Une nouvelle feuille de route pour Sonatrach

Décentralisation de la gestion interne, développement de l’exploration et pétrochimie

Une nouvelle feuille de route pour Sonatrach

El Watan, 19 février 2012

41 ans après la nationalisation des hydrocarbures, le bon usage de cet atout dont dispose le pays pour assurer la croissance et le développement de son économie bute sur un écueil de stratégie.
Depuis le début des années 2000, de nouvelles formes de corruption sont apparues au niveau de Sonatrach. Ce phénomène a pris une allure exponentielle, jusqu’à atteindre un niveau inégalé. La modernisation de la gestion de Sonatrach, et plus particulièrement de la ressource humaine, reste l’un des axes sur lesquels doit travailler la nouvelle direction.

Installé le 17 novembre dernier, le nouveau patron de Sonatrach, Abdelhamid Zerguine, veut imposer un style de gestion différent, où la valorisation de la ressource humaine occupe l’un des axes majeurs des projections à long et moyen termes. Le manager, qui s’est attelé ces deux derniers mois à parer au «plus urgent», nous dit-on, serait celui qui marquera la rupture avec l’instabilité dont pâtit la première entreprise d’Afrique depuis deux ans, période durant laquelle, rappelons-le, le groupe a consommé pas moins de trois managers. S’il est vrai que les problèmes avec lesquels Zerguine aura à en découdre sont importants, l’intervention de l’Etat actionnaire et son représentant au département de l’énergie sera décisive. En tout état de cause, les premières interventions du P-DG de Sonatrach avaient pour objectif surtout de rassembler les troupes.

Car, ne l’oublions pas, la succession de Zerguine à Noureddine Cherouati s’est opérée dans un contexte social explosif marqué par des mouvements de grève erratiques, notamment dans le sud du pays. La démobilisation des troupes est également l’un des effets de ce qu’on appelle aujourd’hui «les scandales Sonatrach». D’ailleurs, à peine installé dans ses nouvelles fonctions, Zerguine a voulu rassurer. Le 17 novembre, il déclarait à l’APS que «Sonatrach n’a pas été ébranlée par ce que vous appelez des scandales. Sonatrach est bien plus forte». Avant d’ajouter que le groupe «a un degré de surveillance de son activité assez élaboré».

Cela n’empêchera pas la nouvelle direction de se pencher sur le perfectionnement des processus de gestion interne. Selon les premiers éléments en place, ceux-ci devront passer à une réorganisation graduelle, une refonte des procédures et une décentralisation «mesurée», alliée à un contrôle a posteriori régulier. La modernisation de la gestion de l’entreprise, et plus particulièrement de la ressource humaine reste l’un des axes de travail de la nouvelle direction.
Un travail qui ne peut être mis en branle sans un semblant de sérénité. Les premières mesures en ce sens n’ont pas tardé à tomber. Le dernier conseil d’administration du groupe, tenu à la mi-décembre, a été consacré entre autres questions à l’augmentation des différentes indemnités telles que réclamées par les pétroliers.

Un plan de développement à l’horizon 2016

La communication et le dialogue permanent entre la direction générale et les travailleurs ont également été mis en avant le 2 janvier par Zerguine dans un discours en interne. Une intervention qui va au-delà des questions purement socioprofessionnelles et table sur la qualification de la ressource humaine comme l’un des principaux défis de la nouvelle direction.
Ceci est d’ailleurs l’un des préalables à la réalisation des objectifs stratégiques assignés dans le cade du plan de développement de l’entreprise à moyen terme. Le PMTE 2012-2016, avalisé par le CA et l’Assemblée générale ordinaire au mois de décembre dernier reprend d’ailleurs les grandes lignes de la politique énergétique telle que présentée par le ministre de l’Energie et des Mines. Zerguine et Yousfi se rejoignent d’ailleurs sur la nécessité de développer l’amont et particulièrement l’exploration. Une parfaite connaissance des ressources conventionnelles ou non conventionnelles demeure pour les deux hommes la priorité des priorités.

