Le patron du groupe revient sur les scandales : Sonatrach est «entre de bonnes mains»

Le patron du groupe revient sur les scandales : Sonatrach est «entre de bonnes mains»

par Moncef Wafi, Le Quotidien d’Oran, 25 février 2013

Après la déclaration de son ministre de tutelle et les avertissements présidentiels, c’est au tour du Président-directeur général de la Sonatrach, Abdelhamid Zerguine, de se prononcer sur les derniers scandales de corruption liés à la gestion de la compagnie nationale des hydrocarbures. Lors de son passage, hier matin sur les ondes de la Radio chaîne 3, le PDG de Sonatrach a été un peu plus prolixe que Youcef Yousfi ou encore le Chef de l’Etat sur le sujet en les condamnant dans un premier temps. Mettant en exergue la solidité de la compagnie, il précisera que ces affaires restent «des agissements individuels que la Sonatrach combattra», épargnant par là le mode de gestion de la compagnie en voulant rassurer quelque part le reste de l’Algérie. «La société est entre de bonnes mains», dira-t-il, même si à l’avenir, et pour lutter contre toutes les formes de corruption et des pratiques frauduleuses, une batterie de mesures a été mise en place. Selon M. Zerguine, ces mesures passent forcément par renforcer le contrôle interne de la compagnie et superviser la passation des marchés. La fonction audit a été ainsi confortée au sein du groupe, en la rendant indépendante des organigrammes usuels de Sonatrach, a précisé le PDG. M. Zerguine, qui s’exprimait à l’occasion du 42e anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures, est revenu sur l’attaque terroriste du 16 janvier dernier qui a visé le complexe gazier de Tiguentourine et plus précisément sur les mesures à prendre pour le renforcement de la sécurité des sites énergétiques isolés après un diagnostic de l’ensemble du dispositif qui avait permis de relever certaines insuffisances. Le PDG de la Sonatrach a évoqué, comme l’une des solutions préconisées, «l’armement du personnel sur les sites reculés». Aux lendemains de l’attaque du site gazier d’In Amenas, Tiguentourine, par un commando islamiste et la tentative de sabotage du gazoduc de Bouira, Sonatrach avait planché sur une nouvelle stratégie de défense de ses infrastructures. M. Zerguine avait annoncé, alors, à la Radio nationale que Sonatrach réfléchit sur de nouvelles mesures pour sécuriser ses sites pétroliers et gaziers. Cette réflexion sera en concert avec les services de sécurité, a-t-il ajouté. Rappelons que suite à la prise d’otages d’In Amenas, le Japon, qui a perdu dix de ses concitoyens employés sur place par la société nippone Japan gaz corporation, a évoqué le renforcement de la sécurité de ses travailleurs au même titre que certaines compagnies étrangères opérant en Algérie qui ont proposé d’assurer la sécurité de leurs travailleurs et équipements à l’intérieur des installations qu’elles exploitent. La réaction d’Alger ne s’est pas fait attendre puisque le ministre de l’Energie et des Mines s’est montré ferme en déclarant que pour l’Algérie «il n’est pas question d’accepter des forces de sécurité extérieures» pour sécuriser les installations pétrolières et gazières dans le sud du pays. «L’Algérie dispose des moyens nécessaires pour assurer la sécurité de ses installations énergétiques», dira-t-il en substance, ajoutant que la sécurité allait être renforcée. Par ailleurs, et abordant les autres aspects de la compagnie, son PDG a annoncé qu’elle prévoit de tripler le budget réservé à l’exploration en vue d’augmenter le potentiel énergétique national, que ce soit en ressources conventionnelles ou non conventionnelles. M. Zerguine, qui a souligné l’effort d’exploration consenti depuis quelques années, estime que les découvertes enregistrées restent «modestes» ne contribuant qu’à hauteur de 30% de la consommation domestique annuelle. Il a relevé, en outre, l’augmentation sensible de la consommation nationale du gaz qui n’est pas rationalisée, selon lui. «Notre production de gaz est de 80 milliards de m³, nous exportions 60 milliards de m³. Nos exportations de gaz sont en train de diminuer, c’est une réalité, car nous privilégions toujours la consommation nationale, mais nous considérons que la consommation nationale n’est pas rationalisée», a-t-il regretté. Quant aux capacités nationales de raffinage, il dira qu’elles seront augmentées pour faire face à la demande nationale en produits pétroliers. Ainsi et avec la réhabilitation de la raffinerie d’Arzew, les capacités nationales de raffinage seront portées à 27 millions de tonnes contre 22 millions de tonnes actuellement. Le PDG de la Sonatrach annoncera également la réalisation de 4 nouvelles raffineries de 5 millions de tonnes chacune et qui devront entrer en production à partir de 2016 et 2017. Une autre raffinerie de 10 millions de tonnes est en projection, a encore ajouté le premier responsable de la compagnie et également la réalisation d’un port en offshore. Par ailleurs, 48.000 tonnes d’urée produites par Sonatrach en association avec le groupe Orascom, sont mises sur le marché national avec des prix défiant toute concurrence. «Nous les offrons à nos paysans à 30.000 dinars la tonne contre plus de 50.000 dinars la tonne sur le marché», a souligné le PDG de la Sonatrach.


État des réserves pétrolières de l’Algérie

Les mauvaises nouvelles du PDG de Sonatrach

Hamid Guemache, TSA, 24 février 2013

Le groupe Sonatrach ambitionne de multiplier par deux le nombre de puits forés par an afin d’augmenter ses réserves d’hydrocarbures, a annoncé ce dimanche 24 février son PDG, Abdelhamid Zerguine. « Nous prévoyons de forer 160 puits, contre 70 à 80 aujourd’hui. L’effort d’exploration doit être la pierre angulaire de notre développement », a déclaré M. Zerguine.

