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Sit-in réussi devant la Présidence à El Mouradia
Démonstration de force des médecins résidents
El Watan, 7 avril 2011
Nous ne bougerons pas d’ici tant que la Présidence ne nous recevra pas», s’écrie un jeune résident entouré d’une centaine d’autres médecins mobilisés durant toute la journée d’hier à El Mouradia.
Difficile de se faire entendre avec les échos des slogans scandés autour, mais le résident poursuit en haussant le ton : «Nous nous sommes présentés pour remettre une lettre ouverte au Président, mais on nous a annoncé qu’il ne recevrait plus personne à compter d’aujourd’hui.» Plus de 2500 médecins résidents ont bloqué, durant toute la journée d’hier, les trottoirs menant à la Présidence, décidés à ne les quitter qu’une fois leur lettre reçue. Et ils n’étaient pas seuls à porter des banderoles, des drapeaux et des pancartes.
Des étudiants en chirurgie dentaire, des internes en médecine et des résidents en pharmacie se sont également joints au mouvement par centaines. Un grand moment d’euphorie et de colère portées par ces blouses blanches déterminées à aller au bout de leur protestation. Suite à l’échec des négociations organisées dans le cadre des trois commissions mixtes installées lundi dernier par le ministère de la Santé, la sortie dans la rue s’est imposée à eux, presque comme une évidence. Ce rassemblement, prévu au début pour une ou deux heures de temps, s’est étalé sur toute la journée d’hier. Une mobilisation exacerbée par le refus de la Présidence de recevoir leur lettre ouverte.
Poursuites judiciaires
La police a contenu le mouvement de foule et l’a empêché d’accéder aux portes de la Présidence. «Laissez-les s’exprimer», s’écrie une vieille dame de passage en regardant sévèrement les jeunes policiers restés statiques devant cette interpellation.
Mais les manifestants ont trouvé le moyen de déjouer les stratégies d’encerclement du cordon de sécurité très spontanément en occupant les deux trottoirs de l’allée. Ainsi, ils se sont fait écho dans leurs slogans et n’ont cessé de crier leur colère et leur détermination. «Solidaires, médecins en colère», «Dignité, fierté pour les résidents», «Bouteflika SOS», «Président, sauvez les résidents !», «Plus de service civil, grève illimitée» sont autant de slogans qui n’ont cessé de gagner en conviction, notamment lorsque la majorité des délégués présents ont reçu des appels de leurs hôpitaux les informant que des huissiers de justice et des policiers s’étaient présentés à leurs services pour leur remettre des assignations. Leur réponse s’est faite en cris portés par tous leurs collègues : «Maranach khayfine, rana baytine ! (Nous n’avons pas peur et nous passerons la nuit ici).»
Dans cette exaltation ambiante, un incident est arrivé tout de même à instaurer le silence. L’effondrement d’un des piliers du mur du lycée Cheikh Bouamama qui a blessé une jeune résidente et deux autres médecins. Plus de peur que de mal, tous les trois sont évacués et la mobilisation reprend avec autant d’entrain, si ce n’est plus. «Notre détermination a redoublé après les réunions des commissions qui ont démontré leur échec. On nous a traités avec mépris et on nous a bien expliqué que le seul but de ces commissions est d’aboutir à l’essoufflement de notre mouvement. On se retourne tout naturellement vers le Président pour demander nos droits !», explique sur un ton saccadé le docteur Widad Chettibi, délégué de l’hôpital Parnet, avant de rejoindre la foule. Les délégués venus des quatre coins du pays ont affiché autant d’obstination que ceux de la capitale. Leur mot d’ordre : «Ne reculer devant rien !». Chants patriotiques, cris de révolte, dessins sur pancartes, applaudissements et slogans qui riment, tous les moyens d’expression ont été pensés pour s’affirmer durant cette action.
Les médecins protestataires ont mis fin à leur sit-in en fin d’après-midi. Ils n’ont pas pour autant l’intention d’en rester là. Une réunion nationale est prévue ce week-end pour discuter de la démarche à suivre après cette première démonstration de force, mais les options les plus radicales sont déjà envisagées : la démission collective en est la plus frappante.
Fella Bouredji
Dr Mohamed Toufik Yelles. Porte-parole du Camra
«La démission collective est envisagée»
- L’organisation de ce sit-in devant la Présidence marque un tournant décisif dans votre mouvement de protestation. Jusqu’où êtes-vous prêts à aller pour obtenir gain de cause ?
Les représentants du ministère de la Santé font dans la désinformation, notamment à travers les médias publics. Nous avons été censurés par l’ENTV par exemple. Cela dit, ils ont été clairs avec nous. Nos revendications ne peuvent pas être prises en charge et pis encore, ils disent être prêts à nous dénigrer, nous diviser pour essouffler notre mouvement. Face à cela, nous restons mobilisés et tenaces. Ce premier sit-in devant la Présidence exprime notre volonté d’afficher notre détermination quant à la défense de nos revendications. La grève illimitée est maintenue et nous envisageons plusieurs actions. La démission collective, le boycott des gardes et même du service minimum sont envisagés. Nous ne reculerons devant rien pour obtenir nos droits.
