Procès Khalifa: Seuls 5% de l’argent perdu pourra être remboursé

Procès Khalifa

Seuls 5% de l’argent perdu pourra être remboursé

par T. Mansour, Le Quotidien d’Oran, 22 février 2007

Le recueil des constitutions de partie civile de la part des ex-clients de Khalifa Bank s’est poursuivi hier.

C’est l’avocat de l’OPGI d’Oran qui commença en annonçant que son mandant a perdu 100 milliards de centimes dans cette banque.

L’a suivi ensuite Me Aziz Den au nom de la CNAS qui s’est aussi constituée partie civile pour la perte de 1.000 milliards de centimes. L’avocat a affirmé à la cour que: «Nous remarquons, pour ce qui est de la CNAS, que c’est le président du conseil d’administration qui a donné l’ordre, et lui seul, pour effectuer ce dépôt. En plus, il a rédigé un PV de réunion portant de fausses informations, dans la mesure où tous les membres du CA ont nié s’être réunis à la date portée sur le PV ni donné leur accord pour le dépôt. En outre, nous remarquons que le directeur financier a de son côté effectué le dépôt, tout en sachant que le CA ne s’est pas réuni».

Après elle, plusieurs avocats se sont constitués partie civile pour le compte de leurs mandats ainsi que des ex-clients de Khalifa Bank qui n’avaient pas d’avocats. La présidente a reçu les demandes de constitution de partie civile et a demandé à tout le monde de garder les demandes de dédommagement pour le moment opportun. Vint ensuite une demande de constitution de partie civile fort attendue et qui dura une partie de la matinée ainsi que toute l’après-midi. Il s’agit donc de l’intervention de Me Ali Meziane, l’avocat du liquidateur Badsi Moncef. L’avocat a commencé par axer son intervention sur les dernières déclarations de Khalifa Abdelmoumène au sujet de ce qu’il a laissé dans les coffres de sa banque. «Nous sommes très loin des 3 milliards de dollars que Khalifa Abdelmoumène déclare avoir laissés dans ses coffres», a-t-il déclaré, avant d’ajouter: «Je me demande bien pourquoi certains confrères qui se sont constitués partie civile veulent-ils contester cette qualité au liquidateur de Khalifa Bank». Selon lui, la banque El Khalifa, « en tant que personne morale, a subi un préjudice moral du fait des agissements de Rafik Khalifa». Il déclara que le liquidateur, M. Badsi, a été convoqué par le juge d’instruction en qualité de partie civile, et qu’il s’est constitué en tant que tel le 19 janvier 2004.

Il affirma ensuite que tout ce qui est ressorti des écritures comptables ne dépasse pas les 1,5 milliard de dollars américains, soit environ 11.000 milliards de centimes (en DA). Et d’ajouter: «La plupart des écritures comptables découvertes à Khalifa Bank étaient des bouts de papiers sur lesquels étaient portées des sommes énormes». Et de préciser que l’évaluation du préjudice causé à la banque était encore provisoire, car la liquidation n’est pas encore terminée. S’agissant du remboursement des créanciers, l’avocat a déclaré « nous ne pourrons rembourser que quelque 5% des 114 mds DA, soit 1,5 md de dollars. Autrement dit, celui qui a une créance de 1.000 DA ne recevra que 50 DA ».

Continuant de commenter les déclarations de Khalifa Abdelmoumène, Me Ali Meziane déclara: «Nous sommes devant une affaire criminelle, une affaire d’escroquerie, d’abus de confiance à grande échelle». D’après cet avocat, les dépôts effectués par le secteur public dépassent les 5.000 milliards de centimes alors que ceux du secteur privé ont dépassé 1.500 milliards de centimes. Plusieurs centaines de milliards des comptes courants ont aussi disparu. Pour ce qui est des fonds transférés à l’étranger, l’avocat du liquidateur déclara que Khalifa Bank présentait des dossiers d’importation falsifiés, au nom de clients fictifs et pouvait ainsi déposer d’énormes sommes en devises dans les banques étrangères d’où il était facile à Khalifa d’opérer des retraits à sa guise ». Ainsi, pas moins de 47 opérations d’importation ont été réalisées par la banque Khalifa et que, durant les 5 années qu’a vécu la banque, 180 milliards de dinars ont été transférés à l’étranger pour, soi-disant, payer ces importations.

