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GESTION DE L’INFORMATION SÉCURITAIRE
Entre défaillances et mise en garde
Le Soir d'Algérie, 4 septembre 2008
Le conseil adressé par Ahmed Ouyahia à la presse renvoie, en fait, vers la défaillance des pouvoirs publics dans la gestion de l’information sécuritaire. En deux décennies de lutte antiterroriste, les mécanismes d’information et de communication officiels et fiables n’ont toujours pas été instaurés.
Tarek Hafid - Alger (Le Soir) - «La presse a tout intérêt, et ce n’est pas une menace, à reprendre raison et à ne pas servir de tribune à des gens qui n’épargnent personne, ni les militaires, ni les gendarmes, ni les fonctionnaires et même les petits enfants.» Même s’ils n’ont pas été proférés sur le ton de la menace, les propos d’Ahmed Ouyahia restent ambigus. A qui était adressé ce «conseil»? Le chef du gouvernement visait-il l’ensemble des médias ? En exhortant la presse à «reprendre raison», Ouyahia ne fait que reconnaître les lacunes des pouvoirs publics en matière de gestion de l’information sécuritaire. Une situation qui prend toute son ampleur lors d’attentats terroristes. Pour obtenir des informations fiables sur le nombre de victimes ou encore le mode opératoire, les journalistes ne peuvent compter que sur leurs réseaux constitués essentiellement de «sources informelles ». Actuellement, il n’existe aucune structure officielle dédiée à l’information et à la communication sécuritaire. Pourtant, en vertu de loi portant état d’urgence, cette mission est du ressort exclusif du ministère de l’Intérieur et des Collectivité locales. Mais nous sommes en droit de s’interroger sur la volonté et les capacités du département de Nourredine Zerhouni à communiquer. Pour s’en convaincre, il suffit de revenir sur les attentats du 11 avril 2007 qui avait ciblé la chefferie du gouvernement et le commissariat de Bab-Ezzouar. Le ministre de l’Intérieur avait nié que les engins explosifs étaient déclenchés par des kamikazes. Il faudra attendre la multiplication des attentats suicides pour que Zerhouni reconnaisse la triste réalité. Ce mode de gestion de l’information ne date pas d’aujourd’hui. Dans sa volonté de verrouiller la communication, Belaïd Abdesslam, alors chef du gouvernement, avait imposé l’imprimatur. Ainsi, toute publication d’une information sécuritaire était soumise à autorisation. Seuls les communiqués des institutions pouvaient être diffusés. Cette censure officielle a pu être déjouée grâce à la ténacité des rédactions. La manipulation de l’information sécuritaire a également eu lieu lors des massacres commis par le GIA. Le nombre des victimes de ces tueries était revu à la baisse. Pour avoir le bilan exact, il suffisait aux journalistes de se rendre dans les cimetières pour compter les tombes… Le rôle de la presse algérienne dans la lutte antiterroriste est aujourd’hui reconnu. Il est temps que cette presse soit considérée comme un «partenaire» et non plus comme un «adversaire».
T. H.
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