Affaire Khalifa Bank : Les avocats de la défense sortent leurs atouts

Affaire Khalifa Bank : Les avocats de la défense sortent leurs atouts

par Tahar Mansour, Le Quotidien d’Oran, 10 juin 2015

Les avocats de la défense ont continué hier leurs plaidoiries au profit de leurs mandants, ce qui constitue maintenant vraiment la dernière ligne droite avant que le juge Antar Menouar ne prononce les peines après la délibération. La défense des deux commissaires aux comptes poursuivis pour ne pas avoir dénoncé les irrégularités dans les comptes de Khalifa Bank a rappelé que ses clients avaient été les premiers à avertir la Banque d’Algérie du manquement à la loi sur la monnaie et le crédit au niveau de cette banque, ainsi que des graves irrégularités constatées. Mais, ajoute l’avocat, les responsables de la Banque d’Algérie n’ont pas bougé le petit doigt pour y remédier ou pour saisir la justice. Il s’adresse au procureur général pour lui dire qu’il s’attendait à ce que le ministère public revienne sur ses demandes et retire les poursuites contre les deux commissaires aux comptes, mais c’est le contraire qui est arrivé. Il demande alors au tribunal de déclarer ses deux clients innocents des charges qui pèsent sur eux. Il prit pour étayer ses dires le fait que ses deux mandants avaient quitté la banque Khalifa en 2000, donc ils n’étaient plus concernés par ce qui s’y passait puisque les problèmes ont commencé à apparaître à la fin de l’année 2002. Quant à l’avocate de Jean-Bernard Vilain et Bourkaib Chafik, elle a voulu rappeler au tribunal que la Cour suprême avait demandé à ce que le retard dans la restitution ne devrait pas donner lieu à poursuites mais qu’elle a été très étonnée de voir ses clients poursuivis pour ne pas avoir rendu des outils de travail, juste pour éviter que des dossiers confidentiels concernant Khalifa Airways ne soient perdus. Elle considère que ceci relève plutôt de la conscience professionnelle de ses clients et non un abus de confiance et demande au tribunal de les innocenter. Les autres avocats qui se sont succédés à la barre ont tous abondé dans le même sens en faisant ressortir devant le tribunal que leurs clients avaient agi en toute honnêteté et que même si des avantages leur ont été accordés, ils l’ont été souvent à leurs corps défendant ou sans qu’ils le sachent. Certains des avocats ont fait remarquer au juge que les accusations d’abus de confiance ont été portées à l’encontre de nombreux cadres algériens dont le seul tort avait été de vouloir faire acte de bonne gestion, et que c’est donc une machination contre eux pour les discréditer et leur faire porter la responsabilité de la faillite de la banque et des entreprises qu’ils dirigeaient. L’un d’eux a même affirmé que les vrais coupables ne sont pas ici, dans l’enceinte du palais de justice, ils n’ont même pas été inquiétés, précise-t-il. Les autres avocats font ressortir que les avantages et les cadeaux offerts par Khalifa Bank aux responsables qui ont déposé des fonds chez eux sont fantaisistes et ne se trouvent que sur des listes confectionnées par une tierce personne pour leur nuire. D’autres avocats ont fait ressortir que les actes pour lesquels sont poursuivis leurs mandants ont été faits de bonne foi car ils ne voulaient que faire gagner de l’argent à leurs entreprises. Des défenseurs ont aussi relevé le fait que l’Etat avait donné un agrément à Khalifa Bank, il se porte donc garant de ses agissements et c’était à lui de bien contrôler ses agissements et d’agir en conséquence si des irrégularités sont commises, il y a même un ministère qui avait demandé à Khalifa Bank de financer une rencontre entre deux institutions étatiques, l’une algérienne et l’autre étrangère, comment donc peut-on maintenant parler de sponsoring ou d’autres. C’est aussi l’avis de l’avocat de M. Ali Aoun qui rappelle que les fonds ont été déposés suite à une décision du conseil d’administration et que son mandant n’avait fait qu’exécuter cette décision alors que la voiture qui lui aurait été offerte a été dirigée directement ver le parc et il ne connaissait même pas son existence. Le défenseur de Mme Benouis Lynda se demanda pourquoi le ministère public avait requis une peine de 3 ans de prison ferme alors qu’en 2007 elle avait fait opposition d’une peine de deux années de prison avec sursis. Il demande, lui aussi, l’acquittement pur et simple de sa cliente. Enfin, les autres avocats de la défense sont allés dans le même sens et ont demandé l’acquittement de leurs clients ou, au moins, l’allègement des peines pour certains.