Malaise dans l'enseignement supérieur: Hadjar prévient contre le blocage des universités

par Yazid Alilat, Le Quotidien d'Oran, 7 janvier 2018

Le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique Tahar Hadjar a prévenu les organisations estudiantines et d'enseignants contre l'organisation d'une grève et le boycott des examens le 14 janvier prochain, estimant que cette grève est «illégale». Il a expliqué lors de sa rencontre trimestrielle avec les associations d'étudiants hier samedi que cette grève, à laquelle avaient appelé plusieurs organisations estudiantines, mais également une aile du CNES, est «illégale». Il a également affirmé que les trois organisations estudiantines qui ont appelé à cette grève ne sont pas «reconnues», dont le CNES qui n'a, a t-il dit, «aucune légitimité».

Le Conseil national des enseignants du supérieur (l'aile d'Abdelhafid Milat), l'UGEL, le SAFAP, l'UNJA et d'autres coordinations des étudiants avaient décidé le 24 décembre dernier d'organiser une grève générale à partir du 14 janvier prochain pour dénoncer les conditions déplorables prévalant dans les universités algériennes. Le ministre a menacé les organisateurs de cette grève de «poursuites judiciaires» lors de sa rencontre avec les représentants des associations estudiantines. Le ministre va plus loin en intimant aux recteurs des universités de sanctionner et d'interdire de cours tous ceux qui veulent «fermer» l'université. Tahar Hadjar a également précisé que seuls les syndicats légaux, au nombre de neuf, ont le droit d'exercer leur activité syndicale au sein des campus, avant d'attaquer certaines associations estudiantines, les accusant de mener des actions de «subversion et de prosélytisme» à l'intérieur des centres et des cités universitaires.

«Ce que nous combattons à l'intérieur de l'université, c'est l'activisme politicien quand bien même nous ne pouvons pas interdire à l'étudiant et à l'enseignant de faire de la politique, mais à l'extérieur de l'université», a-t-il ajouté. Il s'est ensuite attaqué aux journalistes, les accusant de soutenir les organisations d'étudiants, notamment celles à l'origine de l'appel à la grève générale le 14 janvier prochain. Selon lui, «les médias participent au désordre que des organisations non agréées sèment au sein de l'université en leur ouvrant leurs colonnes et en les invitant sur leurs plateaux de télévision, et de publier sans distinction des communiqués sans en vérifier ni la provenance ni la véracité du contenu».

Le 24 décembre dernier, les représentants d'associations d'étudiants dont une aile du CNES, l'UGEL, le SAFAP et l'UNJA avaient annoncé une grève générale et de boycotter tous les examens dans l'ensemble des établissements de l'enseignement supérieur le 14 janvier prochain pour dénoncer «le laxisme» du ministère et son refus d' «ouvrir les portes du dialogue» avec les partenaires sociaux pour trouver des solutions aux problèmes que vit l'Université algérienne. «Après discussion avec la composante de la famille universitaire, il a été décidé d'entamer une grève à partir du 14 janvier et de boycotter tous les examens jusqu'à satisfaction de nos revendications», avait indiqué un communiqué de ces organisations qui ont sollicité l'intervention du président Bouteflika pour sauver l'Université algérienne. Quant au CNES, il a de son côté appelé à une grève de trois jours (17, 18 et 19 janvier) pour exiger notamment l'abandon des poursuites judiciaires contre les enseignants et les syndicalistes, ainsi que la mise en place d'un dialogue avec les partenaires sociaux.


Il dément avoir appelé à une grève: Le CNES annonce une action en justice contre les «dissidents»

par R. N., Le Quotidien d'Oran, 7 janvier 2018

Le bureau national du Conseil national des enseignants du supérieur (CNES) dément avoir appelé à une grève nationale dans les universités et affirme n'avoir conclu aucune alliance avec des organisations estudiantines. Dans un communiqué, signé par son coordinateur national, Abdelmalek Azzi, le CNES accuse les «dissidents» du syndicat d'être derrière cette rumeur de grève «annoncée pour le 14 janvier 2018». «Les décisions prises par les dissidents ne concernent, en aucun cas, le CNES et ses adhérents», affirme le communiqué qui accuse les initiateurs de l'appel à la grève de «servir les ‘lobbies'» et de vouloir «créer la confusion et la confusion sur le travail syndical réel, pour atteindre des objectifs suspects».

Selon M. Azzi, ceux qui appellent à la grève «ne représentent rien sur le terrain des luttes syndicales» et ne tentent qu'une présence «médiatique» par des actions de «folklore». De même, le CNES annonce qu'une action en justice sera entamée à l'encontre des «dissidents». Selon le communiqué, le CNES informe avoir désigné «l'avocat et juriste Ammar Khababa» pour intenter «une action en justice pénale» à l'encontre des «dissidents» pour «falsification et usurpation d'identité».

Le CNES rappelle que depuis sa création, en 1992, «il ne s'est, jamais, allié ou utilisé une organisation d'étudiants dans ses mouvements de protestation et de grèves», dont certaines «ont duré plus de trois mois», car il considère que «l'implication des étudiants et la dissimulation derrière eux n'a aucun lien avec une action syndicale authentique et transparente».

Concernant les «revendications» avancées, notamment par quelques organisations syndicales estudiantines (dont l'UGEL et l'AREN, ndlr), le bureau national du CNES se dit «surpris par certaines des demandes présentées» qui sont imprégnées de «populisme», et qui ne vont participer qu'à «davantage de détérioration» des conditions de travail et du niveau de l'Université. Parmi les revendications «populistes» dénoncées par le CNES, celles réclamant d' «ouvrir le droit à la participation au concours d'accès au doctorat pour tous les étudiants de Master», et «l'adoption de listes de réserve des étudiants retenus au concours de doctorat, pour compenser la pénurie des postes ouverts pour cette année».

Le CNES estime qu'il est plus utile, pour les enseignants, de «défendre les libertés académiques et la réduction de l'autorité administrative et sa domination sur (l'aspect) scientifique et pédagogique, et la nécessité de rejeter la «carte d'évaluation» initiée par le ministère pour «surveiller et punir» les professeurs».

Par ailleurs, le Conseil national des enseignants du supérieur a tenu à «dénoncer la répression et la violence physique dont ont été victimes les médecins résidents, lors de la manifestation pacifique, organisée le 3 janvier dernier», appelant, par la même occasion, à «constituer un front avec tous les syndicats autonomes pour défendre les libertés syndicales, en usant de tous les moyens garantis par la Constitution».

 
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Luttes syndicales  
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