L’idée d’une OPEP du gaz débattue hier à Doha

L’idée d’une OPEP du gaz débattue hier à Doha

Un comité technique en attendant la création de l’organisation

par Safia Berkouk, Le Jeune Indépendant, 10 avril 2007

L’idée d’une OPEP du gaz ne semblait pas faire hier l’unanimité, à l’ouverture du forum de Doha. Alors que l’Algérie, la Russie et le Qatar ont adopté une attitude prudente, trois pays sud-américains, l’Argentine, la Bolivie et le Venezuela, ont annoncé la création d’une organisation des pays d’Amérique latine producteurs et exportateurs de gaz, au moment où l’Iran souffle le chaud et le froid.

Le Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG) s’est ouvert hier dans la capitale qatarienne, Doha, sur fond de tentatives d’apaisement des craintes occidentales sur la possibilité de création d’une OPEP du gaz. Les représentants des principaux pays à l’origine de cette idée ont multiplié, en marge du forum, les déclarations dans lesquelles ils ont minimisé l’ampleur de ce projet, au moment où l’Union européenne réfléchit aux solutions possibles qu’elle pourrait opposer à une OPEP du gaz.

A Doha, les pays exportateurs se sont tout juste mis d’accord sur la mise en place d’un comité technique pour étudier le marché gazier. «Nous sommes convenus de la création d’un comité technique présidé par la Russie, pour étudier et évaluer la situation sur le marché du gaz et d’autres questions relatives à l’industrie du gaz», a déclaré le ministre qatarien de l’Energie, M. Abdallah Al-Attiyah, au terme de la première séance du forum.

C’est, a-t-il dit, «le résultat des discussions sur la proposition de former une organisation des pays exportateurs de gaz». Avant lui, le ministre de l’Energie et des Mines, M. Chakib Khelil, avait indiqué que les participants à ce forum «conviendront probablement de la mise en place d’un groupe de travail pour la création d’une organisation préservant leurs intérêts.

La création effective de ce groupe aura lieu lors de la prochaine session du forum prévue à Moscou, a précisé M. Khelil, en ajoutant que ce groupe aura pour mission «d’identifier les modalités de développer et d’organiser le marché du gaz».

Alors qu’ils ont mis l’idée d’une OPEP du gaz sur le devant de la scène médiatique depuis le début de cette année, les principaux pays exportateurs de gaz se sont défendus de vouloir créer un tel cartel, du moins pour certains d’entre eux, notamment l’Algérie.

«Nous ne pouvons pas parler actuellement d’une organisation de gestion du marché du gaz car ce dernier est différent de celui du pétrole régi par des contrats à court terme», a ainsi déclaré M. Khelil. Il a ajouté que la création d’une telle organisation pourrait être envisagée si l’industrie gazière connaissait un net développement à l’échelle mondiale» ce qui est, a-t-il dit, peu probable, la liquéfaction du gaz ne représentant qu’un taux infime du volume du marché mondial.

De son côté, le ministre qatarien du Pétrole a soutenu que les pays exportateurs sont «juste là pour réfléchir à leurs intérêts», en ajoutant : «Nous ne sommes pas un cartel.» Le ministre russe de l’Energie, M. Viktor Khristenko, avait quant à lui rassuré en expliquant que cette idée était difficile à mettre en œuvre sur le plan pratique car le marché gazier étant régi par des contrats à long terme.

Une OPEP du gaz pour l’Amérique latine D’un autre côté, certains pays et non des moindres ont démontré qu’ils étaient moins réticents à cette idée que d’autres. C’est notamment le cas de l’Iran dont le ministre du Pétrole, M. Kazem Vaziri Hamaneh, a affirmé qu’une «organisation des pays exportateurs de gaz est bénéfique pour toutes les parties» et que «nous avons sans aucun doute des propositions pour un cartel, mais le processus est lent, comme c’était le cas pour l’OPEP».

Il avait pourtant dit qu’«il n’y a pas de discussions dans ce forum sur un cartel», estimant que ce dernier «ne constitue pas un problème» et que les participants sont là «pour échanger des vues sur des problèmes techniques et sur les marchés» S’agissant par ailleurs de l’opposition des Etats-Unis et d’autres consommateurs occidentaux, M. Hamaneh a indiqué qu’«ils n’ont pas compris l’essence de l’idée qui n’est contre aucun groupe».

Le ministre vénézuélien de l’Energie s’est quant à lui montré plus tranchant. M. Rafael Ramirez a, en effet, déclaré à son arrivée à Doha : «Nous sommes ici pour soutenir une OPEP du gaz. C’est une bonne idée.» Selon l’agence officielle russe Ria Novosti, quatre pays : l’Argentine, la Bolivie, le Venezuela et l’Iran ont souscrit à l’idée d’une OPEP du gaz, citant dans ce cadre le ministre bolivien de l’Industrie, Carlos Quiroga, qui a déclaré : «Nous (Argentine, Bolivie et Venezuela) venons de créer un groupe (Organisation des pays d’Amérique latine producteurs et exportateurs de gaz) semblable à l’OPEP qui est chargé de la politique tarifaire», avant d’appeler à conférer à ce groupe une «dimension mondiale».

S. B.