Toujours pour ce que est des fonds transférés à l’étranger, l’avocat parle de 85 millions que Khalifa Abdelmoumène a fait sortir d’une manière illégale. Et pour la deuxième fois en un laps de temps très court. Me Ali Meziane affirma que Khalifa n’a laissé que des caisses vides, en ajoutant que l’accusé s’est joué de la réputation de l’Algérie et des institutions algériennes.

Il reviendra aux fonds déposés auprès des agences en affirmant que beaucoup de ceux-ci se sont volatilisés avant d’arriver à la caisse centrale, et ajouta: «Les responsables de la banque ont affirmé que ces fonds ont été remis à des personnes dont ils ont tous les noms !». Il continua: «Les directeurs des agences sont responsables à part entière de la perte de ces fonds. En outre, Khalifa Abdelmoumène avait 17 parts d’actions chez Barclay Bank, en Angleterre».

L’après-midi, c’est encore Me Ali Meziane qui continua ses explications et ses révélations fracassantes. Il cita au début les 10 millions de dollars avec lesquels Khalifa Abdelmoumène acheta son avion privé de classe présidentielle et qui reste introuvable. Il ajouta que pour faire tourner sa société de transport aérien Khalifa Airways, «il avait recours au leasing.

Et les propriétaires des avions ont perdu dans l’affaire 13 petits avions qui ont été détournés en pleine tourmente de Khalifa Groupe par le conseiller personnel de Abdelmoumène, le Franco-Libanais Raghed Chemaa.

Il les a emmenés aux USA, les a démontés et les a vendus en pièces détachées. C’est d’ailleurs le FBI qui a donné l’information».

Ensuite, il rappellera les 45 millions d’euros qui ont été transférés vers la France pour l’acquisition de 3 stations d’épuration que Abdelmoumène voulaient soi-disant offrir à son pays. Des stations qui ont fini par prendre le chemin de l’Arabie Saoudite pour y être revendues à 12.000 $ US. Il déclara: «Et surtout qu’on ne vienne pas nous dire que c’est une affaire politique, d’ailleurs nous aurons bien voulu que ce soit une affaire purement politique, ce serait moins grave. Car, ce qui s’est passé c’est que tout le monde s’est laissé prendre au chant des sirènes, le gain facile a fait marcher tout un peuple. On ne doit pas culpabiliser seulement les directeurs d’office ou de société». Et d’ajouter: «Nous sommes dans une situation dramatique: 1,5 milliard de dollars, soit l’équivalent de 11.000 milliards, sont sortis du territoire national illégalement ». Et de reprendre: « C’est une affaire dont on doit tirer tous les enseignements. Ce n’est qu’un début, mais il est prometteur. En plus, nous devons avoir la culture de l’Etat et séparer les institutions des hommes. Il faut protéger nos institutions. Ce n’est pas suffisant de dire: oui, j’assume ma responsabilité et s’arrêter là».

Abordant un autre volet, Me Ali Meziane déclara qu’effectivement M. Badsi, le liquidateur, a rencontré à 4 reprises Khalifa Abdelmoumène à Londres. «C’était pour essayer de l’amener à de meilleurs sentiments. D’ailleurs, il avait promis de rendre 45.000.000 d’euros, mais il l’a fait courir. En plus, il a profité de leurs rencontres pour le faire prendre en photo avec lui et le menacer d’envoyer ces photos à la presse algérienne !». M. Badsi aurait même voulu selon l’avocat engager une action en justice à Londres mais les frais se seraient avérés très élevés. Me Meziane a aussi affirmé que Badsi avait ordonné la destruction de tous les documents vierges dans toutes les agences de la KB dans le but de mettre fin au trafic des faux bons de caisse et autres documents auxquels s’adonnaient certains employés de la banque qui voulaient profiter du « chaos ».

L’avocat a par ailleurs déclaré qu’il est vrai que les principaux accusés sont en fuite, mais a déploré « que certains de ceux qui sont dans le box des accusés savent où sont parties des sommes importantes et gardent le silence ». L’avocat termina en évoquant les 140 millions d’euros que Khalifa a utilisés pour l’achat des villas de Cannes, des dépenses faramineuses en soirées et le sponsoring qui à lui seul a coûté 51 milliards de dinars. La présidente a ensuite informé que la journée d’aujourd’hui sera libre à la demande du collectif d’avocats et que le procureur général entamera sa plaidoirie samedi.