L’Algérie ne renouvelle qu’à 50% ses réserves d’hydrocarbures en 2010

L’Algérie ne renouvelle qu’à 50% ses réserves d’hydrocarbures en 2010

Salim Dali, Maghreb Emergent, 22 Février 2011

Dans l’attente de nouvelles découvertes importantes, l’Algérie épuise ses réserves d’hydrocarbures. Le taux de renouvellement des réserves ne suit pas le rythme des extractions qui s’est emballé sous la gestion de Chakib Khelil. La nouvelle stratégie énergétique proposée par le département de Youcef Yousfi doit faire face à d’énormes gaspillages de ressources hydrocarbures.

Le dernier bilan de Sonatrach a levé le voile sur l’état de renouvellement des réserves du pays. «Le taux de renouvellement de nos réserves a été de 50% en 2010 » a indiqué Saïd Sahnoun, le vice président amont de Sonatrach. Le domaine minier algérien a recélé des découvertes de l’ordre de 92 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP) l’année dernière. Il en a produit près du double. L’Algérie a donc consommé bien davantage que les accumulations de pétrole et de gaz mises à jour. Sonatrach a réalisé 26 découvertes en 2010. Elles s’avèrent, à ce stade de l’exploration, d’importance moyenne. L’Algérie depuis 2000 ne découvre que de petits et moyens gisements, reflet d’une tendance mondiale.

Coté pétrole, c’est le partenariat qui pousse la production. La production en partenariat a atteint 800.000 barils/jour de pétrole brut sur une capacité de production de 1,4 million de barils/jour. Fort heureusement, le quota OPEP de l’Algérie a été ramené à 1,2 MBJ, lui permettant de moduler son rythme d’extraction.

La montée de la production en partenariat se poursuivra au cours des prochaines années. Sonatrach annonce la réception en 2012 du projet d’El Merk en partenariat avec Anadarko, Maersk et l’Eni. Ce nouveau pôle pétrolier produira plus de 100.000 barils/jour. Au cours la période de période 2015, Sonatrach réceptionnera – en partenariat- les champs de pétrole de Touggourt, de de Menzel Ledjmet respectivement avec Petro Vietnam, l’Eni (Italie) et Conoco Philips (USA). Le niveau d’extraction est estimé à plus de 30.000 barils/jour pour chaque gisement. Une production additionnelle au total d’au moins 200.000 barils/jour est attendue. Les champs exploités en partenariat vont continuer à tirer la production algérienne de brut au cours des prochaines années. Or, depuis l’amendement de la nouvelle loi sur les hydrocarbures, les autorités du pays ont décidé de tourner le dos à la politique d’intensification de la production d’hydrocarbures menée par l’ancien ministre de l’énergie Chakib Khelil. Ainsi, les objectifs de production de 2 millions de barils/jour de pétrole à l’horizon 2010 a été abandonné. « Il convient de produire que ce dont a besoin. Les réserves préservées auront une plus grande valeur dans dix- vingt ans. Il faut également penser aux générations futures », soutient un expert, à contrecourant de la logique qui a présidé au cours des années 2000.

L’effort d’exploration en mode « progressif »

Le nouveau titulaire du portefeuille de l’énergie table, face au défi du renouvellement des réserves, sur une intensification de l’exploration. Déjà, les dépenses d’investissements ont été doublées. Mais cela est encore insuffisant. M Sahnoun tempère l’enthousiasme : « nous allons y aller avec une approche progressive » Il faudra d’abord former dans le domaine de l’exploration avant de booster les dépenses d’investissement. Sonatrach cible les bassins à fort potentiel Berkine, Illizi sans négliger le nord du pays et l’off shore. Une Campagne de sismique 2 D de 5000 kilomètres carrées sera menée dans l’off shore algérien.

Cette recherche d’intensification de l’exploration s’explique par l’essoufflement de gisements de gaz importants ainsi que par la montée des besoins domestiques. Certaines prévisions vont plus loin que les scénarios de la commission de régulation de l’électricité et du gaz (CREG), et évoquent une consommation locale de 60 milliards de mètres cubes/an de gaz consommé sur le marché domestique à l’horizon 2020.

Sonatrach mise également sur son potentiel de ressources de gaz non conventionnel. «On l’estime à 2400 milliards de mètres cubes soit presque l’équivalent des réserves du gisement de Hassi R’Mel »

Mais toutes ces résolutions positives s’affichent, en 2011, sur fond d’énormes gaspillages de ressources hydrocarbures. La seule tendance à la diésélisation du parc automobile a fait perdre à l’Algérie plusieurs milliards de dollars consécutivement à l’augmentation des importations et la chute des exportations de produits raffinés.


Selon une étude sur ses réserves, l’Algérie n’est qu’à la moitié de son ère pétrolière

Saoû Boudjemâa, Maghreb Emergent, 22 Février 2011

Environ 400 autres millions de mètres cubes d’huile sont aujourd’hui considérés comme réserves probables et possibles sur le domaine minier algérien. Cela correspond à ce qui a déjà été produit depuis 1956. Pour le gaz naturel l’Algérie n’aurait produit que 15% des réserves de base probables. C’est une étude de la division exploration de Sonatrach qui arrive à ces conclusions. Elle ajoute qu’il faudra forer mieux à des endroits ou celà a déjà été « mal » fait dans les années 70, pour valoriser ce potentiel. Et pas seulement forer ailleurs.

