Du pétrole algérien raffiné en Egypte

Conférence de presse du ministre égyptien des Affaires étrangères

Du pétrole algérien raffiné en Egypte

par Ghania Oukazi, Le Quotidien d’Oran, 25 octobre 2012

En quelques heures, officiels algériens et égyptiens ont conclu des accords de partenariat dans plusieurs secteurs économiques avec, en prime, un accord important dans le raffinage du pétrole brut algérien dans les complexes égyptiens.

Pour une première visite après un gel sans précédent, l’Egypte est décidée à mettre le paquet pour décrocher d’importants accords de partenariat avec l’Algérie. Il faut croire qu’Alger n’a pas lésiné sur les moyens diplomatiques pour convaincre un pays comme l’Egypte dont l’expérience dans, entre autres, la construction et la maîtrise des technologies modernes, n’est pas à démontrer. La nomination d’un nouvel ambassadeur, il y a moins d’une année, en la personne de Nadir Laarbaoui, semble avoir bien dégelé l’atmosphère entre les deux parties. Le Premier ministre égyptien était accompagné de pas moins de 6 ministres et d’une vingtaine d’hommes d’affaires. Le changement de président de la République en Egypte a certainement joué dans cette relance « immédiate ».

D’autant que les deux pays ont beaucoup à faire pour fructifier leurs échanges qui n’équivalent, selon le MAE égyptien, qu’à 1,13 milliard de dollars. Les nombreux et importants projets de partenariat sur lesquels ils se sont entendus, pour cette fois, démontrent donc leur volonté de les renforcer et de les diversifier. «Les deux économies sont complémentaires et non concurrentielles, chacune a de quoi faire profiter l’autre, ce que veut l’Egypte se trouve en Algérie et réciproquement, » a expliqué, mardi, Amr Kamel, lors d’une conférence de presse qu’il a animée conjointement avec son homologue algérien, à la résidence d’Etat « El Mithak ». Il a fait savoir que son pays importe de grandes quantités de gaz butane de l’Algérie et qu’ils se sont entendus, tous les deux, pour faire raffiner le pétrole brut algérien dans les raffineries égyptiennes. Raffinage que l’Algérie voulait entreprendre depuis de longues années mais n’avait pas trouvé le partenaire qu’il fallait pour le faire. « Nous allons envoyer le pétrole brut algérien en Egypte pour le raffiner et avoir du gasoil et d’autres dérivés, c’est un accord qui a une très grande importance,» a déclaré Medelci. Il a précisé que l’Algérie couvre 50% des besoins égyptiens en GPL. «Sur une demande égyptienne, nous avons décidé d’augmenter cette coopération dans l’énergie de 50% de plus pour permettre au marché local de se développer, » a-t-il affirmé.

Les sociétés égyptiennes de construction vont, par ailleurs, réaliser en l’Algérie, selon Amr Kamel, « tout un quartier de logements sans compter des accords sur lesquels nous nous sommes entendus, dans l’Agriculture saharienne, les produits pharmaceutiques, l’énergie, la protection des données technologiques dans laquelle l’Egypte a une grande expérience.» Il a, en outre, affirmé que l’Algérie veut aussi profiter de l’expertise égyptienne pour réaliser des zones industrielles. L’Algérie a convenu de livrer un million et demi de tonnes métriques de gaz butane par an à l’Egypte au lieu d’un million actuellement. Un accord préliminaire a aussi été conclu, entre les deux pays, dans le domaine des produits chimiques. Medelci fera savoir qu’ «un mémorandum devra être signé, dans les prochains mois, entre les deux pays, pour donner un nouvel élan à la coopération dans le domaine technologique pour renforcer Sidi Abdallah et lancer d’autres expériences.»

DES FACILITATIONS POUR L’OBTENTION DU VISA EGYPTIEN

«Les deux parties étudient les possibilités pour travailler ensemble et les préciseront après l’Aïd, il y aura des rencontres pour cela, » a dit Medelci. Il a soutenu que « les relations entre les deux pays doivent être diversifiées, dans les hydrocarbures, l’industrie, les services, le commerce, la culture, le tourisme et voulons que la Zone arabe de libre échange (ZALE) soit renforcée, nous étudions ensemble toutes les possibilités pour l’élargir ». Ils ont décidé en premier, de revoir la liste des marchandises commercialisées dans le cadre de la ZALE. « Nous allons revoir la liste négative de ces marchandises, en fonction des intérêts des deux pays, » a noté le MAE égyptien. « Notre industrie cherche à se diversifier en quantité et en qualité, l’Egypte va nous accompagner, elle est présente dans plusieurs domaines, » a indiqué Medelci.

