Les enlèvements suivis de disparitions n'ont pas cessé

Algeria-Watch et Al-Karama for Human Rights, 6 mars 2007

Youssef Belmouaz , né le 28 juillet 1985, a été enlevé le 26 novembre 2006 à 11h devant l'université de Tiaret où il est inscrit en 4 e année de sciences vétérinaires. L'enlèvement a été effectué devant de nombreux étudiants par des hommes armés en tenue civile  circulant à bord d'un véhicule banalisé de marque Renault express. Deux jours après la disparition de son fils, M. Belmouaz s'est rendu au parquet général de la cour de Tiaret. Le procureur général lui a affirmé que « l'arrestation avait été opéré par la « sécurité militaire » (Département du renseignement et de la sécurité, DRS) d'Alger et qu'il devait s'adresser au procureur d'Alger pour obtenir des informations ». M. Belmouaz s'est adressé à deux reprises à ce dernier ainsi qu'au ministre de la Justice et au président de la commission consultative nationale pour les droits de l'homme (CCNPDH), organisation gouvernementale, pour les informer de la disparition de son fils et requérir leur intervention. A ce jour, il n'a obtenu aucune réponse ni des uns ni des autres.

Le lendemain, 27 novembre 2006 , Brahim Abed , technicien supérieur en informatique, né le 16 juin 1983, a été enlevé à 8 heures du matin sur la voie publique à 200 mètres de son domicile à Tiaret. Des hommes en tenue civile et armés circulant à bord d'un véhicule 4X4 de couleur blanche l'ont embarqué pour une destination inconnue. La famille a fait le tour de nombreux commissariats, gendarmeries, casernes et tribunaux, en vain. Dans ce cas aussi, en raison du mode opératoire et de l'absence totale d'informations à son sujet, il est à craindre que Brahim Abed ne soit séquestré dans des locaux du DRS.

Depuis quelques mois une recrudescence des enlèvements suivis dans certains cas de disparitions est constatée. Des informations en faisant état nous parviennent de différentes régions (Khenchela, Oued Souf, Setif). Les victimes de ces arrestations illégales sont généralement détenues au secret dans des centres du DRS où elles subissent systématiquement des tortures et des mauvais traitements. Une fois réapparues, elles sont déférées au parquet et inculpées « d'apologie ou de soutien au terrorisme » ou encore  «d'appartenance à une organisation terroriste » pour justifier les arrestations et détentions arbitraires ainsi que des gardes à vue prolongées souvent au delà de la durée légale, déjà excessive, de 12 jours.

Nous rappelons qu'une vague d'arrestations touche la wilaya de la Wilaya de Bordj Bou Arreridj depuis la mi-décembre 2006 . Plus d'une dizaine de personnes ont été enlevées par la police politique (DRS). Tous ont été systématiquement torturés dans les locaux du DRS de Constantine avant de se voir inculpés et placés en détention provisoire. Mounir Hammouche de Ain-Taghrout est décédé sous la torture (voir notre communiqué du 22 février 2007). Il lui avait été reproché « de ne pas faire la prière dans la mosquée la plus proche de son domicile » et également « le fait qu'il portait une barbe ainsi qu'une tenue vestimentaire islamique ». Le sort d'autres personnes concernées par cette vague d'arrestation reste à ce jour inconnu.

Des faits similaires s'étaient produits quelques mois auparavant dans le village de El-Aouana, wilaya de Jijel. Dans la nuit de mercredi 26 avril au jeudi 27 avril 2006, une rafle avait été opérée par des agents du DRS en civil circulant à bord de véhicules banalisés au cours de laquelle cinq personnes avaient été enlevées à leur domicile respectif. Ces dernières ont été libérées après avoir subi d'horribles tortures (voir notre communiqué du 4 juillet 2006).

Nous dénonçons vivement ces pratiques qui ont tendance à réapparaître avec force et interdites tant par la loi algérienne que par les conventions internationales auxquelles l'Algérie est partie.

 
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