Choc frontal entre Alger et Moscou

ALORS QUE L’UE TENTE DE SE DÉGAGER DU MONOPOLE RUSSE SUR LE GAZ

Choc frontal entre Alger et Moscou

L’Expression, 26 Août 2009

L’exploitation des gisements algériens de gaz doit tourner à plein régime pour satisfaire les besoins de consommation de l’Europe.

Le cabinet d’études londonien, Oxford Business Group, ne se trompe pas en estimant que l’Algérie constitue un réservoir important pour approvisionner l’Europe en gaz. L’étude, publiée récemment, base ses conclusions sur une série d’importants projets d’infrastructures faisant en sorte que le pays se positionne au coeur de la future politique énergétique de l’Union européenne. Il n’est pas écarté que les préoccupations de l’UE vis-à-vis d’une dépendance aux exportations russes poussent les pays le composant à se tourner davantage vers ce pays riche en hydrocarbures et qui aspire à accroître ses propres réserves.
L’Algérie est considérée comme un important fournisseur de gaz naturel aux pays du sud de l’Europe. Du coup, c’est une concurrence féroce qui est engagée entre Alger et Moscou sur un marché jusque-là dominé exclusivement par les russes. Mais l’Europe veut se détacher de cette emprise et les perspectives avec l’Algérie lui semblent prometteuses. Il y a deux gazoducs reliant déjà le pays à l’Espagne et à l’Italie. Toutefois, un nouveau gazoduc de 200 kilomètres, le gazoduc Medgaz, reliant l’Algérie à l’Espagne, devrait être fonctionnel à la mi-2010 et aura une capacité de huit milliards de m3 de gaz par an. L’Italie, quant à elle, devrait assister l’année prochaine au lancement des travaux d’un nouveau gazoduc, le gazoduc Galsi, dont la capacité annuelle atteindra également les huit milliards de m3. En attendant, le gazoduc Transmed, qui approvisionne l’Italie via la Tunisie et la Sardaigne, devrait voir sa capacité actuelle de 27 milliards de m3 passer à 34 milliards de m3 d’ici à la fin de l’année. Si l’on inclut les 12 milliards de m3 acheminés par le gazoduc Maghreb-Europe, l’Algérie pourrait exporter 62 milliards de m3 de gaz par an vers l’Europe, au cours des cinq prochaines années.
Les pays de l’UE se sont fixé comme priorité croissante de trouver d’autres fournisseurs de gaz naturel, la Russie n’étant plus un fournisseur aussi fiable que par le passé (actuellement, un tiers des importations européennes provient de Russie, soit environ 150 milliards de m3 par an). En plus des deux nouveaux gazoducs en cours de construction, il y a un autre projet qui réunit le Nigeria, le Niger et l’Algérie pour la construction d’un gazoduc transsaharien. Long de 4128 kilomètres, il reliera le Nigeria à l’Algérie et acheminera jusqu’à 30 milliards de m3 de gaz par an vers le réseau euro-algérien. Ceci fera de l’Algérie une plaque tournante pour les livraisons de gaz à l’Europe.
Elle a même lancé un deuxième appel d’offres pour l’octroi de dix contrats d’exploration à des compagnies étrangères. Plus de 74 d’entre elles ont manifesté leur intérêt à cette nouvelle offre et les contrats devront être signés à la fin de cette année.
Cette deuxième tentative vient combler le semi-échec de celui lancé précédemment. Seuls quatre contrats sur 16 ont été octroyés. D’après certains analystes, la nouvelle loi sur l’investissement selon laquelle la Sonatrach doit maintenir une participation de 51% dans tous les contrats est une mesure dissuasive. Cependant, pour le gouvernement, le bas prix du pétrole lors du précédent appel d’offres a joué un rôle important, et les partenaires internationaux devraient se montrer plus enthousiastes s’ils entrevoient une augmentation du prix de l’or noir. Par conséquent, pour augmenter ses exportations de gaz, l’Algérie devra consentir un gros effort en matière d’exploration. Or, les capacités de Sonatrach sont loin de répondre à de tels impératifs. C’est pour cette raison que le recours aux compagnies internationales a été un choix adopté par le ministère de l’Energie et des Mines. Pourtant, il n’est pas du tout sûr que des découvertes suffisantes seront opérées afin que l’Algérie puisse honorer ses contrats avec des pays étrangers notamment européens. Il ne s’agit pas seulement d’une question de volume car les enjeux financiers sont tout aussi importants. Les quantités additives devraient générer des revenus supplémentaires de 5 milliards de dollars.
Pour ne pas rater ce rendez-vous, le pays a déjà mis en oeuvre des actions pour augmenter la capacités des gazoducs acheminant les exportations aux pays européens. Ce choix est devenu incontournable car la concurrence s’annonce de plus en plus rude. L’entrée des Libyens sur le marché italien est l’une des donnes qui vont influer sur la position de l’Algérie vis-à-vis de ses clients. Il est donc impératif de tenter plusieurs actions pour conserver ses clients.

Ahmed MESBAH