Abdelmoumen Khalifa: 10 ans de cavale

Abdelmoumen Khalifa

10 ans de cavale

El Watan, 18 décembre 2013

La décision des autorités britanniques d’extrader Abdelmoumen Khalifa signe la fin d’une longue et sinueuse bataille juridique et met au défi la justice algérienne de juger tous les acteurs de ce qui est appelé l’«escroquerie du siècle».

Abdelmoumen Rafik Khalifa n’a pas attendu l’éclatement du scandale de son groupe éponyme pour se mettre à l’abri dans la capitale britannique, sous la protection supposée de Sa Majesté la reine Elizabeth, qui lui aurait offert une invitation royale. Son «coup de génie», il le préparait depuis longtemps. Lui qui avait magistralement organisé et mené une vaste opération d’escroquerie des Algériens et de leur Etat, causant un préjudice de plus 1,5 milliard de dollars. Dès les premiers balbutiements de l’affaire, fin 2002, l’ex-magnat algérien s’est installé à Londres, d’où il regardait tranquillement l’effondrement de son empire comme un château de cartes et le licenciement de près de 20 000 salariés du jour au lendemain. Sans état d’âme !

Quand la Banque d’Algérie a bloqué les transferts de sa banque vers l’étranger, le 27 novembre 2002, Abdelmoumen Khalifa était déjà hors de portée, à des milliers de kilomètres d’Alger, en train de savourer la vie avec sa fortune générée en un laps de temps très court grâce à la corruption pratiquée à échelle industrielle.
Le groupe Khalifa sombre alors rapidement, notamment après qu’en février 2003, trois de ses proches collaborateurs se sont fait arrêter sur le tarmac de l’aéroport d’Alger avec la coquette somme de 200 000 euros en liquide. Lui, en revanche, enchaînait les soirées glauques et continuait à dépenser des sommes inconsidérées pour le plaisir.

Mandat d’arrêt international

Début 2003, une procédure de liquidation judiciaire est lancée. Rafik Khalifa s’est ainsi livré à des opérations de vente et de dilapidation des biens du groupe pour renforcer son patrimoine et sa fortune, placée en partie en Grande-Bretagne.
De l’organisation de la disparition de véhicules de luxe de sa société de location à la vente à perte de ses villas cannoises, Abdelmoumen Khalifa a pris pas moins de 50 millions d’euros d’El Khalifa Bank. Au fur et à mesure que l’affaire évolue sur le plan judiciaire en Algérie et que les enquêteurs découvrent le pot aux roses, Abdelmoumen Khalifa peaufine sa stratégie de défense pour éviter de se retrouver entre les mains de la justice de son pays. Un mandat d’arrêt international a été émis contre lui par la justice algérienne.

Connaissant la complexité du système judiciaire britannique et le fait que cette justice ne protège pas les crimes économiques, Abdelmoumen Khalifa s’est vite lancé dans une opération de politisation de l’affaire. Il joue ainsi pleinement la carte politique. Il multiplie les interviews et les rencontres avec les journalistes du monde entier à travers lesquelles il s’attaque vertement au président Bouteflika, qu’il accuse de causer sa perte. L’idée était de faire croire à la justice britannique qu’il était victime d’une liquidation politique pour avoir lancé une chaîne de télévision. D’ailleurs, il contre-attaque en déposant une plainte contre le gouvernement algérien pour banqueroute organisée. Une plainte acceptée par la justice britannique en 2006. Le golden boy algérien revient au devant de la scène médiatique. «Les autorités britanniques savent que mon affaire relève d’un problème politique travesti en problème économique. Il suffit de lire les articles de presse algériens télécommandés par le pouvoir pour s’en convaincre. La chute organisée de mon groupe, contrairement à ce qui a été écrit, n’a jamais reposé sur une défaillance financière», a-t-il martelé dans une interview accordée au magazine VSD en mai 2006.