Celle-ci préside à la première des principales orientations du PMTE de Sonatrach. Il est d’ailleurs question en premier lieu d’intensifier, selon les propos du patron du groupe pétrolier repris dans son discours du 2 janvier, les «efforts de prospection et d’exploration, non seulement dans les bassins connus, mais également dans le sud-ouest, le nord du pays et l’offshore», un effort concernera aussi bien les hydrocarbures conventionnels que non conventionnels. Un axe intimement lié au renforcement des capacités de Sonatrach aussi bien techniques qu’humaines, dans les domaines de la géophysique et des services pétroliers. Ceci passe d’ailleurs par la formation et l’amélioration de l’intégration des moyens nationaux aux divers projets de développement. Le plan de développement de la compagnie n’exclut pas pour autant l’aval pétrolier et gazier.

Si Zerguine avait affiché, lors de son installation, son ambition de développer ce segment à l’international afin de rattraper certaines positions sur ce marché, les contraintes réglementaires devraient toutefois le pousser à recentrer ses objectifs. Il est ainsi question pour Sonatrach de construire une nouvelle base pétrochimique passant par une réorganisation de ce segment d’activité. Il s’agit, pour l’heure, tel que consigné par le ministre du secteur, de satisfaire la demande nationale en valorisant les ressources en gaz, GPL et condensat.

L’activité de raffinage semble d’ailleurs la première concernée par les plans à lancer prochainement dans le cadre de la modernisation de l’outil de production de l’entreprise. Cet axe de travail englobe, également selon Zerguine, un programme plus soutenu de réhabilitation de l’infrastructure de transport par canalisation ainsi que la mise en place «de meilleures conditions de maintenance pour l’outil de production du risque industriel et lui assurer une plus grande durée de vie».

Roumadi Melissa


Sonatrach à l’international : Une stratégie développée depuis 20 ans

La présence de la compagnie nationale des hydrocarbures à l’international avait déjà été considérée comme stratégique dès la fin des années 1980, avec la décision prise par les autorités d’alors de mener des réformes dans l’économie.

Les 4 activités concernées étaient : le trading (commercialisation avec récupération de la marge de trading), les services, les investissements en aval et en amont. Le premier projet à aboutir était la création de Sonatrach Petroleum Corporation en 1989, une filiale détenue à 100% par «Sonatrach International Holding Corporation». Elle dispose de deux bureaux, un à Alger et un à Londres, avec comme activités principales le négoce de tous les hydrocarbures, liquides et gazeux et l’expédition. Les résultats financiers de SPC ont permis à Sonatrach de participer au financement de plusieurs de ses projets à l’international, comme l’usine de Tarragone ou le projet au Pérou, plus tard. Trois autres projets ont suivi. Le premier en partenariat avec le groupe italien ENI, avec un bloc d’exploration au Yémen qui ne donna pas de résultats.

Le deuxième, en partenariat avec la compagnie indienne ONGC, sur le bloc de Tuba en Irak. Le contrat obtenu en 2000 n’a pu être concrétisé après l’invasion de l’Irak en 2003. Le troisième projet concerne la pétrochimie, négocié à partir du milieu des années 1990 avec le groupe allemand BASF. Sonatrach détient 49% dans l’unité de production de propylène de Tarragone, en Espagne, qui a démarré en 2003, avec une capacité de 350 000 tonnes/an.

Toujours en Espagne, Sonatrach avait acquis 10% dans le terminal de Reganosa (regazéification du GNL à Mugardos (Ferrol) en Galice). Dans l’activité de commercialisation du gaz en Europe, la compagnie nationale a réussi à s’implanter dans plusieurs pays. En 2003, sur le terminal Isle of Grain, près de Londres. Le GNL est commercialisé directement sur le marché britannique par «Sonatrach Gas Marketing, UK Ltd». En décembre 2006, Sonatrach obtient une réservation de 1 milliard de mètres cubes sur le terminal de Montoir de Bretagne en France.

En Espagne, Sonatrach et la société espagnole Cepsa sont en partenariat sur des centrales électriques et dans la société de commercialisation de gaz naturel en Espagne, «Cepsa Gas Commercializadora». Elle a aussi créé, seule, en 2006, une filiale de commercialisation de gaz naturel sur ce marché (Sonatrach Gas Comercializadora) ainsi qu’en Italie avec Sonatrach Gas Italia. En matière d’actionnariat, en avril 2007, Sonatrach a acquis 2,035% du capital du groupe Portugal EDP, devenant ainsi pour la première fois dans son histoire actionnaire d’une société énergétique en Europe.

