Le haut-fourneau du complexe sidérurgique d’El Hadjar est paralysé par les protestataires

Yazid Ferhat , Maghreb Emergent, 07 Juin 2012

L’instabilité au sein du complexe sidérurgique d’El Hadjar persiste. L’ex-SG du syndicat qui menait une grève de la faim pour exiger sa réintégration après sa mise à la retraite, a été expulsé de l’enceinte de l’usine. Selon la direction d’ArcelorMittal Annaba, ses partisans ont paralysé le haut-fourneau et réclamant la levée des décisions de suspension frappant 18 travailleurs, accusés d’avoir mené des « actions préjudiciables à l’entreprise ».

Hier, à la mi-journée, Aïssa Menadi, ex-secrétaire général du syndicat de l’entreprise ArcelorMittal Annaba, a été expulsé de force de l’usine par les services de sécurité, apprend-on auprès des travailleurs du complexe sidérurgique d’El Hadjar. Il a été embarqué par des éléments de la Gendarmerie nationale en uniforme dans une voiture banalisée, ajoutent nos sources.

L’information a été confirmée par le PDG de l’entreprise Joe Kazadi, qui nous a assuré qu’Aïssa Menadi avait été « évacué de force » par les gendarmes en application d’une décision du tribunal d’El Hadjar ordonnant son évacuation des lieux.

L’ex-député, qui observait une grève de la faim depuis dimanche dernier dans l’enceinte même de l’usine, est aussi interdit d’accès au site de production, étant considéré par la direction comme « étranger à l’entreprise ». Pour elle, en effet, il a cessé de faire partie des salariés depuis sa mise à la retraite. Lui estime être dans son droit de réclamer sa réintégration. Il demande l’organisation d’élections syndicales anticipées, jugeant que l’équipe syndicale en fonction a failli à sa mission de protection des intérêts de travailleurs.

En début de semaine, Aïssa Menadi, accompagné de travailleurs qui le soutiennent, a forcé le portail du complexe et effectué une marche, scandant des slogans hostiles aux cadres étrangers et aux syndicalistes en poste et appelant à la nationalisation de l’entreprise, avant d’entamer une grève de la faim à l’intérieur de l’usine.

Les protestataires exigent la levée de la suspension de 18 travailleurs

Cette action a déclenché un bras de fer entre ses partisans et ceux de l’actuelle équipe syndicale. « Nous cherchons plus que tout à préserver notre outil de travail, notre gagne-pain et notre seule ressource», assure celle-ci. L’activité de l’usine est entravée par une vingtaine de travailleurs, partisans d’Aïssa Menadi, qui ont paralysé le haut-fourneau, réclamant la levée des sanctions décidées à l’encontre de 18 travailleurs. Ces derniers ont été suspendus, selon la direction d’ArcelorMittal Annaba, pour avoir mené des actions préjudiciables à l’entreprise.

Jusque-là en arrêt technique programmé, l’élément-clé de la chaîne de production du complexe qu’est le haut-fourneau devait redémarrer hier matin. Les partisans de Menadi ont pris possession des lieux refusant à quiconque son redémarrage avant la levée des décisions de suspension.

« Depuis le début de l’instabilité, la production n’avait pas été sérieusement touchée. Avec la paralysie du haut-fourneau, c’est toute l’activité de l’usine qui va s’arrêter », regrette Joe Kazadi, contacté par nos soins. Le redémarrage du haut fourneau a déjà accusé un retard de 3 jours. « Un arrêt de 18 jours nous a coûté 13 millions de dollars de pertes directes, sans compter les pertes indirectes. Je vous laisse le soin de faire le calcul », a-t-il précisé.

Inquiétude au sujet de la « fragilité du haut-fourneau »

Notre interlocuteur nous fait part de ses inquiétudes concernant la « fragilité » du haut-fourneau, arrivé en fin de cycle et nécessitant un investissement de pas moins de 100 millions de dollars pour, a-t-il dit, rallonger sa durée de vie de 14 ans. « La perturbation de son redémarrage peut entraîner son arrêt définitif et les occupants de cette installation vitale de l’usine le savent très-bien », a-t-il ajouté.

Les protestataires restent déterminés à ne pas permettre la mise en marche du haut-fourneau. Devant cette situation, la direction a recouru aux tribunaux après avoir fait constater la situation par un huissier de justice. Au début de la matinée de jeudi, les contestataires demeuraient inflexibles et le redémarrage du haut-fourneau toujours empêché.

 
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