Fuite en avant

Fuite en avant

par M. Saâdoune, Le Quotidien d’Oran, 21 juin 2008

L’Arabie Saoudite, qui doit accueillir une réunion des pays producteurs et consommateurs, a annoncé une hausse de sa production de 200.000 barils par jour. Le Venezuela n’ira pas à Djeddah, l’Iran est ouvertement hostile à une augmentation de la production. Chakib Khelil, qui participera à la rencontre en sa qualité de ministre algérien de l’Energie et non en sa qualité de président de l’Opep, n’est pas en reste. Les appels en faveur d’un relèvement de la production des pays de l’Opep sont « illogiques et irrationnels ».

L’Arabie Saoudite ne partage-t-elle pas, sur le fond, les appréciations sur la réalité du marché pétrolier que font ses partenaires de l’Opep ? On sait bien que oui et que la messe qu’elle organise entre producteurs et consommateurs ne répond qu’au souci politique de calmer les Américains. En mettant sur le marché 500.000 barils/jour supplémentaires, elle fait un « geste » qui ne peut qu’être englouti, vite, dans la nasse de la spéculation. L’impact est quasi nul. Mais ce geste est exploité par les Occidentaux qui cherchent à mettre en accusation les pays de l’Opep qui, il ne faut pas l’oublier, ne représentent que 40% de la production mondiale. Ce qui est demandé aux pays de l’Opep est de pomper davantage de pétrole alors que le marché ne souffre pas de pénurie. De nombreux experts le relèvent: l’offre reste supérieure à la demande, même en tenant compte des besoins grandissants des économies émergentes comme la Chine ou l’Inde.

Si les prix sont élevés et que des catégories professionnelles et les consommateurs en Occident protestent, on choisit un peu trop facilement de désigner un coupable, l’Opep, qui n’a pas les moyens d’inverser les choses sur un marché devenu « fou », selon la formule du secrétaire général de l’Opep. Où réside cette « folie » ? Elle est dans les spéculations financières de marché fondées sur des anticipations pessimistes, alimentées notamment par le discours guerrier contre l’Iran. Les analystes savent parfaitement que cette hausse rapide et importante des prix ne s’explique pas par des tensions entre l’offre et la demande de pétrole. Les responsabilités directes des autorités financières américaines, qui tolèrent les activités spéculatives de leurs banques, sont connues. Le maintien d’une politique de déréglementation profite d’abord aux banques, qui rattrapent ainsi les pertes gigantesques enregistrées du fait de leurs engagements aberrants sur le marché des subprimes.

Dans ce contexte, l’Arabie Saoudite, soucieuse de donner des gages de loyauté à son protecteur américain, accepte donc de faire un geste de pure forme. Cette augmentation, sans conséquence sur les équilibres du marché, est néanmoins un mauvais signal. Car en définitive, si une logique de saturation de l’offre devait être retenue par l’Opep, il n’est même pas sûr que cela ait un effet sur la spéculation. La fuite en avant entérinée par les Saoudiens ne correspond donc qu’à un gaspillage de ressources non renouvelables.