Plus récemment encore, en 2011, Sonatrach a pris une participation de 3,85 % dans le capital de la compagnie espagnole Gas Natural en vertu d’un accord stratégique qui réglait un conflit. Les actifs dans l’exploration sont importants avec une quinzaine de blocs dont deux en Libye, où elle a réalisé deux découvertes d’hydrocarbures, et deux blocs dans l’offshore égyptien en partenariat avec Statoil. En Mauritanie, Sonatrach est présente sur 5 blocs dont 2 avec Total. Au Mali, Sonatrach opère seule sur le bloc 20 et détient des participations de 25% dans 5 blocs en partenariat avec la société italienne ENI. Au Niger, elle est présente sur le bloc de Kafra. En Tunisie, dans l’offshore, Sonatrach a mis en évidence un indice intéressant qui est à l’étude avec son partenaire tunisien l’Etap. Le projet qui rapporte le plus est sans conteste celui du Pérou, avec les gisements de Camisea. Sonatrach détient 10% dans la production et 21% dans le transport.

La somme des dividendes versés au titre de l’exercice 2010 de l’ensemble des filiales à l’international est de 120,42 MM$ avec près de la moitié pour Camisea.On est loin de l’objectif des 30% du chiffre d’affaires de Sonatrach dans ses activités à l’international d’ici 2015 annoncés par l’ancien ministre de l’Energie, Chakib Khelil, à la radio au mois de juin 2007 et qui paraît comme une utopie avec le temps.Mais la stratégie à l’international reste un objectif important, et l’actuel P-DG, Abdelhamid Zerguine, l’a confirmé encore au début du mois de février en annonçant qu’un milliard de dollars ont déjà été investis.

Avec les actifs qu’elle détient dans l’amont, la compagnie nationale des hydrocarbures pourrait encore valoriser ses efforts et acquérir le statut de véritable groupe international. L’amont est le secteur qui rapporte le plus en cas de découverte.

Liès Sahar


Le programme de développement de la pétrochimie devra être largement diversifié

La question qui est régulièrement posée, notamment dans les symposiums et les workshops, et qui est largement débattue entre experts et décideurs est la suivante : Quelle stratégie de valorisation et de commercialisation des hydrocarbures faut-il adopter pour un pays comme l’Algérie ?

Et quels seraient les ajustements qui devraient être apportés pour tenir compte de l’évolution rapide de la scène énergétique tant nationale qu’internationale ? En d’autres termes, quelle stratégie faut-il élaborer, dans le cadre de la politique énergétique nationale, pour faire face, à la fois, au défi interne d’accroissement des réserves nationales d’hydrocarbures, de leur valorisation et des changements rapides de la scène énergétique internationale ? Celle-ci, à notre avis, devrait d’abord reposer sur l’ensemble des aspects institutionnels, réglementaires, opérationnels et commerciaux. Concernant le premier aspect, j’avais montré — dans une contribution parue dans El Watan du 17 décembre 2011 — la nécessité de réviser la loi 05-07 amendée par l’ordonnance 06-10. Cette dernière est devenue, en fait, un repoussoir pour les compagnies étrangères. Or, rappelons que l’ancienne loi 86-14 avait permis, durant la décennie 1990, d’obtenir des résultats très significatifs et qui ont assuré le renouvellement des quantités produites depuis 1971.

De plus, environ soixante contrats d’exploration et de production ont été signés entre 1985 et 2005. Ainsi, en quelques années, les réserves nationales d’hydrocarbures ont recommencé à croître. Le ratio réserves/production, mesurant le volume des découvertes par rapport à celui des extractions, est repassé très rapidement au-dessus de la barre des 150%. Autrement dit, l’Algérie découvrait plus d’hydrocarbures qu’elle n’en produisait. L’espérance de vie de ces réserves a été ainsi rallongée de plusieurs années. Après les échecs des 3 appels d’offres lancés en 2008, 2009 et 2011, la priorité aujourd’hui reste la révision du cadre législatif de l’exploration et la production des hydrocarbures, afin d’attirer le plus grand nombre de sociétés pétrolières internationales dans l’objectif, d’une part, de renouveler et d’accroître les réserves d’hydrocarbures, et, d’autre part, d’acquérir de nouvelles technologies qui ont été développées dans l’industrie des hydrocarbures dans le monde.

