Sonatrach continue de susciter la polémique en Espagne

Sonatrach continue de susciter la polémique en Espagne

par Hamid Guemache, Le Quotidien d’Oran, 15 septembre 2007

La décision de Sonatrach de résilier le contrat de Gassi Touil continue d’alimenter la polémique en Espagne. Acculé par l’opposition qui met en cause sa politique maghrébine et confronté aux tensions énergétiques avec Alger, le gouvernement espagnol tente de se défendre et multiplie les messages d’apaisement envers l’Algérie.

De retour d’Alger, le secrétaire d’Etat espagnol aux Affaires étrangères, Bernardino León, a affirmé, jeudi, que la décision de Sonatrach de résilier le contrat la liant à Repsol YPF et Gas Natural sur le projet intégré de Gassi Touil, n’obéissait à aucune «considération politique». Il a expliqué qu’en Algérie «on ne joue pas» avec la question d’énergie. «La négociation entre les trois entreprises n’aurait pas pris tout ce temps sans cette volonté des deux pays à maintenir à tout prix ce contrat et c’est-là, la seule considération politique que l’on peut faire», a-t-il souligné à la radio espagnole Onda Cero. Tout en reconnaissant que les deux pays «ne peuvent pas être d’accord sur toutes les questions de politique internationale», allusion au conflit du Sahara Occidental, le responsable espagnol a relevé l’importance du secteur des hydrocarbures dans l’économie algérienne. «La question énergétique pour l’Algérie est un sujet avec lequel on ne joue pas, et n’obéit qu’à des considérations purement techniques et contractuelles», a affirmé M. Leon. Ce diplomate a rappelé que l’Espagne est «le principal client» de l’Algérie dans le domaine des hydrocarbures. Pour ce qui est du projet de Gassi Touil, il a rappelé que sa réalisation a connu des retards ayant conduit à une longue négociation qui pourrait, selon lui, se prolonger encore «une année et demie», tout en assurant que Repsol dispose encore de «beaucoup d’investissements» en Algérie qui «vont très bien». Le ministre espagnol de l’Industrie Joan Clos a affirmé, mercredi, devant le Sénat que son gouvernement «ne va pas risquer» l’ensemble de ses relations avec l’Algérie à cause de la résiliation de ce projet, et qu’il s’agit d’un «problème entre entreprises», rappelle t-on.

Une déclaration destinée à apaiser les esprits en Espagne où la décision de Sonatrach a provoqué une crise interne. Mais aussi à rassurer l’Algérie où les entreprises espagnoles multiplient les ratés. Réalisé par la société Dragados, le complexe hydraulique de Béni-Haroun présente de graves défauts de construction, notamment des infiltrations d’eaux qui menacent sa stabilité. La compagnie Gas Naturel tente de bloquer le projet du gazoduc Medgaz et l’installation de Sonatrach sur le marché espagnol de la distribution du gaz. La compagnie de génie civil Cobra s’est retirée, à la dernière minute, de la course pour la construction de deux centrales électriques géantes de Sonelgaz. Un retrait qui a obligé la société nationale à relancer l’appel d’offres.

Les Espagnols ont révélé des informations confidentielles sur les intentions de Sonatrach de racheter 30% du capital de Cepsa. Hier, la presse espagnole a révélé d’autres informations sur l’attribution par Sonatrach du projet de Gassi Touil à Gaz de France (GDF), en citant des sources diplomatiques.

Les Espagnols tentent aussi de mettre la pression sur la compagnie portugaise EDP, à travers laquelle Sonatrach compte pénétrer le marché ibérique.