Comment Khelil a mis la production algérienne de l’énergie entre les mains de SNC Lavalin

Comment Khelil a mis la production algérienne de l’énergie entre les mains de SNC Lavalin

Riyad Hamadi, TSA, 7 avril 2013

De lourds soupçons de corruption pèsent sur les conditions d’attribution du marché de la centrale électrique de Hadjret Enouss au canadien SNC Lavalin. Située dans la wilaya de Tipasa, la station, dotée d’une puissance de 1227 MW, est la plus grande centrale électrique d’Algérie. Les conditions d’attribution du marché illustrent le système de bradage des richesses du pays mis en place du temps de Chakib Khelil.

L’histoire de SNC Lavalin dans le secteur de la production de l’énergie électrique en Algérie commence en 2002, avec la promulgation de la loi relative à l’électricité et à la distribution du gaz naturel par canalisations. Pour la première fois depuis la vague des nationalisations de la fin des années 1960, l’Algérie autorise l’investissement étranger dans la production de l’électricité.

Moins d’une année après la promulgation de la nouvelle loi, SNC Lavalin sera la première entreprise étrangère à remporter un important marché d’un montant dépassant les 600 millions de dollars pour la réalisation d’une centrale électrique à Skikda. Cette nouvelle usine, Shariket Kahraba Skikda (SKS), sera la première à être réalisée dans le cadre de la nouvelle loi. Propriété de trois entreprises algériennes, Sonatrach, Sonelgaz et Algerian Energy Company (AEC), elle est dotée d’une puissance dépassant les 820 MW. Le projet a été achevé en 2007. SNC Lavalin est chargée de son exploitation et de son entretien pour une durée de 12 ans.

Deux ans plus tard, en 2005, SNC Lavalin s’implique dans la réalisation de la centrale électrique de Hadjret Enouss, dans la wilaya de Tipasa. Dotée d’une puissance de 1227 MW, cette usine sera la plus grande jamais construite dans le pays. Contrairement à la centrale de Skikda, la société canadienne devient actionnaire direct de Sharikat Kahraba Hadjret Enouss (SKH). SNC Lavalin s’associera à Moubadala, un fonds émirati, pour détenir 51% du capital de la centrale de Tipasa. Les 49% restants seront partagés entre Sonatrach, Sonelgaz et AEC. Montant initial du projet : 830 millions de dollars. Mais le coût de construction de la centrale sera plus tard revu à la hausse. On ne connaîtra jamais le montant exact de cette réévaluation vu qu’elle n’a jamais été rendu publique !

Pour encourager davantage l’investissement dans le secteur de l’électricité, le ministère de l’Energie, dirigé à l’époque par Chakib Khelil, promulgue en 2005 un décret fixant le prix du gaz naturel. Ainsi, le prix de 1000 m3 de gaz naturel cédés aux centrales électriques a été fixé à 1560 dinars, soit un coût huit fois inférieur à celui qui était en vigueur sur les marchés extérieurs la même année.

Encouragée par ce prix défiant toute concurrence, le fonds d’investissement Moubadala, associé de SNC Lavalin, propose d’investir dans la construction d’une centrale électrique d’une puissance de 2000 MW à Beni Saf, dans la wilaya d’Aïn Témouchent. Cette dernière devait fournir l’énergie nécessaire pour faire fonctionner une usine d’aluminium d’une capacité de 700 000 tonnes qui sera implantée dans la même région. Il est connu que l’industrie d’aluminium consomme énormément d’électricité. Mais le projet d’usine, d’un investissement total de 5 milliards de dollars, ne dépassera pas le stade des intentions.