D’autant que le marché pétrolier a connu de profonds bouleversements depuis le début de ce XXIe siècle. Le deuxième aspect, tout aussi important, a trait à l’arbitrage à faire entre la couverture des besoins nationaux à long terme et la détermination d’un niveau d’exportation, en rapport avec les besoins financiers de l’économie algérienne.
L’autre sujet, tout aussi fondamental, a trait au développement de l’aval de la chaîne des hydrocarbures, c’est-à-dire principalement le raffinage et la pétrochimie. Dans les années 1980, l’Algérie avait un ambitieux programme de développement de la filière pétrochimique dans les deux pôles que sont Arzew et Skikda, et qui malheureusement n’a pas été achevé et qui aurait permis le développement d’un véritable tissu industriel basé sur des dizaines de PME et PMI. Il est vrai qu’aujourd’hui les produits semi-finis et finis pétrochimiques sont soumis à une rude concurrence au niveau mondial et les segments sont contrôlés par quelques firmes déjà bien implantées.

L’Algérie n’ayant pas investi à temps dans ces filières, contrairement à bon nombre de pays du Golfe, devra innover pour acquérir des parts de marché au niveau mondial qui sont très réduites. Aujourd’hui, pour l’Algérie, le programme de développement de la pétrochimie devra être largement diversifié et en partenariat avec de grands groupes internationaux. Ce programme sera basé pour l’essentiel sur la valorisation d’intrants d’hydrocarbures et sur la fixation d’un coût de l’énergie à prix compétitif.
Ce programme de base devra donner naissance à d’autres filières pétrochimiques et plastiques, ainsi qu’à la création de dizaines d’unités industrielles. Enfin, une dernière préoccupation, tout aussi importante, est le rôle que doit jouer la compagnie nationale.

A la différence des compagnies pétrolières internationales qui n’assument qu’une fonction pétrolière, la société nationale accomplit une fonction nationale qui ne relève pas d’une logique de profit et qui consiste en la réalisation de missions externes n’ayant pas de liens directs ou indirects avec ses métiers de base. Ainsi, la société nationale doit s’engager, d’ailleurs comme l’ensemble des sociétés pétrolières nationales des pays producteurs de pétrole, à effectuer des missions de service public et à soutenir financièrement les orientations économiques et les choix politiques de son principal actionnaire qu’est l’Etat. Les rentes pétrolières doivent être transformées en une capacité de production reproductible afin d’accroître le niveau d’industrialisation du pays.

Nasser Rarrbo : Ancien cadre supérieur à Sonatrach et consultant en énergie


Maîtrise technologique : Les nouveaux défis

La décision prise de valoriser les ressources d’hydrocarbures non conventionnelles et de lancer l’exploration en offshore induit de nouveaux défis pour la compagnie nationale des hydrocarbures.

La maîtrise des nouvelles technologies d’exploration et d’exploitation, que ce soit pour les ressources non conventionnelles ou pour l’offshore supposent le développement du partenariat avec des compagnies pétrolières internationales qui disposent déjà d’une expérience appréciable dans le domaine, mais aussi le lancement d’un programme de formation axé vers la spécialisation dans les disciplines de ces deux axes de développement. Pour l’histoire, les compagnies pétrolières internationales qui maîtrisent actuellement l’activité en offshore avaient fait intégrer une formation spécialisée pour ce domaine dans les universités vers la fin des années 1970. Il faut savoir aussi que l’expérience acquise par les compagnies américaines dans l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste remonte au XIXe siècle, époque où fut foré le premier puits de gaz de schiste.

La découverte du pétrole a éclipsé ce gaz, et ce n’est que dans les années 1990 que l’activité d’exploitation du gaz de schiste reprit aux Etats-Unis. Depuis et grâce à la maîtrise de la technologie de la fracturation hydraulique et du développement du forage horizontal, les Etats-Unis qui étaient dépendants des importations de gaz naturel pourraient devenir exportateurs. Ce n’est qu’au bout de vingt années de travail qu’un résultat tangible est apparu. Le facteur qui a facilité la réussite est sans conteste le prix du gaz sur le marché qui était élevé favorisant ainsi les investissements.

