Procès Khalifa : quand les accusés sont considérés comme des victimes

Procès Khalifa : quand les accusés sont considérés comme des victimes

El Watan, 22 mai 2015

Finalement, c’est la montagne qui accouche d’une souris ! Le procès d’El Khalifa Bank en est à sa troisième semaine, mais aucune révélation intéressante n’est à signaler. L’audition des accusés a pris fin mercredi. Depuis d’hier, c’est au tour des témoins de passer à la barre. Jusque-là rien de spécial.

Le procès est beaucoup plus réduit à ces histoires de «petits» privilèges qu’auraient eus des responsables d’entreprises ou d’institutions publiques alors que les «vrais» accusés ne «sont jamais cités». C’est le constat de tous. «Les vrais responsables du scandale Khalifa ne sont et ne seront jamais inquiétés. Ceux qui sont accusés dans cette affaire ne sont finalement que des victimes par rapport à ceux qui sont derrière le scandale financier et les détournements de deniers publics».

Voilà un point de vue qui constitue la vraie actualité que ce soit à Blida, ville qui abrite le procès, ou dans les autres villes du pays. Maître Lezzar, avocat de Abdelmoumen Khalifa, principal accusé dans cette affaire, ne cesse de le répéter : «Mon client est la principale victime et non le principal accusé.» Il déclare qu’il va tout dévoiler lors des plaidoiries programmées dans les prochaines semaines. «Abdelmoumen est la principale victime.

Vous saurez tout lors des plaidoiries», nous a-t-il confié. Cet avocat fera-t-il des révélations fracassantes pour défendre son client et éclaircir une affaire jugée «trop sombre» ? L’opinion publique est un peu sceptique. «Les vrais bandits sont bien protégés. Ceux qui sont dans le box des accusés sont finalement victimes d’une mafia politico-financière», insistent plusieurs citoyens, qui attestent qu’ils ne suivent plus le procès de l’affaire Khalifa puisque «le jeu est déjà joué».

Djellab témoin

Mohamed Djellab a occupé le poste de ministre des Finances juste avant le dernier remaniement gouvernemental. Il était, aussi, administrateur provisoire d’El Khalifa Bank de mars 2003 à juin 2003, et ce, avant la désignation du liquidateur. Il est cité comme témoin dans cette affaire et sera auditionné ce dimanche, par le juge Antar Menouar. Il figure parmi les très rares personnalités officielles convoquées par la justice dans l’affaire El Khalifa Bank, mais en tant que témoin…

Certains lui reprochent d’avoir été un peu passif lorsqu’il était administrateur d’El Khalifa Bank. «Au moment où il était administrateur, des sommes importantes en devises on été transférées à l’étranger alors qu’il devait, en tant qu’administrateur, et en étroite collaboration avec la Banque d’Algérie, tout bloquer en freinant le transfert d’argent par le système Swift», nous confie Nabil Djemaâ, ancien banquier. «D’autres scandales financiers en Algérie sont étouffés.

Il n’y a pas que l’affaire Khalifa. Des détournements de milliards et l’octroi de milliers de milliards à des importateurs sans que cela n’apporte un plus à l’économie nationale. Et puis, le PDG de la BDL a aujourd’hui 73 ans et est malade. Ça, c’est aussi un scandale bancaire! Aussi, les grandes bêtises des membres du Conseil de la monnaie et du crédit de la Banque d’Algérie ne sont jamais suivies de sanctions. Ils sont bien protégés», conclut l’expert bancaire.

Mohamed Benzerga