Antinéa Airlines a été achetée avec l’argent des déposants !

Affaire khalifa Le directeur de l’agence de chéraga l’a révélé hier :

Antinéa Airlines a été achetée avec l’argent des déposants !

par S. H. et N. O., Le Jeune Indépendant, 5 février 2007

Au fil des questions qu’elle a adressées au deuxième inculpé passé hier à la barre, Mir Omar, directeur d’agence de Chéraga depuis janvier 2000 jusqu’à la mise en liquidation de Khalifa Bank, la présidente du tribunal est parvenue à faire avouer au prévenu qu’Antinéa a été achetée de manière «tout à fait illégale».

Pis encore, les 135 millions de dinars, coût de l’achat de cette compagnie porté sur l’acte authentique d’achat représentait la recette d’une des journées de l’agence de Chéraga. C’était donc l’argent des déposants. – Connaissez-vous Arezki Idjerouidène ? – Oui, c’est le directeur d’Antinéa Airlines.

– Qui vous l’a présenté ? – Un jour, j’étais à mon bureau à l’agence, et Abdelmoumène Khelifa est venu avec une personne qu’il m’a présentée ; c’était Arezki Idjerouidène, directeur de la compagnie aérienne Antinéa Airlines, que venait d’acheter Khelifa.

Le P-DG m’a demandé d’ouvrir un compte à son ami et c’est ce que j’ai fait en moins de 10 minutes. – Quel était le montant déposé par Idjerouidène dans ce compte ? – Zéro dinar. – Que s’est-il passé ensuite ? – En sortant, Idjerouidène a pris avec lui la somme de 208 millions de dinars.

– D’où a-t-il retiré cet argent ? – De son compte. Cette réponse a mis la présidente du tribunal dans un état coléreux, à tel enseigne qu’elle n’arrivait même pas à trouver les mots pour qualifier cette situation. Elle dit ne pas arriver à «admettre la drôle de logique inédite qui régnait au sein de la banque Khalifa».

– Comment expliquez-vous qu’un client ouvre son compte avec zéro dinar et retire des milliards 5 secondes après ? – C’est un ordre du P-DG. Cette somme devait être débitée sur le compte d’Idjerouidène dans le futur. – Cette somme a été accordée pour régler une facture ? – Exactement.

Khelifa venait d’acheter la compagnie d’Idjerouidène pour 135 millions de dinars que nous lui avons réglés au niveau de la caisse de Chéraga ? – Qui prenait en charge habituellement ce genre d’opération ? – Il aurait fallu créditer le compte de la banque, mais ça n’a pas été fait puisqu’on n’avait pas le temps.

– Et avec quel argent a été donc réglée la facture de ce fameux achat ? – Avec l’argent de l’agence de Chéraga. – C’était l’argent de qui ? L’accusé hésite un long moment avant de lâcher : «C’était l’argent des déposants.» Ce qui a visiblement choqué la présidente qui revient à la charge.

– La compagnie a été achetée pour 135 millions de dinars et vous avez remis à Idjerouidène 208 millions de dinars. A quoi a servi la différence, d’après vous ? – Le directeur d’Antinéa avait une dette de 3 milliards de centimes dont il devait s’acquitter auprès du Trésor public.

Et c’est à cela qu’avait servi la différence. – Moumène est tellement généreux qu’il n’hésite pas à se servir de l’argent des déposants pour payer la dette de son ami. Durant son interrogatoire, Mir Omar a eu également à s’expliquer sur les différentes opérations de transfert de monnaie de «compte à compte» qu’il a effectuées au sein de son agence qui, en 2000, a enregistré à elle seule 16 actions en justice enclenchées par des clients qui se plaignaient de la manière avec laquelle leurs comptes étaient gérés.

«Les clients de l’agence de Chéraga faisaient souvent face à une situation anormale en constatant soit une augmentation anormale de leur solde soit une baisse exagérée. A titre d’exemple, Mir Omar avait économisé une somme d’un peu plus de 46 000 euros qu’il faisait «sauter d’un compte à un autre des clients de la banque».

Des opérations qui servaient, selon la présidente, à «couvrir des magouilles». La séance de la matinée a été levée sur demande du parquet, au moment où la présidente voulait avoir d’autres précisions sur le contrat d’Antinéa. Le procureur général a demandé d’arrêter la séance matinale après un bref entretien avec Me Allouche.

S. H. et N. O.