- Le service civil est le point principal sur lequel ont buté les négociations. Quelle réponse vous a-t-on formulée, précisément à ce sujet, lors de la réunion de lundi au ministère ?
Le ministre a déclaré à l’ENTV, hier soir, (mardi, ndlr), que le service civil n’était pas obligatoire. Et pourtant les lois sont claires là-dessus. Il joue avec la terminologie et cultive le flou pour nous essouffler. C’est dire à quel point la situation devient inextricable. Nous avons expliqué notre position au cours de la réunion de lundi : le service civil est une mesure populiste qui répond à la politique du chiffre. Elle ne règle en rien le problème de couverture sanitaire des régions reculées du pays, preuve en est, près de 80% des patients du Sud et des Hauts-Plateaux sont automatiquement transférés vers les grands CHU du pays. Nous proposons des mesures incitatives pour nous installer dans ces régions.
Nous avons le sens du patriotisme, nous voulons bien prendre en charge nos patients. Les cadres des commissions nous ont répondu clairement que cette question ne relève pas de leur compétence et quand bien même elle le serait, ils s’opposent à l’abrogation du service civil. C’est donc une véritable impasse.
- Qu’en est-il des autres revendications ?
Pour le volet pédagogique, la commission a eu du mal à aboutir aussi, étant donné que les représentants du ministère de l’Enseignement supérieur ont vécu cette rencontre comme une sorte d’ingérence dans leurs affaires. Le ministère de la Santé ne peut pas réellement répondre à ces questions. Pour ce qui est de la révision du statut, les représentants des ministères de l’Enseignement et de la Santé ont reconnu d’une part la légitimité d’une partie du nouveau statut proposé mais aussi et surtout l’absence de prérogatives de la commission actuelle à traiter l’autre partie qui dépend du ministère du Travail et de la Fonction publique. D’où l’arrêt des négociations qui s’apparentent plus à une volonté de nous dissuader de poursuivre notre mouvement.
Fella Bouredji
Le ministre de la Santé se désengage
Le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière semble minimiser le mouvement de protestation des médecins résidents entamé depuis un mois et en grève depuis 10 jours.
Au moment où des centaines de protestataires en blouse blanche rejoignaient, hier, le sit-in prévu au niveau de la Présidence pour justement dénoncer le «mépris» affiché par les deux tutelles, Djamel Ould Abbès a invité les médecins résidents à reprendre le travail en les appelant à la sagesse sur les ondes de la Chaîne I lors de l’émission «Tahawoulate» de la Radio algérienne. Il a déclaré que cette grève est injustifiable et leurs revendications, en l’occurrence l’abrogation du service civil et du service national, ne relèvent ni de son département ni de celui de son collègue de l’Enseignement supérieur. La décision revient au gouvernement.
Une déclaration qui vient susciter une forte colère au sein des médecins résidents qui regrettent qu’un responsable d’un secteur aussi sensible «multiplie des déclarations provocatrices. Il a déjà dit que les médecins résidents ne représentent qu’une partie infime du corps médical et que notre mouvement ne représente rien du tout et que nous étions de mauvaise foi. Que voulez-vous que ces médecins disent aujourd’hui face à toutes ces insultes», nous confie un délégué des médecins grévistes rencontré lors du sit-in au niveau d’El Mouradia. Le représentant du Collectif autonome des médecins résidents algériens (camra) s’interroge, par contre, sur l’utilité de l’installation par le ministère de Santé de la commission sur le service civil obligatoire puisque le ministre de la Santé, Djamel Ould Abbès, a déclaré que cette revendication principale ne relève pas de ses prérogatives. «Quelle conclusion peut-on en tirer ?» «Si des médecins sont volontaires pour justement répondre aux besoins des populations dans les zones dépourvues, il est nécessaire de leur assurer les conditions comme cela a été fait pour les médecins cubains importés en force», rétorque un médecin protestataire.
Concernant les deux autres volets de la plateforme de revendications, à savoir le statut particulier du médecin résident et les aspects pédagogiques, les grévistes appréhendent, d’ores et déjà, leur aboutissement bien que le ministre de la Santé, Djamel Ould Abbès, a annoncé lors de cette même émission qu’une prime incitative pour les médecins résidents sera introduite dans le volet relatif au régime indemnitaire qui est en cours de préparation. Comme il a également annoncé une réunion, lundi prochain, avec le ministère des Finances et la Fonction publique afin de finaliser les négociations sur ce régime indemnitaire concernant les médecins généralistes et les paramédicaux.
Djamila Kourta
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Luttes syndicales |