Total se retire d’un important champ gazier

APRÈS LES ITALIENS D’ENI

Total se retire d’un important champ gazier

Le Soir d’Algérie, 13 août 2015

La compagnie pétrolière française Total a décidé d’abandonner son permis algérien de l’Ahnet et s’apprête à formaliser la résiliation de son contrat avec la Sonatrach sur ce projet.
La compagnie, qui a réduit au minimum ses activités en Algérie, assène un nouveau coup au secteur de l’énergie algérien.

Voltiges de Chakib Khelil

Cette décision a été prise en fait au lendemain de la rencontre entre le patron de Total, Christophe de Margerie, avec Youcef Yousfi, l’ex-ministre de l’Energie, qui était alors totalement plongé dans son utopique projet de gaz de schiste. En avril 2013, le président de Total avait tenté d’expliquer à la partie algérienne qu’il fallait renégocier le contrat sur le champ de l’Ahnet, en raison du fait que les conditions de prix doivent changer pour alléger le poids de l’investissement de la compagnie française sur ce projet. Le niet du ministre de l’Energie devenait fatal pour l’avenir du champ prometteur de l’Ahnet, mais exprimait aussi une fidélité à la ligne. Yousfi a toujours refusé de s’ingérer ou d’assumer les «petites combines» de son prédécesseur Chakib Khelil. Les Français sont aujourd’hui tous convaincus que Chakib Khelil les a sacrifiés au profit de ses «amis» de l’ENI dont, notamment, le sulfureux Paolo Scaroni. Sinon, comment expliquer le fait que, sur le permis de l’Ahnet, Total a payé le ticket d’entrée le plus cher de son histoire. La ruse de Chakib Khelil a fait que pour sauver le deuxième appel d’offres en 2009, Total était mise en compétition avec l’ENI pour ce permis de l’Ahnet. Ayant eu vent du montant que l’ENI allait proposer pour le permis et tenant compte des relations Chakib-Scaroni, les Français sont tombés dans la surenchère et ont offert, à Alnaft, 1,4 milliard d’euros pour gagner la partie. Sur le contrat, la Sonatrach gardait 51% alors que les participations de Total se limitaient à 47%. La participation minoritaire (2%) était accordée par Total à la société Partex, dont le capital social est détenu entièrement par une fondation caritative. Situé à proximité de la ville d’In Salah, le champ de l’Ahnet couvre une superficie de 17 358 kilomètres carrés où douze structures à gaz ont déjà été découvertes par Sonatrach lors de la phase de recherche et d’exploration.

Les Français leurrés ?

Les recherches menées auparavant par la Sonatrach révélaient que l’Ahnet recèle environ 500 milliards de mètres cubes de gaz, qui pouvaient permettre une production de 4 milliards de mètres cubes par an, soit 10% du volume des exportations algériennes. Mais, lors de l’étude technico-économique du plan de développement de ce champ, les experts de Total se sont rendu compte du faible rendement de leur investissement et ont de suite réclamé une renégociation de leur contrat. Total jouait sur le terrain de Chakib Khelil qui disposait de tous les atouts. La compagnie française était déjà en négociations avancées avec la Sonatrach pour la construction et l’exploitation conjointe, à Arzew, d’une usine de vapocraquage d’éthane (la plus grande usine du monde, disait-on) qui aurait pu tomber à l’eau si un désaccord sur l’Ahnet avait surgi à cette époque. Deuxième atout de Chakib Khelil. A cette même époque, Total négociait avec le fonds souverain d’Abou Dhabi pour la cession de ses parts dans la compagnie espagnole Cepsa. L’Algérie venait de déclarer la guerre aux entreprises étrangères, à travers la loi de finances complémentaire de 2009, qui donne la possibilité au gouvernement d’exercer le droit de préemption sur les sociétés détenues par les étrangers qui changeraient de statut en modifiant les actionnaires. Cernés de toutes parts, les Français devaient accepter le fait accompli, mais ne font rien pour développer le champ de l’Ahnet.

Retrait planifié

Au lendemain du départ de Chakib Khelil, les décideurs de Total avaient le sentiment d’avoir tout perdu en Algérie. Les discussions sur le projet de l’usine de vapocraquage se heurtent à une intransigeance algérienne sans précédent et les deux parties finissent par abandonner l’idée du partenariat. La production de Total sur Tin Fouyé Tabenkort (TFT) se limitait à quelque 15 mille barils par jour, alors que le projet de Timimoune, dans lequel Total détient 37,75 %, n’entrera en production que lors du deuxième trimestre de 2017. Cepsa, qui représentait 48,83%, n’appartient plus à Total. Dans ce sillage, ils finissent par décider d’abandonner le permis d’exploration de l’Ahnet, qui venait à expiration en date du 6 juin 2014, mais qui pouvait être renouvelé si la partie française le souhaitait. Les Français qui ont découvert le pétrole et dominé le secteur des hydrocarbures pendant des décennies en Algérie, se voient réduits de 79 mille barils par jour en 2009 à la seule production de TFT en 2010. Même pas 1% de la production pétrolière algérienne. Ce retrait qui semble planifié de la part des Français est aussi une manière de signifier aux Algériens qu’ils n’arrivent plus à trouver des explications à leur logique. Car, les patrons de Total ne trouvent toujours pas d’explication aux pressions exercées en 2008 par Chakib Khelil pour l’établissement d’un partenariat Total-Sonatrach sur les blocs Ta7 et Ta8, dans le bassin de Taoudenni, en Mauritanie. Lorsqu’en mars 2008, Total a accepté de céder, à la Sonatrach, 20% de ses participations sur le permis, la compagnie algérienne ne s’est plus manifestée pour développer le champ de Taoudenni qui, pourtant, recèle un important potentiel. Sur les autres filières d’activité, la présence de Total en Algérie se limite à la commercialisation des lubrifiants qui se heurte à une féroce compétition avec les produits de Cepsa, Shell et BP. Ainsi se termine l’histoire de Total en Algérie. Chakib Khelil a eu raison de l’une des plus grandes compagnies du monde. Youcef Yousfi a refusé d’empêcher le pourrissement. Salah Khebri dira toujours qu’à son arrivée, tout était ficelé.
Mokhtar Benzaki