Le retrait des forces de l'ordre pointé du doigt : Des Sages de Ghardaïa en appellent à Bouteflika

par El-Houari Dilmi, Le Quotidien d'Oran, 16 mars 2014

Alors que la tension est remontée d'un cran, à Ghardaïa, avec de violents heurts, enregistrés, depuis mercredi dernier, le Conseil des Sages mozabites de Ksar Ghardaïa a lancé, hier samedi, un «SOS» à l'adresse du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, le sollicitant «à intervenir d'urgence pour conjurer une situation devenue très inquiétante», selon un communiqué transmis à notre journal.

En effet, exprimant sa «vive inquiétude» pour les violents heurts que connaît la région, durant ces cinq derniers jours, le Conseil des Sages mozabites revendique «le droit constitutionnel à la protection des personne et des biens, surtout que les forces de l'ordre se sont retirées de plusieurs localités de la wilaya» écrivent-ils, dans un message adressé, sous le sceau de l'urgence, au chef de l'Etat. Prenant à témoin l'opinion publique nationale, le Conseil des Sages mozabites lance un «appel pressant, aux plus hautes autorités du pays, pour redéployer, rapidement, les forces de l'ordre dans les localités en proie à des heurts intercommunautaires, et ce, avant qu'il ne soit trop tard». Dans une autre lettre adressée au wali de Ghardaïa par des notables mozabites, issus de la société civile, locale, le chef de l'exécutif local est «pointé du doigt pour ne pas avoir pris, au sérieux les avertissements lancés, lors de la réunion du mardi 11 mars, avec les notables de la communauté ibadite, et ce, après le retrait de forces de l'ordre, (…), ce qui a ouvert la voie à une reprise fulgurante des affrontements intercommunautaires», écrivent-ils, dans un communiqué adressé à notre journal.

Le Conseil des Sages de Ksar Ath Melicht (Melika), dans un communiqué n°5, daté du 14 mars, exige «l'application de la loi, à l'encontre des fauteurs de troubles dans les évènements qui secouent la région, la lutte, sans merci contre les barons de la drogue et autres criminels qui écument le quartier de Hadj Messaoud et autres cités, en proie à une vive tension, la prise en charge des personnes victimes des violences de ces derniers jours, avec des maisons et des commerces incendiés et plus d'une quarantaine de blessés, et la libération immédiate et inconditionnelle des personnes arrêtées, à Ksar Melika, qui se trouvaient, en situation de légitime défense», écrivent-ils, encore, dans leur communiqué.

Des incidents ont éclaté, à Ghardaïa, depuis mercredi dernier. «Ces événements sont d'une violence rare, et Ghardaïa vit une tension visible», a déclaré, à l'APS, un habitant de Theniet. Les incendies, dans certains commerces n'ont pu être circonscrits, entièrement, pour des raisons liées à des difficultés d'accès à ces zones trop exiguës. Les pompiers avaient fort à faire, face à des incendies criminels allumés par des jeunes cagoulés. Ces derniers s'attaquent aux commerces, les pillent avant d'y mettre le feu. Un important dispositif de sécurité est redéployé dans les quartiers dits «chauds» de la ville.

Des heurts intercommunautaires se poursuivaient, hier samedi, pour la cinquième journée consécutive à Ghardaïa. Le porte-parole du comité de coordination de cette ville, Ahmed Baba Aissa, avait fait état, jeudi, d'une centaine de blessés, dont huit dans un «état grave». Des centaines de personnes continuaient de s'affronter dans le quartier mixte de Hadj Messaoud», selon des témoignages en provenance de la région. Ailleurs, «un calme précaire est revenu, dans la majorité des quartiers» a, pour sa part, indiqué Hamou Mesbah, de la fédération du Front des forces socialistes (FFS). Depuis un mois, la ville vivait dans un calme relatif, ce qui a amené le patron de la police, le général Abdelghani Hamel, à annoncer, il y a une semaine, un allègement des forces de l'ordre dépêchées, en grand nombre, pour séparer les communautés. Selon le wali de Ghardaïa, «les effectifs de la police ont été réduits de 40%, une fois le calme revenu, dernièrement». «Certains ont profité de cet allègement pour attaquer les Mozabites», selon le témoignage d'un notable de la région, qui se dit «affligé par la centaine de magasins incendiés, depuis jeudi» et qui s'ajoutent à nombre de commerces et habitations également, incendiées depuis des mois, selon lui.

 
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