Dix-sept enquêtes judiciaires sont alors ouvertes sur les affaires liées aux différentes filiales de son groupe. Le procès de la caisse principale a abouti à sa condamnation, le 22 mars 2007, à la réclusion à perpétuité pour «association de malfaiteurs», «vol qualifié», «détournement de fonds» et «faux et usage de faux». Une demande d’extradition a été effectuée par la justice algérienne. Réclamé également par la justice française, dans une enquête parallèle sur ses activités en France, Abdelmoumen Khalifa persiste et signe qu’il est victime d’une cabale politico-judiciaire. En 2008, la justice britannique examine la demande d’extradition. Sous la double pression algérienne et française et après délivrance d’un mandat d’arrêt européen à son encontre, Rafik Khalifa est arrêté le 27 mars 2007 par les services de sécurité britanniques. Ainsi donc, son exil doré tourne petit à petit au vinaigre. Depuis cette date, il est gardé en détention provisoire. En janvier 2008, il a été entendu dans le cadre de l’enquête préliminaire qui précède sa comparution en audience. Une enquête préliminaire est ouverte dans le cadre de la demande d’extradition introduite par l’Algérie.

Une première séance s’est déroulée le 11 mars de la même année. Mais la défense avait rejeté le réquisitoire dans sa forme, requérant davantage de temps pour en étudier la teneur. Le 28 avril 2010, le ministre britannique de l’Intérieur, Alan Johnson, donne son aval à l’extradition de Rafik Khalifa vers son pays. L’ex-homme d’affaires algérien fait appel plusieurs fois et retarde sa possible extradition. Aujourd’hui qu’il a épuisé toutes les voies de recours, l’Etat britannique annonce son extradition qui interviendra d’ici le 31 décembre. L’ex-magnat algérien aura réussi à se maintenir en cavale toute une décennie. Combien d’années passera-t-il en prison ? On le saura à la fin de son procès. S’il y en aura un.

Mokrane Ait Ouarabi


Six ans de bataille juridique avec la justice britannique

Les arguments politiques n’ont pas tenu

En perdant la bataille sur le fond en juin 2009, lorsque le ministre de la Justice britannique a ordonné son extradition, Abdelmoumen Khalifa savait qu’il ne lui restait que le terrain de la forme.

Le dossier sur lequel repose l’extradition a été bien ficelé dès 2008 par le liquidateur, désormais partie prenante dans la bataille judiciaire, en raison de son statut de défenseur des dépositaires de la banque Khalifa.
Le dossier présenté par la justice algérienne fait état de faits très graves reprochés à Abdelmoumen Khalifa. Cela va des colossales sommes d’argent volées des différentes agences d’El Khalifa Bank sur ordre de Moumen en personne, des transferts de devises sous le couvert de diverses transactions pour acquérir des biens, dont l’achat de la villa de Cannes, des 12 avions-taxis, des stations de dessalement de l’eau de mer, en passant par l’acquisition d’une banque et d’une société de travaux publics allemandes et dont les actifs ne se trouvent nulle part sur les documents ni de Khalifa Airways ni d’El Khalifa Bank. En France, l’enquête ouverte sur des faits de «banqueroute frauduleuse» a levé le voile sur un autre grand scandale, celui lié à vente des 12 avions-taxis par le Franco-Libanais Raghed Echamaâ, conseiller de Khalifa.

Des avions au nom d’une société-écran

Ces aéronefs avaient été achetés entre 2001 et 2002 par Khalifa Airways, auprès de la filiale EADS Scota, avant qu’ils ne soient désimmatriculés puis réimmatriculés au nom de Khalifa Jetcorp, une filiale anglaise, qui n’est en réalité qu’une société-écran. Selon les documents obtenus par le liquidateur, Raghed Echamaâ aurait joué un rôle important dans toutes les transactions relatives à ces avions, à commencer par leur achat auprès de EADS Scota, opération pour laquelle il aurait touché une commission de 5 millions de dollars et après la chute du groupe, il a réussi à mettre la main sur les appareils, dont un a été mis au nom de son épouse et les autres transférés aux USA pour être vendus en pièces détachées. Dans cette affaire, Khalifa Abdelmoumen est poursuivi pour «complicité de banqueroute frauduleuse», «détournement d’actifs et recel», alors que l’ancien patron de EADS, Phillip Debrun, a été inculpé pour «complicité de recel de biens sociaux».

