L’argent du sponsoring ne passait pas par la comptabilité

Le conseiller de la direction des sports à la barre :

L’argent du sponsoring ne passait pas par la comptabilité

par Sihem H. et Nassima O., Le Jeune Indépendant, 5 février 2007

L’argent du sponsoring accordé par Khalifa Bank aux différents clubs sportifs ne passait pas par le service de comptabilité de cette banque. Ces fonds ont été comptabilisés comme étant des décharges. C’est ce que le conseiller auprès de la direction des sports, M. Mekedem Tahar, accusé notamment pour association de malfaiteurs et falsification de documents financiers, a affirmé à la présidente du tribunal de Blida en ce vingt-deuxième jour du procès.

Entre 200 et 250 millions de dinars étaient annuellement alloués aux clubs sportifs dans le cadre des opérations de sponsoring. L’avocat de la partie civile est intervenu pour apporter un rectificatif. Il a annoncé, ainsi, que lorsque les services de la liquidation ont procédé au débouclage de tous les comptes à ordre portant sur les sponsorings, il s’est avéré que ces opérations ont coûté 50 milliards de centimes qui ont été trouvés dans les comptes d’ordre.

L’accusé, qui occupait ce poste depuis septembre 2001 après avoir été pendant plus de trois ans chef de l’agence de Chéraga, a dit avoir refusé la proposition du P-DG de l’installer à la tête de l’inspection générale de la banque en remplacement de Benyoucef Yousfi et a préféré s’occuper du travail de conseiller auprès de la direction des sports, dirigée par Maâmar Djebour.

C’est ce qui a permis à Mekedem d’être en contact permanent avec les personnalités du monde sportif. Mekedem Tahar a déclaré, par ailleurs, n’avoir pas été au courant, et jusqu’à l’ouverture de l’instruction, que les filiales du groupe qui sponsorisaient également des clubs sportifs étaient prises en charge par Khalifa Bank.

C’était le cas, à titre d’exemple, de la compagnie aérienne de ce même groupe, Khalifa Airways. La présidente : qui d’autre assistait aux réunions que vous teniez avec les présidents des clubs ? Mekedem Tahar : Meziane Ighil – Qui se chargeait de la coordination entre les différents présidents sportifs ? – Je ne sais pas.

– Comment comptabilisiez-vous les dépenses débloquées dans le but de sponsoring ? – C’est un compte spécial pour le sponsoring que nous avons. Les dépenses sont considérées comme une décharge – D’où venait l’argent ? L’accusé s’est montré incapable de répondre à cette question.

La présidente n’insiste pas et passe à d’autres détails. – Quelle est l’équipe ou le club qui avait bénéficié d’un sponsoring consistant ? – Je ne peux pas répondre avec précision. Mais il faut juste savoir que les équipes qui participaient à des compétitions internationales bénéficiaient d’un montant beaucoup plus important que celles participant à des compétitions locales.

– Avec qui coordonniez-vous votre travail lorsque vous occupiez ce poste ? – Avec Maâmar Djebour qui était le premier responsable de la direction des sports. – Il travaillait au compte de qui ? – Il était salarié chez nous. – Dans quelle agence Ighil Mezaine était-il salarié ? – Je ne sais pas.

– Quelles sont les privilèges dont vous avez bénéficié du groupe ? – Aucun ! J’avais juste un véhicule et un téléphone de service. L’accusé a fait savoir, plus tard, lorsqu’il a été interrogé par le procureur général, qu’il bénéficiait d’une Master Card et de plusieurs autres avantages.

Lors de cet interrogatoire qui a duré plus de deux heures, l’accusé a également révélé qu’il avait bénéficié de deux crédits, mais qui ont été accordés par la filiale pharmaceutique du groupe sans dépôt de dossier. La présidente insiste particulièrement sur les modalités de remboursement qui faisaient apparemment défaut.

– Comment aviez-vous remboursé les 2,3 millions de dinars accordés pour l’achat d’un appartement ? – Je les ai remis en main propre. – A qui ? – A Abdelmoumène Khelifa. – Comment vous a-t-il été accordé ce crédit ? – L’argent a été versé directement dans mon compte.

– Avez-vous une preuve de ce remboursement ? – Aucune. Le procureur général intervient ensuite pour faire savoir que l’accusé, qui a une longue carrière dans des banques publiques, a été suspendu de la BDL, dernier poste qu’il occupait avant de rejoindre Khalifa Bank.

Le procureur, preuve à l’appui, brandit plusieurs bouts de papier portant la signature du P-DG et envoyés à l’accusé lui demandant de remettre des sommes d’argent à des cadres de la direction générale de Khalifa Bank, dont Kebache Ghazi et Nanouche.

Le procureur donne également l’exemple des 200 millions de dinars envoyés à l’ambassade de France avec un papier libre qui portait la carte de visite de l’ambassade pour régler certaines dépenses. L’accusé nie s’être adonné à de telles pratiques durant toute la période qu’il a passée au niveau de Khalifa Bank.

«Vous avez le droit de dire ce que vous voulez mais nous, le tribunal, nous avons les preuves écrites de ce que nous avançons», clama la juge. S. H. et N. O.