« Les réserves pétrolières algériennes ne vont pas s’épuiser en 2020», avait déclaré en début d’année le ministre de l’énergie et des mines, Youcef Youcefi, tout en assurant que « l’Algérie dispose d’un énorme potentiel appelé à accroître à la faveur d’un vaste programme d’exploration qui sera engagé.» Nordine Cherouati, PDG de Sonatrach, pour sa première sortie médiatique a annoncé « une augmentation de plus de 40% par rapport à 2010, du volet exploration » qui, il faut le signaler, a enregistré 29 nouvelles découvertes d’hydrocarbures. Les deux responsables ont annoncé que : « l’exploration sera étendue aux zones géologiques les moins connues.» A ces chiffres, s’ajoutent d’autres atouts non moins importants, notamment une base de réserves, même si elle est moins importante que celle de l’Iran ou de la Russie, des bassins sédimentaires à très fort potentiel mais encore sous explorés.

Un potentiel loin d’être tarissable

En effet, 40 % à peine du domaine minier national a fait l’objet d’exploration et encore cette dernière n’est pas assez dense. Selon une étude sur «Le Potentiel en Hydrocarbures de l’Algérie» de la division exploration présentée lors de la dernière «Well Evaluation Conférence» organisée conjointement par la Sonatrach et Schlumberger révèle que «les ressources ultimes, générées migrées puis piégées dans les différents bassins sédimentaires, tout au long de leur histoire géologique, sont loin d’avoir été toutes explorées et encore moins découvertes.» L’analyse de l’historique des découvertes depuis 1948, de la répartition des hydrocarbures à travers les régions pétrolières, et de la répartition stratigraphique des accumulations connues, permet d’établir une classification des provinces et des objectifs. Il permet également une approche assez originale du potentiel en hydrocarbures du futur. Les réserves en hydrocarbures découvertes en Algérie à ce jour sont renfermées dans un peu plus de 200 gisements d’huile et de gaz, dont 73 sont situés dans le bassin d’Illizi, 57 dans les bassins du Sahara Central, 34 dans les bassins de Ghadamès – Rhourde Nouss, et 31 dans le bassin de Oued Mya. Il y a 249 niveaux stratigraphiques producteurs dans ces gisements, dont 105 pour le Siluro-dévonien, 63 pour le Trias et 55 pour l’Ordovicien. Les réserves initiales en place prouvées sont, précise l’étude citée, d’environ dix milliards deux cents millions de mètres cubes d’hydrocarbures liquides, seuls 25% d’entre elles sont considérés récupérables avec les procédés d’exploitation actuels. La moitié de ces réserves d’huile récupérables a déjà été produite. Environ 400 autres millions de mètres cubes d’huile sont aujourd’hui considérés comme réserves probables et possibles. « Sur les réserves initiales en place prouvées d’environ quatre mille six cents milliards de mètres cubes de gaz, 80% d’entre elles sont considérées récupérables actuellement. Uniquement 15% de ces réserves ont été produites à ce jour. Environ mille autres milliards de mètres cubes de gaz sont considérés aujourd’hui comme réserves probables et possibles.» Si nous considérons maintenant certaines études relatives au potentiel ultime en hydrocarbures du sous-sol algérien, nous constatons que les chiffres avancés dans tous les cas (évaluations géochimiques ou statistiques) sont de plusieurs dizaines de milliards de mètres cubes aussi bien pour l’huile que pour le gaz.

Forer mieux et non pas plus !

L’étude conclue que « les bassins sédimentaires algériens couvrent plus de 1.5 million de kilomètres carrés avec une épaisseur dépassant 3 000 mètres dans la plupart des cas. La présence des roches mères épaisses, riches en matière organique, les conditions de génération des hydrocarbures et les multiples réservoirs et couvertures répartis à travers la section stratigraphique font que le potentiel en hydrocarbures de l’Algérie est très important et ce aussi bien en gaz qu’en huile, sur la plate-forme saharienne et le Nord de l’Algérie». Avec une densité moyenne d’exploration de 7 puits par 10 000 km2 (allant de moins de un puits à Tindouf à 29 à Illizi), l’Algérie reste inégalement explorée. A titre indicatif, à travers le monde la densité est de 95 puits en moyenne, (5 en Afrique, 6 en Asie, 7 au Moyen Orient, 12 en Amérique du Sud, 45 en Europe de l’Ouest, 90 en Europe de l’Est et 500 en Amérique du Nord). Selon toujours la même étude, « la plupart des puits ont été forés avant le milieu des années soixante dix, avec des concepts et des technologies dépassées. L’analyse de l’historique des travaux d’exploration et des découvertes met en évidence une influence primordiale des interruptions des travaux liées à des situations conjoncturelles, et par conséquent des résultats qui ne correspondent absolument pas au potentiel ultime.»

En conclusion, il a été recommandé qu’avec « Un nouvel effort adapté, basé surtout sur l’introduction de nouveaux concepts, de nouvelles technologies, et le principe de forer mieux et non pas plus, est en mesure d’accroître de façon très sensible les réserves en hydrocarbures aussi bien dans les provinces déjà explorées ou développées que dans celles encore sous explorées.»