Le juge a également mis en examen Amine Chachoua, qui avait un mandat général pour la gestion de Khalifa Airways en France et qui, à ce titre, avait établi l’acte de vente de la villa de Cannes achetée avec l’argent d’El Khalifa Bank, puis revendue par Abdelmoumen Khalifa, «pour banqueroute frauduleuse», «abus de biens sociaux et recel de ces derniers». Il en est de même pour Sakina Tayebi, mise en examen pour «abus de biens sociaux et complicité de recel», alors que Mme Amirouchène Nadia, ex-épouse de Abdelmoumen Khalifa, a été mise en examen pour «complicité de recel de biens sociaux», et Krim Smail devrait répondre devant le tribunal de «complicité à banqueroute» et «abus de biens sociaux» au même titre que Jean-Marc Brandela qui avait mandat général sur les activités de Khalifa Airways en France.

Autant de faits graves que la justice algérienne qualifie, entre autres, d’«association de malfaiteurs, de détournement, d’escroquerie, de vols qualifiés», pour lesquels Abdelmoumen Khalifa a été condamné par contumace, début 2007, par le tribunal criminel de Blida, à une peine de réclusion criminelle à perpétuité. Le liquidateur d’El Khalifa Bank avait estimé le préjudice de «cette escroquerie à grande échelle» à 300 milliards de dinars. Le liquidateur avait souligné par ailleurs qu’au 31 décembre 2012, malgré tous les efforts de recouvrement consentis, «les débiteurs inscrits dans les comptes font apparaître une somme de 81 milliards de dinars». Un désastre qui ne laisse aucune place aux arguments politiques avancés par Abdelmoumen pour se défendre contre son extradition.
Salima Tlemçani


Moncef Badsi. Liquidateur d’El Khalifa Bank

«Les preuves avancées par l’Algérie constituent la plateforme de l’extradition»

– La justice britannique vient d’ordonner l’extradition de Abdelmoumen Khalifa. Quelles répercussions cette décision aura-t-elle sur le dossier ?

La plus importantes des répercussions, c’est de permettre aux autorités d’organiser un dossier judiciaire solide et éviter ainsi de s’attarder sur des broutilles, comme les cartes de thalassothérapie ou les billets d’avion. Il sera question de reprendre le gros dossier relatif aux transferts de devises, pendant depuis près de dix ans au niveau du tribunal de Chéraga et de le traiter sérieusement. L’affaire de Khalifa Bank, examinée par le tribunal criminel près la cour de Blida, est vraiment dérisoire par rapport à celle qui attend au niveau de la cour de Chéraga.

– Est-il normal qu’une affaire reste pendante pendant presque dix ans au niveau d’un tribunal ?

Je ne sais pas, ce qui est certain, c’est que le dossier n’a pas été géré de manière sérieuse. Je ne sais pas s’il a été fermé ou mis au vert en attendant l’extradition de Moumen. Ce qui est important, il faut le préciser, c’est que le juge est maintenant dans l’obligation de le reprendre, mais d’une manière plus sérieuse et plus solide.

– Pensez-vous que l’extradition de Khalifa soit le résultat d’un accord politique entre l’Algérie et la Grande-Bretagne ou s’agit-il tout simplement d’une décision liée à une affaire purement délictuelle ?

La décision démontre que Abdelmoumen Khalifa n’a aucun argument politique pour se défendre des faits délictuels qui lui sont reprochés. Elle prouve que le dossier présenté et défendu par l’Algérie ne contient que des faits en relation avec une opération d’escroquerie. Si les Britanniques ont décidé de l’extrader, c’est que les pièces présentées sont solides et ne prêtent à aucune confusion. Les arguments politiques qu’il met en avant n’ont pas été retenus. Les preuves avancées par la partie algérienne constituent la plateforme de cette décision d’extradition. Les seules négociations, qui peuvent avoir lieu autour de ce dossier, concernent les garanties données par l’Algérie pour assurer à Moumen un procès équitable. Mais je pense que la meilleure des garanties a été le procès de Blida, qui s’est tenu publiquement dans de bonnes conditions, où tous les accusés se sont exprimés librement et leur défense également.

