L’Europe bloque Sonatrach

De sévères restrictions imposées aux compagnies étrangères

L’Europe bloque Sonatrach

Par : Zahir Benmostepha, Liberté, 20 septembre 2007

Sonatrach fait l’objet d’une attaque en règle menée par la Commission européenne, pour réduire à néant toute ambition de la compagnie nationale ainsi que celle du géant russe Gazprom de s’implanter sur le Vieux Continent.

L’annonce officielle par Sonatrach de son projet de distribution directe de gaz en France dès 2010, à travers la création de sa propre structure donnant ainsi des contours précis à son programme de développement à l’international, ,aura fait réagir certains milieux qui ne voient pas d’un bon œil ce nouveau déploiement. Déjà qu’on prête, dans ces mêmes milieux à Sonatrach la ferme intention de s’implanter en Espagne, en Italie et en Belgique et à ce propos, soutient-on, les négociations sont fort avancées avec les groupes espagnol Cepsa et belge Distrigaz. En tout cas, l’implantation de Sonatrach dans l’Hexagone ne semble nullement déranger les intérêts par exemple du gazier français GDF. Son directeur général délégué Jean-Marie Dauger soulignait à Paris, dans une déclaration à l’APS, que le projet de la compagnie nationale Sonatrach consistant à vendre directement du gaz sur le marché français “est une excellente nouvelle”.
Il s’est dit même “très content que Sonatrach projette de vendre directement du gaz, sans intermédiaire, sur le marché français”. L’introduction par la Commission européenne, dans son plan de l’énergie, la clause interdisant aux entreprises non européennes d’investir dans la distribution d’énergie au sein des pays de l’Union, risque de compliquer une situation qui souffre déjà de tensions énergétiques ces derniers mois entre l’Algérie et l’Espagne. D’autant mieux que cette décision vient confirmer sur ce dossier le franc soutien de la Commission de Bruxelles à l’Espagne.
Et là on est en pleine politique protectionniste qui prend à rebours la politique d’ouverture et la libéralisation du marché prônée par l’Union européenne. Mais il semble bien que l’Europe en matière d’énergie compte faire l’exception étant dit que c’est la sécurité de ses approvisionnements énergétiques qui est en jeu. Particulièrement, soutient-on du côté de Bruxelles, si son marché de l’énergie venait à être dominé par des entreprises étatiques non communautaires comme Sonatrach ou Gazprom. C’est ce que confirme d’ailleurs un document interne de la Commission européenne révélé par le quotidien Herald Tribune Internationale dans son édition d’hier. En un mot : Bruxelles redoute le russe Gazprom et la société nationale des hydrocarbures Sonatrach.
Bruxelles redoute que ces deux groupes qui affichent leur ferme intention de racheter des réseaux de distribution dans les pays de l’Union européenne, à la faveur de la libéralisation du marché européen de l’énergie, s’implantent et dominent le marché. Bien entendu, selon la sacro-sainte règle de réciprocité dans les relations commerciales, russes et algériennes vont
réagir à une telle mesure protectionniste.
L’Algérie ne va peut-être pas manquer de donner un tour de vis à la législation sur les investissements dans le secteur des hydrocarbures et rien n’exclura un traitement spécifique appliqué aux entreprises européennes. Du moins si la tension garde sa vivacité. Car c’est presque tout naturellement que l’Algérie règle sa capacité de réaction sur l’initiative de la Commission européenne qui vise à “imposer des conditions sévères” à des entreprises comme Sonatrach et Gazprom. Même si le président de la Commission européenne Jose Manuel Barroso s’en défend, la clause en question a été taillée sur mesure. Les nouvelles propositions législatives sur l’énergie ne seraient pas “discriminatoires” à l’égard de la compagnie algérienne d’hydrocarbures Sonatrach, a-t-il affirmé. Selon M. Barroso, les nouvelles propositions de la CE, qui assurent “plus d’ouverture et plus d’équité”, ont été discutées avec les pays partenaires. “Nous essayons d’avoir une situation de non-discrimination entre toutes les entreprises du secteur, qu’elles soient locales ou étrangères”, a-t-il dit en réponse à une question d’un journaliste qui spéculait sur une éventuelle opposition des compagnies russe Gazprom et algérienne Sonatrach, le premier et troisième fournisseur de gaz à l’UE, à la nouvelle stratégie énergétique européenne.
Rappelons que le marché européen de l’énergie s’est totalement ouvert, mais il semble que l’union a dit oui à cette ouverture du bout des lèvres et l’aura libéralisé dans des conditions discutables. Car si elle prône le libéralisme et le libre-échange, elle réfléchit à deux fois quand il s’agit des produits énergétiques.
Les bâtons mis dans les roues de Sonatrach dans sa volonté de développer ses activités en Europe ne datent pas d’aujourd’hui. Et il faut se rendre à cette évidence que l’Europe dans son immense hypocrisie n’a jamais vu dans l’Algérie, autant d’ailleurs que dans les pays du Sud, un partenaire digne d’échanges commerciaux équilibrés et équitables. Aujourd’hui, la Commission européenne est en train de chercher des solutions “immédiates et unilatérales” comme le soulignent les spécialistes, à l’incontournable libéralisation des marchés. Et de ce fait, elle laisse planer le risque, selon ces mêmes spécialistes, sur les pays consommateurs, celui de mettre en péril “le principe vital de la sécurité des approvisionnements”.

Zahir Benmostepha