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Le
Président l'a installée hier
Une commission pour les disparus
Le Matin, 21 septembre 2003
Comme annoncé au mois d'août dernier, un mécanisme
ad hoc a été installé hier par le Président
de la République à la résidence Djenane El Mithaq
pour solutionner l'épineux dossier des disparus. Ce mécanisme,
censé avoir plus de prérogatives que toutes les instances
qui ont eu à traiter cette question, est conçu comme un
centre de gestion et une interface entre les pouvoirs publics et les
familles concernées.
Le mécanisme ad hoc, telle que le stipule la lettre de mission
de la Présidence de la République, a un mandat de 18 mois.
Il a pour mission l'identification des cas d'allégations de disparition
sur la base de l'ensemble d'informations déjà recueillies
et celles résultant, d'une part, des actions qu'il aura à mener
et à faire entreprendre par les autorités compétentes
et de toutes les recherches nécessaires pour localiser les personnes
déclarées disparues, d'autre part. Le mécanisme
aura également la mission d'informer les familles concernées
du résultat des recherches entreprises aussi bien que des procédés à suivre
pour le règlement des questions juridiques et patrimoniales induites
dans les différents cas. De ce fait, le mécanisme avec
les autorités publiques est chargé d'élaborer des
mesures d'aide et d'indemnisation au profit des ayants droit des personnes
disparues. Dans le cadre de sa mission, cette commission est habilitée également à recevoir
tout témoignage utile, solliciter toute information et demander
tout document utile à l'exécution de sa mission. Son mandat
sera sanctionné par l'élaboration d'un rapport général.
Toutefois, le mécanisme est tenu de présenter des rapports
d'étapes. Le rapport général comportera les éléments
d'information recueillis et les résultats d'analyse, les mesures
prises ou proposées ainsi que les recommandations jugées
utiles pour le règlement définitif de la question. Outre
son président, Farouk Ksentini, cette structure est composée
de six autres membres choisis parmi la société civile et
les organisations nationales et professionnelles. Il s'agit d'un juge,
un avocat, un médecin, un membre du Parlement, une journaliste
et le président du Croissant-Rouge algérien. Par le biais
de ce mécanisme, M. Ksentini pense pouvoir réhabiliter « le
droit des familles des disparus à la vérité, leur
droit à la justice ainsi qu'à la réparation des
préjudices causés par la disparition de leurs proches ».
Il reconnaîtra toutefois que jusqu'à ce jour aucune avancée
n'a été enregistrée sur le dossier vu sa complexité.
Il faut peut-être relever que tel qu'il est conçu et sur
la base de sa lettre de mission, ce mécanisme, qui n'est pas une
commission d'enquête, se heurtera certainement aux mêmes
difficultés rencontrées par l'ONDH et la CNCPPDH, à savoir
celle de l'information et comment arriver à ses sources. Ce qui
hypothéquera toute solution possible au dossier.
A noter que déjà le nombre réel des disparus demeure
inconnu à ce jour et continue à alimenter diverses polémiques.
Si Me Ali Yahia Abdenour avance le chiffre de 18 000 personnes portées
disparues, le rapport du ministère de l'Intérieur ne fait état
que de
4 952, alors que le rapport de la CNCPPDH ne recense que
4 300 personnes.
Ghada Hamrouche --------------------
Me
Ksentini : « Nous aurons plus de prérogatives »
Le Matin, 21 septembre 2003
Quelques heures à peine avant l'installation officielle, hier,
par le chef de l'Etat de la commission ad hoc chargée désormais
exclusivement de l'épineuse question des disparus, Me Farouk Ksentini,
président de la Commission nationale consultative de promotion
et de protection des droits de l'Homme (CNCPPDH) et à laquelle
incombe, depuis octobre 2001, cette même mission, avouait sur les
ondes de la chaîne III son impuissance de mettre toute la lumière
sur cette question. Il y a deux ans, à sa nomination, le président
de la CNCPPDH promettait aux familles des disparus, en présence
des journalistes, un règlement définitif du dossier avant
la fin 2002. Peine perdue.
L'avocat ne mesurait certainement pas à ce moment-là les
limites à ne pas franchir et qui lui feront dire, deux ans plus
tard, que « concrètement on n'est arrivé à rien ».
La question qui se pose d'elle-même aujourd'hui est celle de savoir
de quoi sera capable une autre commission et que n'a pu accomplir la
CNCPPDH ? La question est d'autant plus justifiée lorsqu'on sait
qu'il est accordé d'ores et déjà, tout au plus,
18 mois aux 7 membres de cette commission pour un règlement définitif
de la question. Joint hier par téléphone, la réponse
de Me Ksentini demeure empreinte d'ambiguïté. Selon lui,
la toute fraîche commission est dotée de plus larges prérogatives
que ne l'a été la CNCPPDH à ce sujet. Ceci tout
en reconnaissant toutefois qu'il n'a pas encore pris connaissance du
contenu du texte de sa création. Texte qui, précisons-le,
ne sera rendu public qu'aujourd'hui, dimanche.
A une question relative au rapport remis par la CNCPPDH au chef de
l'Etat en mars dernier, il estime que l'on peut considérer la création
de cette commission comme une réponse concrète au contenu
du rapport. Ce dernier avait également évoqué, parmi
de nombreuses questions liées au respect des droits de l'Homme,
la liberté de la presse.
Au sujet des indemnisations des familles des disparus, perçues
par celles-ci comme un chantage visant « l'achat de leur silence »,
Me Ksentini estime que ce n'est là qu'une proposition pour venir
en aide aux familles en difficulté, « mais on n'obligera
jamais les familles à accepter l'offre de l'Etat ». Le président
de la commission avait affirmé, hier à El Khabar, que la
commission entamera ses travaux juste après son installation.
A notre question de savoir quelles seraient ses priorités, Me
Ksentini nous confie : « Nous allons commencer par un travail d'information
et de consultations générales avec les associations et
les partis politiques. » A noter que la première question à affiner
est déjà celle du nombre exact des disparus. En effet,
jusque-là trois chiffres sont évoqués. Le nombre
des disparus, selon le ministère de l'Intérieur, est de
4 950, 18 000 selon Me Ali Yahia Abdenour, avocat de l'Association des
familles, alors que 4 300 dossiers ont été réceptionnés
au niveau de la CNCPPDH.
Yasmine Ferroukhi
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