Les réserves de gaz naturel non conventionnel en place en Algérie considérées comme importantes devraient amener dès maintenant Sonatrach à investir dans ces deux technologies, comme elle doit s’occuper sérieusement des problèmes environnementaux induits par l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste. Pour cela, il n’existe pas de recette miracle. Et seule la formation de la ressource humaine peut permettre la maîtrise du savoir. La formation académique comme celle qui s’acquiert sur le terrain de la pratique, et dans ce cadre, l’option du partenariat est incontournable comme les investissements dans la formation et la ressource humaine.
Liès Sahar


Nordine Aït-Laoussine. Président de Nalcosa SA et ancien ministre de l’Energie

«Déterminer le bon usage des atouts dont nous disposons»

-Est-il préférable pour l’Algérie d’investir dans la pétrochimie ou de favoriser l’amont pétrolier ?

A mon avis, il faut faire les deux. Car, il s’agit là d’actions complémentaires ayant, certes, des objectifs différents mais qui concourent à la même finalité, à savoir la promotion du développement économique et social du pays. Le renforcement de l’activité en amont vise, à la fois, à couvrir nos besoins énergétiques à long terme et à soutenir le niveau de nos recettes d’exportation pour financer le développement. L’investissement dans des activités de transformation, y compris dans la pétrochimie, outre qu’il contribue lui-même à la satisfaction du marché local en produits élaborés, trouve sa place dans une politique de diversification de l’économie nationale génératrice d’emplois et créatrice de biens et services.

Mais il est clair que les opérations de transformation conçues essentiellement pour la fabrication de produits destinés à l’exportation ne peuvent avoir d’intérêt pour la nation, que si le prix de la matière première, (notamment du gaz pour la pétrochimie) qui leur est cédée, tient compte du marché international de l’énergie et des outputs des projets, et seulement si l’opération entraîne une valeur ajoutée réelle et un pouvoir d’entraînement effectif pour l’économie nationale. Si, par contre, le projet se limite à la seule étape de première transformation du gaz et si, par exemple, la cession du gaz est réalisée à un prix proche du prix minimum défini dans la loi sur les hydrocarbures, à savoir le coût de production, de tels projets qui, pour leurs promoteurs étrangers s’apparenteraient à une opération de délocalisation, se traduiraient pour l’Algérie par un abandon pur et simple, sans bénéfice pour le pays — donc injustifiable et inacceptable – de la rente pétrolière.

Cela dit, il ne faut jamais perdre de vue que l’exploitation de nos ressources en hydrocarbures, même lorsqu’elle est réalisée de façon parfaite, n’est pas un gage de développement et de croissance. C’est, certes, une finalité pour Sonatrach, mais pour l’Etat et la nation, la vraie finalité des politiques qu’il met en œuvre, c’est le développement de l’économie nationale, y compris, bien entendu, le secteur des hydrocarbures, parce qu’il constitue un instrument essentiel de ce développement. Du temps du Président Boumediene, on disait qu’il fallait «semer le pétrole pour récolter le développement». L’histoire économique des grandes puissances du XXe siècle nous enseigne que leurs ressources naturelles ont soutenu leur développement économique et industriel grâce au rôle de moteur qu’elles ont joué par le biais d’une série d’effets de diffusion qui ont enclenché, à leur tour, un processus de diversification et de développement industriel. Force est de constater que cet effet de diffusion et d’entraînement n’a pas joué dans notre pays, parce que l’industrie pétrolière y demeure enclavée.

Aujourd’hui, le défi auquel nos dirigeants doivent faire face consiste à déterminer le bon usage des atouts dont nous disposons pour assurer la croissance et le développement économique du pays, en vue de résorber la crise du chômage, et offrir de meilleures conditions de vie à nos concitoyens. Préserver les intérêts des générations futures ne consiste pas tant à leur conserver une part des réserves pétrolières, mais davantage à leur léguer une économie technologiquement et matériellement puissante et diversifiée, capable d’engendrer une valeur ajoutée suffisante et de progresser par elle-même.
N. A.