Des accords devront être aussi conclus dans les domaines des matériaux de construction et des textiles. Il promet « une coopération concrète et équilibrée entre les deux pays ». Des échanges sont prévus dans le secteur de la communication (télévisions et presse écrite). Il est fort probable que le ministre algérien de la Communication effectuera prochainement une visite au Caire pour préciser les contours de cette coopération.

Medelci a déclaré que la haute Commission mixte se réunira, en avril prochain, au Caire. « On aura un projet sur les affaires consulaires pour faciliter les choses entre nos deux pays, » a-t-il dit. La Culture a bénéficié d’une place importante dans les échanges entre les deux parties. « La culture compte beaucoup pour nous, parce que c’est sur la base de la culture que nous pourrons construire des relations solides, » a souligné le MAE égyptien. Le tourisme n’a pas été du reste dans les pourparlers entre les délégations des deux pays. « Nous avons décidé d’introduire des facilitations dans la délivrance des visas au profit des hommes d’affaires et aussi des touristes algériens, de baisser les prix des billets d’avion parce que nous estimons que sur le plan humain, les Algériens doivent venir rencontrer leurs frères égyptiens, » a déclaré Amr Kamel. « Nous avons discuté des difficultés de la vie et elles sont nombreuses pour nos ressortissants de deux côtés, nous devons leur donner plus de moyens pour se déplacer facilement entre nos deux pays, » a affirmé pour sa part, Medelci.

«IL FAUT QU’ON S’ENTRAIDE DANS CE CONTEXTE DIFFICILE»

Au plan politique, les deux pays dont l’importance est reconnue par tous, aux plans arabe et régional, ont fini par « s’entendre » sur l’essentiel, en ce qui concerne les grandes questions de l’heure, à l’exemple de la crise au Mali. «Nous sommes totalement d’accord avec la position algérienne, » a déclaré Amr Kamel.

Mourad Medelci a précisé à cet effet, que la dernière réunion de Bamako a planché sur une stratégie pour régler la crise au Mali, en référence à la résolution onusienne 2071. « A Bamako, il y a eu convergence entre toutes les positions, celle des pays du champ, de l’Union africaine, de la Cedeao, tous se sont entendus pour accorder des aides au gouvernement malien pour qu’il se remette sur pied et reprend ses forces, et ont convenu qu’aucune solution ne sera crédible sans dialogue entre tous les Maliens, et enfin de faire de la lutte antiterroriste, l’affaire de tous. »

Le MAE a, en outre, évoqué « la situation humanitaire au Mali qui est très difficile et pour laquelle il faut assurer une aide permanente et conséquente.»

Medelci précise que «la réunion de Bamako a unifié les visions pour en faire une vision générale et globale. »

Le MAE égyptien a estimé, d’autre part, que « la circulation des armes en Libye et à partir de ses frontières, touche la sécurité de toute la région puisque les armes vont vers plusieurs pays et pas seulement l’Algérie ou l’Egypte. » Il pense que pour résoudre le problème, « il faut une coopération non pas bilatérale mais multilatérale. » Interrogé sur l’éventualité d’un prêt de deux milliards de l’Algérie à l’Egypte, Medelci n’a pas vraiment démenti l’existence d’une telle demande mais a simplement déclaré que «ce qui est admis entre nous est qu’il faut qu’on s’entraide, dans ce contexte difficile, dans le domaine économique et du développement. Chacun accorde de l’aide à l’autre quand c’est nécessaire. »

En réponse à une question relative aux déclarations du MAE français concernant le traité d’amitié entre l’Algérie et la France, Mourad Medelci a affirmé qu’il sera répondu à ces propos incessamment. Il a tout de même considéré que les déclarations de Laurent Fabius étaient importantes.

Le MAE égyptien a fait savoir que le président égyptien a adressé une invitation officielle au président Bouteflika pour se rendre en Egypte.