DES PARENTS BLOQUENT UNE DIZAINE D’ÉTABLISSEMENTS

Une rentrée scolaire perturbée à Ghardaïa

De notre envoyée spéciale à Ghardaïa, Nawal Imès, Le Soir d'Algérie, 8 septembre 2014

Plus d’une dizaine d’écoles n’ont pas vécu une rentrée des classes ordinaire à Ghardaïa. Des parents d’élèves ont refusé d’envoyer leurs enfants dans des établissements accueillant les communautés ibadites et malékites.
Regroupés devant l’entrée des établissements concernés, ils ont exprimé leur rejet des enseignants désignés pour leurs enfants. Certains parents d’élèves exigeaient hier que les enseignants dispensant les cours à leurs enfants soient issus de la même communauté que ces derniers. A Kerkoua, Touzouz, Hofra, Souk Lahtab, Belaghenam et Mélika au chef lieu de la wilaya, plusieurs écoles sont restées fermées. Des parents d’élèves regroupés à l’entrée de ces établissements ont bloqué les accès. Selon le directeur de l’éducation de la wilaya, au moins douze établissements seraient concernés. Un peu plus, selon des sources syndicales. C’est finalement une rentrée des classes des plus particulières pour les habitants de Ghardaïa. Les affrontements qu’a connus la région ont laissé des stigmates. Des enseignants n’ont également pas rejoint leurs postes. Ils observent une attitude attentiste et restent à l’écoute d’une rue qui a longtemps grondé et qui continue de connaître des soubresauts. Des appréhensions que la délégation officielle a tout simplement ignorées. La cérémonie officielle de l’ouverture de l’année scolaire s’est faite à El Attef, un quartier qui est resté à l’abri des événements qui ont secoué la ville. La délégation officielle aura finalement évité les points chauds de la ville, contournant Berriane et le centre-ville pour ne visiter que El Atteuf, puis Oued-Nechou, une localité qui a reçu les sinistrés des inondations de 2008. Prenant le départ de la wilaya, la délégation a pris le soin de contourner le chef-lieu pour se diriger vers des points visiblement choisis car n’ayant pas été secoués par les événements tragiques. A El Atteuf , les lycéens ont pu assister au premier cours sur l’unité nationale. Un choix loin d’être fortuit, dans une région où le conflit entre communautés dégénère régulièrement en affrontements sanglants.
N. I.


RÉFORME DU SYSTÈME ÉDUCATIF

Les priorités de Benghebrit

Le cycle primaire sera au cœur du plan d’action de la ministre de l’Education. Les programmes feront l’objet d’une évaluation. Dans l’enseignement obligatoire, la réflexion sera centrée autour des objectifs fondamentaux, à savoir le calcul, la lecture et l’écriture. C’est aujourd’hui que la ministre de l’Education doit annoncer des mesures qui devraient être appliquées à court et à moyen terme. En attendant, à partir de Ghardaïa, Nouria Benghebrit a dévoilé une partie de son plan d’action. Il s’agit de recentrer les objectifs de l’enseignement obligatoire en se concentrant sur les connaissances fondamentales que doivent acquérir les apprenants. Pour ce faire, les programmes de ce cycle seront réécrits et ceux du poste obligatoire seront évalués. La ministre de l’Education reconnaît que les défis sont nombreux. Il s’agit de lutter contre la violence au sein des établissements, lutter contre la déperdition scolaire et veiller à réduire les disparités entre les différentes régions du pays. Il est urgent pour la ministre de l’Education de mettre un terme aux modes de gestion inadéquats. Pour répondre dit-elle, aux attentes de la famille de l’éducation, le ministère de l’Education compte mettre en application une série de mesures. Il est question d’encourager les activités artistiques au sein des établissements scolaires, de donner à l’éducation civique plus d’importance en apprenant aux élèves, aux enseignants et au personnel de l’encadrement à régler les conflits en évitant les affrontements. Nouria Benghebrit compte également relancer les concours inter-lycées ainsi que les cours au profit des lycéens via la télévision. La formation ne sera pas en reste. Elle ne touchera pas uniquement le corps enseignant mais également et surtout les inspecteurs. Refusant de tourner le dos à ce qui se fait ailleurs, la ministre de l’Education dit vouloir profiter des expériences des autres pays en adoptant la charte d’éthique et le projet d’établissement. La ministre de l’Education s’est engagée à donner à chaque acteur la possibilité de prendre part au chantier de la réforme. Tous les efforts promet-elle, seront récompensés. Les meilleurs enseignants seront primés.
N. I.

Les syndicats sceptiques

Associés pour la première fois à la cérémonie officielle de lancement de l’année scolaire, les syndicats du secteur de l’éducation ont majoritairement apprécié le geste de la ministre mais ont néanmoins exprimé leur scepticisme. Il ne s’agit pas, pour eux, de faire dans le «folklore» ni dans la figuration. Pour Meziane Mériane, porte parole du Snapest, le déplacement à Ghardaïa est «purement protocolaire» puisque, estime-t-il, les partenaires sociaux doivent être associés davantage, notamment au moment de l’élaboration des textes pour éviter les conflits récurrents. En dépit de ces critiques, la majorité des syndicats du secteur ont répondu favorablement à l’invitation de la ministre de l’Education à l’exception du Cla et du Satef, qui ont décliné l’invitation.
N. I.

 
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M'zab: Qui provoque les affrontements?  
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