– Mais au tout début du lancement du mandat d’arrêt, les autorités britanniques avaient refusé l’exécution de cette extradition. Pourquoi selon vous ?

En fait, au tout début il y a eu un cafouillage. Des vices de forme sont apparus donnant l’impression de faire dans la précipitation. Le dossier n’était pas sérieux du tout. Il a fallu mettre en action la liquidation, en tant que partie civile, puisqu’elle défend l’intérêt des déposants, qu’ils soient grands ou petits. Les pièces envoyées aux autorités judiciaires britanniques étaient irréfutables et démontraient clairement les faits délictuels reprochés à Abdelmoumen. Nous avions gagné l’affaire dans le fond, et Moumen a été défait. Il ne restait que le terrain de la forme, sur lequel Khalifa a joué toutes ses cartes et a réussi à gagner du temps.

– Certains restent convaincus que Abdelmoumen est une sorte de boîte de Pandore que les autorités algériennes ne veulent pas ouvrir et ont donc intérêt à ce qu’il ne parle pas. Qu’en pensez-vous ?

Je reste convaincu qu’il n’a aucun argument politique pour se défendre. Il sera obligé d’affronter les faits précis et prouvés d’escroquerie qui lui sont reprochés. Il doit expliquer au juge tous les mouvements de fonds opérés par sa banque vers des comptes à l’étranger, le trou laissé au niveau de la caisse principale et toutes les opérations douteuses ayant entraîné le désastre financier constaté. Dans le cadre de ma mission de liquidateur, j’ai eu à rencontrer Abdelmoumen à Londres, dans l’espoir qu’il m’aide à retrouver la traçabilité de certaines opérations de transfert de fonds, en vain. A chaque fois, il me raconte des histoires, me promet le remboursement d’une importante partie des créances, mais à la fin, il revient sur ses engagements. Au fond, je pense qu’il n’a aucun argument solide pour se défendre.

– Pourquoi, d’après vous, la justice française s’est-elle désistée de sa demande d’extradition de Abdelmoumen Khalifa vers la France au profit de l’Algérie ?

Je pense que c’est à cause de l’affaire Raghed Echamaâ (le conseiller franco-libanais de Khalifa, ndlr), que nous poursuivons en tant que partie civile, pour avoir vendu clandestinement 12 avions-taxis achetés par Abdelmoumen Khalifa à EADS. Je n’ai pas une idée nette sur le degré de complicité de Abdelmoumen. Ce dont je suis certain, c’est que le maître d’œuvre est Raghed Echamaâ. Il a contribué à démanteler ces appareils et à les vendre en pièces détachées à l’extérieur de la France. Tout le monde avait peur de cette affaire et des répercussions qu’elle pouvait avoir, notamment sur les cadres dirigeants d’EADS, dont le directeur général avait été inculpé. Peut être que la peur était liée aux révélations que pouvait faire Abdelmoumen sur ce géant de l’aéronautique, une fois extradé vers la France. Il est important de rappeler que Raghed Echamaâ avait introduit une requête pour récuser la constitution de la liquidation en tant que partie civile. Tout comme d’ailleurs l’avait fait Mme Khalifa, dans le procès qui nous oppose à elle, mais elle a été déboutée.
Salima Tlemçani


Les suites de l’affaire en Algérie selon des avocats

«Le premier jugement tombe»

L’ex-patron du groupe Khalifa, Abdelmoumen Khalifa, dont l’extradition vers l’Algérie se précise, bénéficiera d’un nouveau procès.

La condamnation prononcée par contumace à son encontre en 2007 par le tribunal criminel de Blida tombera dès son extradition. C’est ce qu’ont expliqué les avocats, Mokrane Aït Larbi, Ali Meziane et Khaled Bourayou, interrogés hier à propos des procédures prévues dans ce genre de situation. «Dès son extradition (Khalifa), et sa présentation au parquet, le premier jugement tombera, sauf l’arrêt de renvoi de la chambre d’accusation», précise Mokrane Aït Larbi. Selon lui, l’instruction de ce procès se fera à l’audience. Pour sa part, Ali Meziane abonde dans le même sens : «Dès qu’il va être remis aux autorités algériennes, la procédure de contumace, qui a été prononcée à son encontre lors du premier procès tombera. On va revenir à la phase qui vient juste après l’instruction, à savoir l’ouverture du procès devant le tribunal criminel.

