Khelil exige des cellules d’écoute à Sonatrach et Sonelgaz

Harcèlement contre les femmes

Khelil exige des cellules d’écoute à Sonatrach et Sonelgaz

El Watan, 14 septembre 2009

Le harcèlement des femmes sur leurs lieux de travail a suscité l’intérêt particulier du ministre de l’Energie et des Mines.

Cet intérêt est mis en évidence à travers la nouvelle circulaire complétant celle du 21 novembre 2006 dont viennent d’être destinataires les premiers responsables des groupes, filiales, agences et offices relevant du secteur. Ils y sont instruits de veiller personnellement à prévenir de ce phénomène dont les conséquences, pour certaines victimes, sont désastreuses : perte d’emploi, dépression et parfois suicide. Dans cette circulaire, Chakib Khelil appelle à la création de cellules d’écoute au niveau des observatoires de l’emploi féminin créés en 2005 dans les grandes entreprises et agences pétrolières et minières à l’image de Sonatrach et Sonelgaz, de l’Office de recherche géologique et minière (ORGM) et de l’Agence nationale pour la promotion et la rationalisation de l’utilisation de l’énergie (Aprue). L’accent est particulièrement mis sur les groupes Sonatrach et Sonelgaz : « J’attache la plus grande importance quant au respect de la circulaire par messieurs les PDG des groupes Sonatrach et Sonelgaz… » Cette procédure doit faire l’objet d’une évaluation périodique, sanctionnée par un rapport annuel sectoriel à adresser au ministre de tutelle. Ces dispositions ne se limitent pas uniquement aux personnels des entités du secteur minier et pétrolier (permanents, contractuels, stagiaires et candidats au recrutement), elles concernent également « toute personne en relation de travail avec les entreprises, filiales, agences ou institutions du secteur (sous-traitants, abonnés, fournisseurs) que les comportements de harcèlement soient survenus à l’intérieur ou à l’extérieur de celles-ci ».

Les propos de M. Khelil sont d’une rare fermeté et indiquent, si besoin est, que la plupart des grandes entreprises sont minées par le phénomène du harcèlement. « J’attire l’attention de tous les responsables, à quelque niveau qu’ils soient, pour qu’ils accordent à cette question du harcèlement l’importance qu’il convient afin que les femmes travailleuses, tout particulièrement, puissent exercer leurs activités professionnelles dans un climat social sain et loyal tant avec leurs collègues qu’avec leurs supérieurs », précise la circulaire. Il faut dire que le harcèlement en milieu professionnel, sous toutes ses formes, prend d’inquiétantes proportions. Dans de récentes études, les experts estiment le nombre d’Algériens souffrant de harcèlement psychologique à trois millions de personnes, indique Yassine L., de l’inspection du travail à Annaba. Selon lui, les différentes inspections du travail à travers le pays enregistrent chaque année entre 3 et 3,5 millions de plaintes pour harcèlement psychologique. Une fois en justice, explique notre interlocuteur, les juges se contentent de prononcer des peines du code civil au lieu du pénal en raison du vide juridique incriminant ces pratiques. Toutefois, le harcèlement sexuel des femmes sur leur lieu de travail est réprimé par les dispositions de l’article 341 bis du code pénal. Interrogé sur la question, Kamel Rahmaoui, chercheur en droit international, considère que « le harcèlement psychologique dans les milieux professionnels est un nouveau phénomène, en Algérie, difficile à définir. Ce sont généralement des pratiques abusives, répétées et régulières exercées par le responsable contre ses éléments dans le but de les pousser à démissionner ». Il a en outre tenu à préciser qu’aucun article incriminant ces pratiques n’est prévu par la loi algérienne. Mais, ajoute-t-il, il existe deux articles (90 et 11) du code du travail qui consacrent le droit de l’employé à l’intégrité physique et mentale ainsi qu’à la dignité.

Par N. Benouaret