Mobilisation sans précédent des forces de sécurité

La vallée du M’zab encerclée

El Watan, 9 février 2014

Un centre opérationnel, cellule de coordination entre la police et la Gendarmerie nationale, a été installé hier au siège de la wilaya de Ghardaïa.

C’est fou de se lever le matin et de trouver devant sa maison, sur le chemin du boulanger, des tuniques bleues et vertes. Ils sont à pied, en voiture et en véhicules de transport de troupes stationnés partout, parfois anarchiquement tant l’espace est réduit en certains endroits, ne pouvant recevoir tout cet afflux en même temps. Mais il faut reconnaître que c’est réconfortant de savoir qu’ils sont là. Nous espérons qu’ils sont ainsi partout, dans tous les quartiers, sans distinction, et là nous saurons qui appelait au loup», déclare, sous le couvert de l’anonymat, une femme médecin bien implantée dans la région, qui lâche le fond de sa pensée : «C’est un traitement de choc à une situation exceptionnelle. Mais il faut que cela soit accompagné de mesures concrètes de développement tous azimuts sur les plans économique, social, culturel et sportif. Les jeunes ont besoin de se sentir en sécurité dans leur propre pays. Le M’zab est une région qui a été longtemps délaissée par les pouvoirs publics, il faut maintenant qu’ils se démènent pour rattraper le retard.»

Pour Zineb, biologiste, «c’est un coup dur pour la région qui mettra du temps à se relever. Les dégâts sont immenses tant en pertes humaines, que matérielles. L’économie de la région en souffrira longtemps. Beaucoup d’artisans – et surtout les artisanes – qui ne vivent que de leur métier ont déjà mis la clé sous le paillasson. J’ai deux amis versés dans les affaires qui s’attellent déjà à s’installer sous des cieux plus cléments». Pour Omar, ingénieur agronome, «cette situation n’est qu’une répétition de 1985, lors des événements du périmètre agricole de l’Aâdhira, à Dhaïa Ben Dhaoua, qui ont engendré mort d’hommes et d’immenses dégâts aux maisons, aux magasins et à la palmeraie. Toute la vallée du M’zab avait alors été encerclée pendant plus d’un mois ; l’armée avait été déployée aux endroits stratégiques de la ville et des centaines de personnes avaient été arrêtées, cela a-t-il empêché la reproduction de tels actes ? Non bien sûr, parce que l’Etat ne s’est pas penché sur les causes réelles de ces affrontements». Et d’ajouter : «Il est vrai qu’il faut imposer le calme et la paix par tous les moyens, je suis entièrement d’accord, mais il faut que ce soit accompagné de mesures profondes envers la société. Le Sud a ses spécificités que l’Etat doit prendre en compte et préserver.»

La vie reprend ses droits graduellement même si une partie de Ghardaïa, notamment celle qui donne sur le vieux marché et les ruelles commerçantes, reste fermée par les Mozabites. Ce qui tranche radicalement avec l’autre côté de la ville, à majorité arabe, qui affiche un dynamisme sans commune mesure tant les magasins, échoppes, cafés, restaurants affichent une activité non-stop. Les trois opérateurs de téléphonie mobile installés dans cette partie de la ville, sur l’avenue du 1er Novembre qui traverse le populeux quartier de Theniet El Makhzen, ne désemplissent pas. Les trottoirs sont envahis par des vendeurs à la sauvette, en majorité versés dans le commerce informel de fruits et légumes. Il faut cependant souligner que ce regain d’activité est encouragé par l’omniprésence des forces de sécurité qui, déployées partout et en nombre, se marchent pratiquement sur les pieds.
Le calme est ainsi plus ou moins imposé par une mobilisation sans précédent des forces conjointes de la Sûreté et de la Gendarmerie nationales déployées dans la ville et même sur les collines et crêtes dominant la vallée. Des barrages filtrants sont installés aux entrées de la ville ainsi que sur les grands axes et aux carrefours. Partout, l’on ne voit que les tuniques vertes de la Gendarmerie nationale ou celles, bleues, de la police.

Elles sont omniprésentes, dans les ruelles, les boulevards, les places et placettes, les hôpitaux, les écoles, les lycées, les stations d’essence, les arrêts de bus et de taxi. Il est impossible de les éviter. Des camions, des 4x4, des véhicules de transport de troupes, des camions lance-eau, des camions béliers et girafes dotés de puissants projecteurs ont été disposés en divers points dans et autour de la ville. Deux hélicoptères de la Gendarmerie nationale, munis de caméras à infrarouge, n’arrêtent pas de tournoyer dans le ciel, 24h/24, surveillant tout mouvement suspect et renvoyant les images au centre opérationnel de la cellule de coordination conjointe (police/gendarmerie) qui vient d’être installée au siège de la wilaya.
K. Nazim

 
Version imprimable
Emeutes  
www.algeria-watch.org