Baisse de la production

Sonatrach, qui produit actuellement 200 millions TEP (tonnes équivalent pétrole), compte en produire 225 millions TEP en 2017. « Nous avons connu une légère baisse de notre production globale depuis 2008. Nous pensons la redresser, pour arriver à 225 millions TEP en 2017. Aujourd’hui, la moyenne est de 200 millions TEP », a précisé M. Zerguine, qui a reconnu la faiblesse des découvertes d’hydrocarbures en Algérie. « On épilogue beaucoup sur les réserves, sans avoir les données réelles. La preuve, durant la dernière décennie, on a toujours dit que nous allions vers un assèchement de nos réserves, cependant, l’effort d’exploration nous place en tête des pays en matière de découvertes, qui restent toutefois modestes. Elles ne sont pas en adéquation avec le recouvrement total de notre production », a-t-il expliqué. En 2012, Sonatrach a réalisé 31 découvertes d’hydrocarbures, dont 7 en partenariat avec des compagnies étrangères et 24 en effort propre, a précisé M. Zerguine. « Il est vrai que nous avons pu recouvrer autour 30% de nos réserves. Nous aurions aimé en trouver plus. Nous travaillons à densifier et à multiplier l’effort d’exploration », a-t-il dit.

Situation très préoccupante

Le potentiel de l’Algérie est de quatre milliards TEP, dont un peu plus de la moitié en réserves gazières, 1,3 milliard en équivalent pétrole et le reste en GPL et condensat, a précisé M. Zerguine. « Malheureusement, nos découvertes sont modestes et n’augmentent pas nos réserves globales, mais elles contribuent à 30% de notre consommation globale. Nous sommes très préoccupés par cette situation et c’est pour cela que nous envisageons d’intensifier les travaux d’exploration pour les ressources conventionnelles et non conventionnelles », a avoué M. Zerguine. Autre motif d’inquiétude pour Sonatrach, la hausse de la consommation nationale de gaz, qui se fait au détriment des exportations de l’or bleu. L’Algérie produit 80 milliards m3 de gaz et exporte 60 milliards m3, selon M. Zerguine « Avec la consommation nationale, cette exportation est en train de diminuer », a averti M. Zerguine, plaidant pour une politique de rationalisation de la consommation de gaz. Les exportations de Sonatrach sont les mêmes qu’en 2011, autour de 72 milliards de dollars. La baisse de la production est compensée par les prix élevés du brut, selon le même responsable.

Quatre nouvelles raffineries avant 2017

Dans l’avant pétrolier, Sonatrach ambitionne aussi d’investir massivement pour répondre à la demande nationale en carburants et autres produits issus de la transformation des hydrocarbures. L’Algérie compte investir ainsi entre 14 et 15 milliards de dollars pour construire quatre nouvelles raffineries d’une capacité de cinq millions de tonnes chacune. « La consommation des produits pétroliers augmente d’une façon vertigineuse. Nous avons décidé d’augmenter notre capacité de raffinage. Notre capacité était de 22 millions de tonnes. La réhabilitation des raffineries va nous permettre de l’augmenter à 27 millions de tonnes. Nous avons programmé la réalisation de quatre nouvelles raffineries de cinq millions de tonnes pour satisfaire la demande nationale et une raffinerie en offshore de 10 millions de tonnes pour soutenir l’exportation », a détaillé M. Zerguine. L’entrée en production des quatre nouvelles raffineries est prévue pour 2017, selon le même responsable. L’Algérie importe plus de trois millions de tonnes de gasoil par an. M. Zerguine s’est expliqué sur la multiplication des incidents à la raffinerie de Skikda. « Nous avons choisi de rénover cette raffinerie sans interruption de la production. Nous avons confié cette raffinerie à des groupes qualifiés. Lorsque nous avons 15.000 travailleurs sur un site que nous voudrions réhabiliter avec le 30 juin, des risques pareils sont inévitables. Nous le regrettons », a-t-il ajouté.

L’avenir est dans les énergies non conventionnelles

Le PDG de Sonatrach a annoncé également des investissements de 20 milliards dans la pétrochimie pour répondre à la demande nationale et exporter, mais sans donner de détails sur ces projets.
M. Zerguine a assuré que les ressources non conventionnelles, notamment les gaz de schiste, représentent « l’avenir » de l’Algérie. Des études suffisantes montrent que notre avenir est dans les ressources non conventionnelles. Les indications préliminaires nous placent parmi les pays leaders dans ce domaine », a précisé M. Zerguine, qui a salué la promulgation de la nouvelle loi sur les hydrocarbures. « Cette loi est venue classifier les ressources conventionnelles de celles non conventionnelles », a-t-il dit. Le patron de Sonatrach s’est montré rassurant sur les risques que représente l’exploitation des gaz de schiste sur l’environnement en Algérie. « Sonatrach est respecté aujourd’hui pour sa qualification. Il n’y a pas de raisons pour que nous ne puissions pas prendre en charge les risques liés à l’exploitation des ressources non conventionnelles », a-t-il dit.

Début de la prospection en offshore en 2014

Le groupe Sonatrach a chargé la société CGC Veritas pour effectuer la campagne sismique dans l’offshore algérien et compte entamer la prospection des hydrocarbures en mer dès 2014, selon M. Zerguine, qui a indiqué que Sonatrach compte développer et poursuivre son développement à l’international. « Dans certaines régions, comme le Sahel, nous avons des difficultés pour des raisons sécuritaires. En Libye, nous avons fait deux découvertes, il y a deux ans, et nous venons d’enregistrer une belle découverte dans le bloc 95 », a-t-il précisé. Le PDG de Sonatrach a ajouté que la mise en marche du méga train de production de GNL de Skikda aura lieu fin avril prochain.