des Finances, a affirmé au juge d’instruction son «ignorance» de toutes les magouilles au sein de «l’empire Khalifa».

Le dénominateur commun entre les auditions de ces anciens ministres est le fait que chacun a «tenté», à sa manière, de rejeter la responsabilité sur sa hiérarchie : l’ancien chef du gouvernement. Ce qui rend la comparution de ce dernier devant le juge d’instruction inéluctable.

En plus de ces anciens ministres, d’autres personnalités, externes à l’ex-groupe, ont été auditionnées dans cette affaire. Des responsables d’institutions publiques ayant placé leurs fonds à la Khalifa Bank, jusqu’à l’ancien gouverneur de la Banque d’Algérie, actuellement sous contrôle judiciaire, ont été interrogés.

Des révélations ? «Evidemment. Elles sont nombreuses et tout aussi étonnantes les unes que les autres», affirme une source judiciaire. Une banque sans capital… Le plus «spectaculaire» est que Khalifa Bank n’a pas, deux ans après sa création, constitué son capital comme l’exige la réglementation en vigueur.

Autant de témoignages grâce auxquels la justice a pu réunir les éléments d’un puzzle inintelligible au départ. Des éléments ayant surtout permis de remonter la filière dans l’objectif de situer les responsabilités. «Dur mais pas impossible», explique notre interlocuteur.

Jusqu’à présent, plusieurs centaines de personnes ont été écoutées sur cette affaire parmi lesquelles une vingtaine a été inculpée. Certaines d’entre elles ont été mises sous mandat de dépôt et d’autres sont en liberté provisoire, au moment où les principaux témoins sont sous le coup d’un mandat d’arrêt international, parmi lesquels figure le patron du défunt groupe.

Plusieurs mois après la transmission par le canal diplomatique d’une demande d’extradition, les autorités britanniques n’ont toujours pas répondu favorablement. D’ailleurs, devant la tiédeur anglaise dans cette affaire autrement importante pour l’Algérie, le président Abdelaziz Bouteflika, pourrait être sollicité par la justice algérienne pour intercéder personnellement auprès de la Grande-Bretagne, pour l’extradition du «golden boy» indélicat.

Entre-temps, il est question de trouver les personnes soupçonnées d’avoir été l’aile protectrice de Moumène Khelifa. «Il est vrai que le milliardaire s’est entouré de personnalités influentes en s’affichant à leurs côtés pour faire croire à leur soutien», explique-t-on.

Il est question justement de faire un «tri» pour retrouver toutes les personnes ayant servi d’aile protectrice pour les malversations commises par l’ex-groupe. C’est d’ailleurs dans cet objectif que seront probablement auditionnés, dans les prochains jours, d’anciens responsables au plus haut niveau des institutions de l’Etat, parmi lesquels des militaires dont la plupart a été disgraciée.

La justice tente à travers cette enquête de s’affranchir de toutes formes de reproches qu’on pourrait lui faire pour un «quelconque privilège». Il y a près de deux ans, en novembre 2002, l’empire Khalifa avait entamé une descente aux enfers dans des conditions aussi spectaculaires que celles ayant présidé à son essor.

L’effeuillage, présageant une mise à mort inévitable, avait débuté par un blocage des transferts de capitaux du groupe. Une cascade de mesures s’en est suivie et Khalifa a fini par se séparer de ses avions. Plusieurs thèses ont été avancées à ce propos.

La plus plausible demeure néanmoins celle qui voudrait que c’est grâce à l’argent des autres, et grâce à certaines complicités que Khalifa a pu amasser une telle fortune. «Tout le nœud de cette escroquerie à grande échelle se situe à ce niveau», plaide-t-on.

S. H.