Chakib Khelil, entre l’Opep et Sonatrach

Il est nommé vice-président de l’organisation pour 2007

Chakib Khelil, entre l’Opep et Sonatrach

Samar Smati, Liberté, 14 septembre 2006

Le ministre de l’Énergie et des Mines a été élu, pour l’exercice 2007, vice-président de l’Organisation des pays producteurs de pétrole (Opep), lundi dernier, à Vienne. Ce mandat international intervient alors que Chakib Khelil traverse une phase de « turbulences » au plan interne.

Le ministre de l’Energie avait eu par le passé à occuper la présidence de l’organisation. C’était durant l’année 2001 où l’Algérie avait réussi à imposer une vision consensuelle sur le maintien des quotas de production garantissant ainsi une légère stabilité des cours. Le cartel a instauré depuis sa création une présidence tournante sur ses États membres. Il faut reconnaître que dans le débat interne Chakib Khelil n’a pas, ce qu’on pourrait qualifier, de « bonne presse » actuellement. Le principal initiateur de la réforme des hydrocarbures « paye », entre autre chose, pour son projet. La révision du cadre réglementaire régissant le secteur algérien le plus stratégique. Celui des hydrocarbures. Le ministre en sort, selon les analystes, aujourd’hui « fragilisé ». La réforme des hydrocarbures avait, avant même sa conclusion, suscitée un débat plus que controversé et qui avait nécessité son « gel » temporaire à la veille des élections présidentielles d’avril 2004. Après plus de quatre ans de discussions. La victoire, à ce moment là, de Chakib Khelil avait été de faire resurgir des tiroirs le texte de loi. Présentée et adoptée, tel quel, post-élections, la loi 05-07 n’avait pas pour autant connu une application véritable. Ses textes d’application n’avaient pas été publiés. Aucun appel d’offres pour l’exploration et l’exploitation de nouveaux blocs n’avait été lancé. À la faveur de la révision début juillet de certains articles, dont celui relatif au rôle et au poids de Sonatrach dans l’échiquier national, le président de la République avait invoqué la nécessaire préservation des ressources naturelles pour les générations futures. La conjoncture a obligé les pouvoirs publics à revoir la copie avec une formule intermédiaire qui respecte l’esprit d’ouverture de la loi 05-07, mais qui intègre la préservation de l’intérêt national découlant de la loi 86-14. Au-delà de la question de souveraineté nationale et du respect de certaines clauses majeures de la loi 05-07, le « recul » opéré sur la part dévolue à Sonatrach et l’imposition d’une taxation supérieure ont été considérés, par les spécialistes du secteur, comme un « échec » personnel de Chakib Khelil. Ses « déboires » ont fait les choux gras des commentateurs. Certains n’avaient pas hésité à franchir le pas en estimant que le ministre de l’Énergie était tombé en « disgrâce ». D’autres n’avaient pas manqué non plus d’annoncer prématurément son « départ », ou l’absence d’un renouvellement du portefeuille ministériel dans le cadre d’un remaniement, voire d’un changement du gouvernement. La nomination de Chakib Khelil, en tant que vice-président de l’OPEP, peut-elle pour autant changer la donne politique intérieure de l’Algérie ? Il serait illusoire de le croire. Il serait tout aussi utopique de ne pas le prendre en considération. Même si dans ce genre d’organisation en général, et à l’OPEP en particulier, c’est le pays représenté par son ministre de l’Énergie qui est élu et non la personne. Il s’agit d’un mandat « es-qualité ». D’autant que la révision de la loi 05-07 avait été accueillie avec un certain « soulagement » par de nombreux pays producteurs au sein de l’organisation. La personnalité et la compétence de Chakib Khelil ne doivent pas non plus être éloignées d’une telle nomination. Il faut reconnaître que si le ministre de l’Énergie a été quelque peu malmené ces derniers temps, et malgré le « recul » opéré sur la loi 05-07, il n’en demeure pas moins que Chakib Khelil jouit toujours d’une certaine « crédibilité » au plan international que ce soit au sein du cartel, qu’il a eu à défendre à maintes reprises, ou auprès des autres partenaires. Sa voix qui représente l’Algérie sur le dossier énergétique n’a pas perdu pour autant son impact sur le marché international. La décision, si décision il doit y avoir le concernant, reviendra quoiqu’il arrive en dernier recours au président de la République.

Samar Smati