Les Etats-Unis veulent s’affirmer en Syrie

El Watan, 9 février 2018

La coalition internationale anti-jihadistes menée par les Etats-Unis a annoncé hier avoir tué au moins 100 combattants des forces pro-régime dans l’est de la Syrie, en riposte à une attaque contre ses alliés. Ces combats, parmi les plus meurtriers entre les deux camps, interviennent sur fond de tensions croissantes entre Damas et Washington, les Etats-Unis accusant le régime syrien d’avoir utilisé des armes chimiques.

Les raids de la coalition ont eu lieu dans la nuit de mercredi à jeudi dans la province de Deir Ezzor. Ils ont été menés en riposte à une «attaque (...) contre le quartier général des FDS», a affirmé un responsable du Centcom, le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient, selon lui.

«Nous estimons que plus de 100 membres des forces pro-régime syriennes ont été tués durant des affrontements avec les Forces démocratiques syriennes et les forces de la coalition», a ajouté ce responsable. Selon l’OSDH, l’attaque ayant déclenché la riposte de la coalition visait à capturer un champ pétrolier clé et une installation gazière majeure près de Khasham, dans une zone en grande majorité contrôlée par les FDS.

L’ONG a fait état de 45 morts dans les rangs des forces pro-régime. Dénonçant une «agression», les médias officiels syriens ont confirmé que des dizaines de personnes avaient été tuées dans la riposte de la coalition, tout en suggérant que les victimes n’étaient pas des soldats mais des combattants paramilitaires. Selon l’OSDH, les combattants ayant lancé l’attaque contre les FDS appartiennent à des forces tribales ou à une milice chiite afghane qui sont loyales au président syrien Bachar al-Assad.

Selon le Centcom, cette attaque a eu lieu à huit kilomètres à l’est d’une ligne de démarcation fixée par la Russie et les Etats-Unis le long de l’Euphrate, les forces russes opérant à l’ouest et les forces américaines à l’est. Cette attaque intervient dans un contexte assez tendu où les FDS, majoritairement kurdes, qui contrôlent une grande partie du nord de la Syrie, sont soumis à deux pressions, celle des Turcs, avec l’offensive «Rameau d’olivier» sur Afrin, mais aussi celle des forces pro-régime qui avancent eux aussi vers les positions tenues par les Forces démocratiques syriennes et les forces de la coalition.

Ce qui met leurs principaux alliés, les Etats-Unis, dans une situation complexe, où elle doit à la fois ménager leurs alliés turcs tout en maintenant leur soutien aux Kurdes et d’un autre côté coopérer avec la Russie au nom de la lutte antiterroriste malgré les profondes divergences qui les séparent en Syrie. Et ce ne sont certainement pas les dernières accusations d’utilisation d’armes chimiques par le régime de Bachar al Assad qui feront baisser la tension entre les deux principales puissances en Syrie.

- Partition

En effet, c’est à une véritable guerre des mots que se livrent les deux pays. Les Etats-Unis ont accusé la Russie de retarder l’adoption d’une condamnation par le Conseil de sécurité de l’ONU de ces dernières attaques chimiques présumées. «La Russie a retardé l’adoption de cette déclaration, une simple condamnation liée à des enfants syriens ayant du mal à respirer en raison du chlore», a dénoncé Nikki Haley, ambassadrice américaine aux Nations unies. Il y a des «preuves évidentes» pour confirmer le recours à du chlore dans ces attaques menées dans la Ghouta orientale, dans la banlieue de Damas, a souligné la représentante américaine.

La Russie, elle, se défend, dénonçant «une campagne de propagande» visant à «accuser le gouvernement syrien» d’attaque dont «les auteurs ne sont pas identifiés». La Russie a proposé des amendements au texte afin qu’il ne fasse plus mention de la Ghouta et de s’assurer que les informations de presse ou sur les réseaux sociaux soient «vérifiées de manière crédible et professionnelle».

Le retour au premier plan des Etats-Unis en Syrie inquiète Moscou, depuis que le secrétaire d’Etat Rex Tillerson a annoncé la volonté de son pays de «rester dans la durée en Syrie». «Il est crucial, pour notre intérêt national, de maintenir une présence militaire et diplomatique en Syrie», a t-il déclaré. S’il n’a pas explicité le rôle qu’il entend donner sur le terrain aux Américains, la volonté de créer une force frontalière avec la Turquie et l’intensification des bombardements aériens semblent en donner un aperçu.

Toute cette nouvelle activité américaine met en colère la Russie qui, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, a délaissé l’habituelle rhétorique diplomatique en déclarant tout bonnement que les Etats-Unis ont pour objectif la «partition» de la Syrie. «Il semble que les Américains souhaitent diviser la Syrie. Ils ont tout simplement renoncé à leurs déclarations selon lesquelles leur présence en Syrie sans l’accord du gouvernement légitime avait pour objectif de battre Daech et les terroristes.

A présent, ils affirment qu’ils y maintiendront leur présence pour s’assurer qu’un processus de règlement politique a commencé en Syrie en vue d’un changement de régime politique [et du départ du président Bachar al-Assad, ndlr]», a indiqué le ministre, tout en ajoutant que «les États-Unis courtisent certaines composantes de la société syrienne, notamment celles qui s’opposent les armes à la main au gouvernement. Cela ne produit que des résultats très dangereux». Avec toutes ces évolutions, la guerre en Syrie n’est pas près de se terminer.


Lamara Sellal avec agences

 
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Syrie: De la contre-révolution à l'intervention?  
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