Témoignage de Mansouri Smaïl, pour un groupe

Jacques Vergès, Lettre ouverte à des amis algériens devenus tortionnaires, Paris 1993

Berbere Mohamed, célibataire, n' d'écrou 64237, prison d'El-Harrach.

Dahri Abdelaziz, célibataire, n' d'écrou 64234, prison d'El-Harrach.

Tibaoui Said, marié, trois enfants, n' d'écrou 64235, prison d'El-Harrach.

Belkadi Salem, marié, neuf enfants, n° d'écrou 64238, prison d'El-Harrach.

Mansouri Smail, marié, six enfants, n' d'écrou 64236, prison d'El-Harrach.

Nous avons été arrêtés par la brigade de gendarmerie de Ain Taya et conduits vers le centre de torture de Boudouaou, au sous-sol. Là, des gens étaient pendus par les pieds ou par la poitrine. Ils criaient.

Les gendarmes nous ont mis à poil, attachés par les pieds et par les mains et nous ont brûlés avec un chalumeau. L'un d'eux nous a injecté, avec une seringue, un produit au pénis. On a dit des mensonges, car nous n'avions aucune réponse à leurs questions.

Beaucoup d'entre nous avons perdu l'usage d'un membre ou d'un organe. Salem Belkadi est gravement brûlé aux jambes et aux pieds; on doit le transporter pour qu'il puisse faire ses besoins.

Après Boudouaou, nous avons été transportés à la brigade de gendarmerie de Ouled Moussa où nous entendions des cris effroyables.

Salem Belkadi a été charcuté au tibia avec une baïonnette.

Pieds et mains liés, nous avons été fouettés avec des fils électriques.

On nous a introduit des chiffons imbibés d'eau usée, de grésil et d'esprit de sel dans la bouche.

Nous avons perdu connaissance à plusieurs reprises.

Dès notre admission à la prison d'El-Harrach, trois d'entre nous furent gardés à l'infirmerie où les médicaments sont inexistants.

Notre calvaire a duré dix-sept jours.

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