Le président de ce tribunal va lui notifier l’arrêt de renvoi. Il va procéder à toutes les formalités avant le procès (il va l’entendre) et par la suite le procès se tiendra.» Notre interlocuteur souligne toutefois que le président du tribunal peut demander une instruction complémentaire s’il juge que les éléments dont il dispose sont insuffisants. «Le président du tribunal a des pouvoirs discrétionnaires. Si au niveau du tribunal on estime qu’il faut d’autres éléments, il peut ordonné une instruction complémentaire. Sinon Abdelmoumen Khalifa sera jugé à nouveau sur la base de l’arrêt de renvoi. Si le tribunal estime que les éléments qui sont à sa disposition sont suffisants, l’instruction aura lieu verbalement au niveau du tribunal. Il peut aussi entendre l’accusé sur PV. Khalifa peut également présenter les documents qui sont en sa possession pour prouver son innocence», explique-t-il.

«Un procès équitable, l’Algérie s’est engagée»

Dans ce sens, Khaled Bourayou rappelle que l’extradition de l’ex-golden boy «n’a pu se faire que sur la base de garanties formelles du gouvernement algérien de lui assurer un procès équitable». De ce fait, «et compte tenu de l’importance de l’affaire et la gravité des poursuites, le nombre d’accusés, de témoins et le volume des préjudices, Abdelmoumen Khalifa doit être entendu. Il faut qu’il y ait une instruction qui sera la garantie des droits de la défense», dit-il.

Selon lui, le juge peut, avant même la traduction de l’accusé devant un tribunal criminel, ordonner un complément d’information, «comme s’il s’agissait d’une information judiciaire». «A mon avis, il faut que Khalifa désigne ses avocats et que ces derniers puissent assister à la notification de l’arrêt de renvoi ou du moins permettre aux avocats de présenter des demandes qu’ils peuvent faire au tribunal criminel», déclare-t-il, rappelant que les autorités algériennes seront sous la surveillance de l’opinion internationale. «Il faut aussi que la presse joue un rôle objectif. Car l’extradition n’est pas une victoire, mais met Khalifa en position d’accusé présent qui doit bénéficier de la présomption d’innocence», insiste-t-il.

Pour les avocats, la date de la tenue de ce nouveau procès ne peut être fixée que par le président du tribunal.
Hormis la présence de Abdelmoumen Khalifa qui est un fait nouveau, ce procès ressemblera à celui de 2007. «Les témoins seront convoqués en tant que témoins. Les accusés en tant qu’accusés. Ceux qui ont purgé leurs peines peuvent aussi être convoqués en tant que témoins», indique encore Mokrane Aït Larbi.

Madjid Makedhi


Ghechir prend Louh à contre-pied

Me Boudjemaâ Ghechir, président de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADH), prend à contre-pied les propos du ministre de la Justice.

«Je ne sais pas de quelle cour il parle, à moins que ce soit la Cour européenne des droits de l’homme. Mais de toute façon, le recours devant celle-ci n’est pas suspensif», nous a-t-il déclaré. L’avocat explique en fait que la décision de la Cour européenne a une portée plus morale qu’autre chose et ne peut donc annuler la décision de la Cour britannique. «La Cour européenne des droits de l’homme n’est pas un degré de juridiction plus élevé que celles des pays européens, dont la Grande-Bretagne.

Khalifa peut la solliciter mais cela n’empêchera pas l’exécution de l’extradition dans les mêmes délais», a-t-il soutenu. Notre interlocuteur s’étonne de la sortie de Louh et poursuit : «Cette déclaration n’a pas de base juridique et ne s’explique pas, à moins que le gouvernement ne cherche à différer l’extradition ou une brèche pour ne pas l’extrader», s’est-il interrogé. Me Ghechir fait observer enfin que l’Angleterre a consulté des juristes et des personnalités algériennes sur la possibilité d’un procès équitable pour Moumen Khalifa avant de prendre sa décision.
Nouri Nesrouche