Crise syrienne

Bachar Al Assad refuse de négocier son départ

El Watan, 10 janvier 2017

Alors que son armée engrange des succès militaires sur le terrain, le président syrien Bachar Al Assad, dans une interview accordée à trois médias français, dont Radio France, dimanche dernier, a estimé que «toutes les guerres sont mauvaises, mais qu’elles sont parfois le prix à payer», assurant au passage que «nous sommes prêts à tout négocier à Astana, au Kazakhistan, fin janvier». Néanmoins, il a averti que le succès des négociations «dépendra» exclusivement de l’opposition syrienne.

«Nous sommes prêts à tout négocier, la fin du conflit, le futur de la Syrie. Tout est ouvert. Mais on ne sait pas encore qui représentera l’autre partie», s’est-il interrogé. «Est-ce que ce sera la vraie opposition syrienne ? Quand je dis ‘‘vraie’’ cela veut dire l’opposition locale, pas l’opposition saoudienne, française, ou britannique… Cela doit être une opposition syrienne pour discuter des problèmes syriens», a insisté le maître de Damas, visiblement satisfait d’avoir renversé la situation sur le terrain grâce à ses alliés russe et iranien.

Menace terroriste

Concernant son statut et son avenir politique, il a rétorqué que «ce n’est pas à Astana que cette question sera soulevée, mais que c’est au peuple syrien d’en décider, car mon statut est lié à la Constitution. Si le peuple syrien veut changer de Constitution, il faudrait alors un référendum». Pour le moment, il espère surtout que la trêve des combats, décrétée le 30 décembre 2016, dure le plus longtemps possible, tout en précisant que «cette trêve n’inclut pas les groupes terroristes Jabhat Al Nosra et l’Etat islamique (EI)».

Réagissant aux propos de François Fillon, candidat de la droite et du centre pour l’élection présidentielle en 2017, qui appelle à dialoguer avec le régime syrien, Bachar Al Assad a jugé l’attitude du candidat français positive. «Son discours (celui de Fillon, ndlr) sur le terrorisme et sa volonté de combattre les terroristes sans intervenir dans les affaires intérieures du pays sont positifs et sont les bienvenus. Pour le moment, on ne sait pas exactement ce qu’il va faire, mais s’il fait ce qu’il dit, cela sera évidemment très bien.»

La victoire de Donald Trump est «positive»

Par ailleurs, le président syrien a qualifié la victoire de Trump de «positive», tout en espérant que celle-ci aide au règlement de la guerre en Syrie. «S’il y a une approche sincère, une initiative d’améliorer les relations entre les Etats-Unis et la Russie, cela aura un impact sur tous les problèmes dans le monde, y compris en Syrie», a-t-il assuré. Revenant sur les pertes de civils engendrées par la guerre, Al Assad a jugé celles-ci inévitables.

«Toutes les guerres provoquent des destructions, toutes les guerres provoquent des morts. Vous ne pouvez pas dire qu’une guerre est bonne. Même si elle a lieu pour de bonnes raisons, pour défendre votre pays, ce n’est pas la solution.» Et d’ajouter : «Mais la question qu’il faut se poser est la suivante : comment pouvez-vous libérer les civils des terroristes dans ces zones (les quartiers rebelles d’Alep) ?» «Qu’est-ce qui est le mieux ? Les laisser sous leur commandement, à leur merci, les abandonner aux mains de terroristes qui coupent des têtes, qui assassinent ? Est-ce le rôle de l’Etat de rester les bras croisés ? Non, vous devez les libérer. C’est parfois le prix à payer. Et à la fin, ces gens sont libérés des terroristes», déclare le président syrien.

Pour rappel, la guerre en Syrie a fait plus de 300 000 victimes depuis mars 2011 et causé plus de trois millions de réfugiés. Le plus grand drame humain depuis la Seconde Guerre mondiale.
Yacine Farah


L’optimisme d’Al Assad

El Watan, 10 janvier 2017

Le chemin de Genève passe par Astana, la capitale du Kazakhstan. Il est de plus en plus question de ce passage considéré comme un préalable dans la reprise du processus de paix en Syrie, ou plus précisément de son démarrage. Des discussions ont bien eu lieu, et même deux fois, donnant lieu à autant de déclarations de Genève, toutes les deux s’articulant autour d’une période de transition dont le principe avait été accepté dès 2012 par toutes les parties au conflit en Syrie. C’est en tout cas le président syrien qui en parle, élaborant même une espèce de feuille de route fixant l’objectif, identifiant les interlocuteurs éventuels et les conditions des pourparlers. Bachar Al Assad, qui n’a jamais rompu le contact avec les pays occidentaux, même ceux qui veulent le voir loin du pouvoir, vient de se déclarer «prêt à discuter» avec les groupes rebelles estimant leur nombre à 92, un chiffre considérable, en tout cas sans rapport avec l’idée de départ marquée par un pouvoir et une opposition qui se font la guerre, et cela tout en excluant le groupe djihadiste Etat islamique (EI) et Fatah Al Cham, ancienne branche syrienne d’Al Qaîda.

C’est vrai que les données ont changé. Elles ont même été bouleversées avec l’apparition de centaines de groupes armés qui ont éclipsé l’opposition telle que connue et reconnue en 2012. Il a donc suffi d’un chiffre au chef de l’Etat syrien pour dire la complexité de la guerre qui a ravagé son pays, fixer d’ores et déjà le tour de table, dresser la liste des interlocuteurs et empêcher une quelconque partie de revendiquer un rôle prépondérant. Sauf le pouvoir, puisque le président syrien affirme être «prêt à une réconciliation avec eux à condition qu'ils déposent les armes». C’est donc là un préalable, alors même que M. Al Assad se déclare déterminé à libérer «chaque centimètre carré du territoire» de son pays. Ou encore «n'importe quelle zone contrôlée par les terroristes, quel que soit le nom qu’ils se donnent.

Qu'ils s'appellent Etat islamique, qu'ils s'appellent Al Nosra, qu'ils se disent modérés ou bien Casques blancs, nous n'avons rien à faire des noms». Une logique de guerre pour imposer la paix, et même ses contours. La réconciliation serait ainsi l’objectif de ces pourparlers au sujet desquels M. Al Assad déclare être «optimiste». C’est bien la première fois que pareils propos sont tenus avec ce sentiment aussi que plus rien ne s’oppose au processus envisagé pour les prochaines semaines. Les données sur le terrain ont fondamentalement changé avec l’apparition de nouveaux acteurs, concluant même de nouvelles alliances qui ont permis à l’armée régulière syrienne de multiplier les acquis, et à l’inverse, causer des pertes à l’opposition. Il a bien souligné à ce sujet que son gouvernement était sur «le chemin de la victoire», après la reconquête d'Alep, la deuxième ville syrienne. La fin serait donc proche. Mais à quel prix ?

Mohammed Larbi

 
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Syrie: De la contre-révolution à l'intervention?  
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