Après les derniers heurts sanglants

Impressionnants renforts sécuritaires à Ghardaïa

El Watan, 21 janvier 2014

Après les sanglants affrontements de dimanche, qui ont fait deux morts et des dizaines de blessés, la violence a nettement baissé d’intensité hier. D’impressionnants renforts d’éléments de la gendarmerie et de la police ont été dépêchés de pratiquement toutes les régions du pays.

Ce qui n’a pas empêché que la nuit ait été longue, très longue tant des milliers de citoyens ont fait le guet sur les terrasses et les points de jonction des quartiers mozabites et arabes, pour prévenir, d’une part, toute attaque et, d’autre part, défendre leurs demeures et leurs familles. La pluie fine qui a commencé à tomber vers 22h et le temps glacial n’ont pas dissuadé ces sentinelles à abandonner, malgré eux, leurs positions.

Vers 4h, dans le quartier des 400 Logements de la cité Sidi Abbaz, l’alerte est donnée à coups de sifflet stridents et de vuvuzela, cette célèbre trompette d’Afrique du Sud que les Algériens ont découverte lors de la dernière Coupe du monde au pays de Mandela. Des silhouettes ont été aperçues longeant le muret d’un oued, essayant de se faufiler à l’intérieur des blocs d’habitations. Ils ont été repoussés et chassés à coups de pierres et de cocktails Molotov lancés des terrasses, alors qu’une patrouille de police alertée par les cris et les sifflets est arrivée sur les lieux, mais trop tard, les assaillants s’étaient déjà repliés vers la dense palmeraie de Bounoura, du côté d’Ezzouil.

Au petit matin, comme si rien ne s’était passé, les cafés sont bondés de monde, quelques magasins et deux boulangeries sont ouverts, alors que les buralistes peinent à satisfaire tous leurs clients, les journaux s’arrachant comme des petits pains. Tout est calme sur tous les fronts. Par contre, le centre-ville de Ghardaïa est complètement paralysé. Tout est fermé, une ville morte où même la circulation est des plus ténues. Les écoles et les lycées sont restés fermés par précaution alors que les banques et les administrations tournent au minimum.
Beaucoup de personnes n’ont pu rejoindre leur lieu de travail soit par manque de transport, soit par manque de sécurité, quelquefois les deux. La ville appartient aux forces de l’ordre qui sont partout, à tous les coins, avec leurs camions et leurs 4x4, sanglés de leurs armures en caoutchouc et armés de triques et de lance-grenades. Tous les accents du parler algérien sont présents dans la ville et sa périphérie tant les renforts sont venus de toutes les wilayas du pays, et il en arrive encore. Au siège de la sûreté de wilaya, véritable fourmilière transformée par la force des événements en quartier général des opérations, nous rencontrons des familles de personnes arrêtées dans le feu de l’action, chacune criant que son enfant est innocent et qu’il ne faisait que passer lorsqu’il a été ramassé.

Dans l’après-midi, les escarmouches ont repris du côté du pont de Melika. Une Renault 4 a été incendiée et son propriétaire a miraculeusement échappé au lynchage.
C’était le début d’un nouvel épisode de violence qui allait s’étendre comme une traînée de poudre vers Beni Izguène, Sidi Abbaz, Bounoura, Hadj Messaoud et Ben Smara. Très rapidement, les unités antiémeute se déploient sur les lieux d’affrontements et usent à profusion de grenades lacrymogènes et de balles en caoutchouc. Il faut préciser que pendant la nuit, d’importants renforts d’unités antiémeute de la police sont arrivés de Ksar El Boukhari, Ouargla, Laghouat et Médéa. Le corps de la gendarmerie n’est pas en reste, de longues colonnes de transport de troupes, accompagnés par des camions béliers, de lances à eau et de véhicules girafes équipés de puissants projecteurs sont entrés dan la ville dans la nuit, alors qu’un hélicoptère de ce corps a commencé dès le matin à survoler la région. L’image est saisissante : la ville, d’habitude vivante et grouillante de monde, est quadrillée dans ses moindres recoins.

Signalons que l’enterrement d’une des deux victimes de la veille s’est passé dans le calme, en l’absence des autorités. Bien que l’intensité des violences ait beaucoup baissé, il n’en reste pas moins que des quartiers comme Sidi Abbaz, Echaâba, Hadj Messaoud, Theniet El Makhzen, Merrakchi, Beni Izguen (du côté de Oudjoudjen et de Momo), ainsi que Bounoura et Melika continuent à enregistrer par moments des pics de violence, parfois très graves, bien que beaucoup de gens de bonne volonté, des deux communautés, pèsent de tout leur poids et s’impliquent pour ramener la paix et la sécurité dans cette belle vallée du M’zab. 
K. Nazim

 
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